Under The Dome, Lost sous cloche

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Une nouvelle série candidate au titre de “nouveau Lost” a donc débarqué le 24 juin, à grand bruit, sur CBS. Under The Dome, adaptée d’un roman de Stephen King paru en 2009, raconte l’histoire d’une petite ville fictive, Chester’s Mill, qui se retrouve un beau jour « sous cloche », coincée sous une sorte de dôme invisible et inviolable qui isole ses habitants du reste du monde. Le pitch fait irrésistiblement penser à The Simpsons : The Movie, auquel la série fait d’ailleurs une petite référence pleinement consciente dans l’épisode 3. Un concept fort qui rappelle beaucoup, une fois décliné en série, celui de la série-phare des années 2000 sur ABC, donc : un groupe disparate, des personnages qui cachent un secret mais se retrouvent enfermés avec, des phénomènes pas très naturels auxquels on cherche une explication, un isolement qui n’arrange personne, des soupçons à l’encontre de l’armée ou du gouvernement, un héros taciturne, une héroïne jolie dynamique et fouineuse, des morts « naturelles » (enfin, de cause humaine, quoi) précipitées par la situation générale… Bref, n’en jetez plus, c’est tellement Lost que ça devient embarrassant.

 

Le problème, que j’ai déjà évoqué par ici, c’est donc que Lost, en plus de bénéficier de son aura de première « grande » série à gros concept et à large audience, avait eu la force et la finesse de la moutarde de Dijon de ne pas laisser son concept dévorer ses personnages. Parce que Lost avait l’intelligence d’assumer son triangle amoureux central et d’imposer autour d’eux des personnages plus ambigus (Ben Linus, Juliet, Mr. Eko, Locke), elle pouvait se perdre en conjectures sans trop perdre ses spectateurs, qui pouvaient facilement s’identifier et se raccrocher à trois ou quatre personnages qui avaient le même niveau d’information qu’eux. Les acteurs de Lost avaient en plus un certain charisme, et des profils bien définis, classiques mais en confrontation quasi-permanente : le bon docteur, propre sur lui et modèle de droiture ; le rebelle à brushing gras ; la belle aventurière douce et volontaire ; le miraculé fan ambivalent des vertus de l’Île. Les alliances se faisaient et se défaisaient au rythme des expéditions, des rencontres et des morts. Tout cela avait un côté délicieusement imprévisible qui permettait à des gens d’être tantôt ennemis mortels, tantôt alliés forcés face à une cause commune, et évidemment la forêt de mystères et de nouveaux intérêts contradictoires qui les entourait sans cesse rendait la série passionnante à suivre.

 

under the dome dale barbie

 

Under The Dome est plus classique, dans sa narration : au bout de trois épisodes, on avance peu à peu dans l’enquête et dans les découvertes, le mystère reste entier mais ne s’épaissit pas vraiment, le héros (Barbie, lul) aurait pu être nimbé de mystère et d’ambivalence mais en fait non, le cadavre qu’il enterrait au tout début du pilote n’est finalement mort « que » par accident… On est donc plutôt face à une série de type Flash Forward, l’enquête avance à tout petit feu et des personnages qui n’ont pas grand’chose à voir avec l’enquête vivent des sous-intrigues qui s’étalent à longueur d’épisode, avec des impacts marginaux sur l’intrigue principale et, probablement en fin de saison, une grande révélation / cliffhanger qui va les réunir. Outre les deux supposés « héros » de la série, Barbie et Julia, on a donc une fliquette gentille mais un peu « flat », un ado intelligent (mais pas au point de se demander où est passée sa grande sœur depuis trois jours), un couple de lesbiennes et leur fille adoptive, un jeune homme émotionnellement perturbé (dont on a très très assez envie qu’il meure) et un homme politique local véreux (dont on a un peu envie qu’il meure mais en fait on s’en fout, il est tellement pourri qu’on sait qu’à la fin la rédemption ne sera pas possible pour lui et que les scénaristes nous feront le plaisir de lui donner une mort horrible) (c’est un peu le méchant-fusible, celui dont on sait dès le début qu’à la fin, le héros le tuera et tout rentrera dans l’ordre). Accessoirement, la moitié du casting joue comme des pinces à linge, mais bon, quand on est occupé à lire les sous-titres, on ne fait pas attention à tout.

 

Comme l’ensemble des séries qui tentent de percer depuis Lost avec un concept de départ énorme et une marée de personnages plus ou moins entremêlés, Under The Dome donne assez envie de dire aux producteurs et scénaristes qui l’ont commise : écoutez, les gars, on comprend que quand un truc a marché, marqué les esprits et fait du fric, on veuille essayer de le reproduire, mais au bout d’un moment, tous ces sous-produits ne font que nous rappeler à quel point le modèle était supérieur aux copies. Ce qui, d’un point de vue créa, est triste à pleurer, vous le reconnaîtrez.

 

 

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Bref, tout cela est distrayant mais manque globalement d’originalité, et donc d’intérêt. A suivre tout de même pour ceux dont l’été sériesque est un peu désert (aka ceux qui ne sont pas forcément accros à True Blood ou à Dexter), parce que finalement, une gentille série SF à base de complot, ça se digère bien après un petit épisode de Recherche Appartement ou Maison, et ça passe le temps. La demi-bonne nouvelle, c’est qu’a priori Under The Dome ne sera qu’une mini-série de 13 épisodes, adaptée du livre de Stephen King – crédité, avec Steven Spielberg, à la production exécutive, même si après Terra Nova ça ne veut plus dire grand’chose à mes yeux – presque à la lettre (mais pas complètement, série oblige : envie de ménager le suspense, contraintes budgétaires, nécessité de s’adapter à un spectre de téléspectateur plus large que celui des lecteurs…) : l’intrigue et le mystère concernant l’origine du Dôme devraient normalement être résolus d’ici le treizième et dernier épisode, prévu pour mi-septembre. Ce qui présentera un avantage quel que soit le futur de la série : soit elle ne sera pas renouvelée et les scénaristes auront malgré tout bouclé l’histoire de manière satisfaisante, soit elle sera renouvelée et la saison 2 sera alors de la création totale, en prolongement de l’intrigue du roman. C’est peut-être alors, débarrassée de sa trame narrative imposée, qu’Under The Dome pourra devenir une vraie série intéressante, pour laquelle les scénaristes seront obligés d’être un peu moins fainéants.

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