World War Z, zombies proprets

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Un million d’entrées en cinq jours : ayé, on tient le premier blockbuster de l’été 2013. Comme je ne lis quasiment jamais, j’avais statistiquement peu de chances d’avoir devancé le film par la lecture du livre. Et donc, je n’ai pas lu World War Z, de Max Brooks, avant d’aller voir le film de Marc Forster avec Brave Bite Brad Pitt en vedette. Je ne sais pas si j’y gagne, que ce soit en suspense, en plaisir ou en déceptions épargnées. Ça n’empêche pas d’avoir un avis, hein.

Et donc, World War Z (on prononce Weurld Ouare Zède, ou Weurld Ouare Zi ?), c’est quoi ? Un film catastrophe, calibré blockbuster, du genre post-apocalyptique : on va tous mourir. Dans un monde que l’on suppose être le nôtre (ou peut-être le nôtre d’ici quelques années), un mystérieux virus, qui comme la rage se propage par morsure, a frappé une bonne partie de l’humanité : en douze secondes chrono, si un autre humain contaminé vous mord, vous devenez comme lui, à savoir une sorte de zombie enragé, très rapide et très agressif. Un ancien membre de l’ONU, Gerry Lane, se retrouve bloqué en plein embouteillage / attaque de zombies dans Philadelphie, avant d’être secouru par ses ex-collègues qui comptent sur lui pour aller s’aventurer en terrain dangereux partout dans le monde et chercher une explication (et si possible, une solution) à cette histoire de virus zombie. Bon.

 

Passé les vingt premières minutes durant lesquelles Gerry se trimballe sa famille de boulets, on le lâche donc dans un avion piloté par Benjamin de Sous le Soleil, pour se rendre en Corée du Nord, puis en Israël, puis au Pays de Galles à la recherche d’infos. Ce sera à mon sens l’un des défauts principaux du film : tout va très vite, presque trop vite, et à vrai dire les presque 30 000 kilomètres parcourus par le héros dans le film ne se font pas du tout sentir, limite on a l’impression qu’avec dix euros de taxi on fait Pyeongtaek-Jérusalem. Ce que l’on gagne en rythme, on le perd un peu en souffle épique. Marc Forster a voulu caser beaucoup de choses en moins de deux heures, mais 400 pages d’action ont parfois besoin de plus de temps pour se déployer correctement à l’écran.

 

WorldWarZ-Zombiewall

 

Le film a ainsi la qualité appréciable de faire comprendre sans trop la verbaliser cette pandémie qui flingue l’humanité, et de démarrer très vite, sur des chapeaux de roue. L’inconvénient, c’est que, paralysé par son cahier des charges et son suivi très chapitré des nombreuses scènes d’action que je suppose tirées du livre, le film oublie complètement de donner chair à son personnage principal. Ici, Brad / Gerry n’est donc que l’habituel pantin hollywoodien universel, le père de famille beau gosse et sympa, sans défaut ni névrose apparente, qui ne semble jamais paniquer, ni élever la voix plus que nécessaire, et ne montre de vague émotion que quand il pense à ses ch’tites n’enfants en danger. On est en 2013, le héros sympa et moral face à une crise apocalyptique et des pouvoirs politiques forcément déconnectés et insensibles, c’est un peu léger comme caractérisation, alors que même James Bond a désormais des failles personnelles.

 

Mais bon, ce n’est pas bien grave, puisqu’on peut aussi se dire qu’on est dans du ciné pop-corn, régressif et assumé, et que ça assure côté effets spéciaux, maquillages et scènes de foules en panique. Sauf que non : pour le peu que j’en ai perçu, World War Z ne se revendique justement pas comme un gros blockbuster qui tâche, mais plutôt comme un blockbuster « intelligent », avec ce soupçon de morale écologique, cette vision sarcastique de la diplomatie internationale (Israël et la Corée du Nord, pays qui se tirent le mieux de la pandémie grâce… à leurs travers diplomatiques), ou encore cette émancipation de la mythologie habituelle du zombie (ici rapide comme un guépard, et non lent et apathique)… Dès lors, et quand on prétend s’adresser à un public à peu près éveillé et dont on prétend stimuler un peu les deux neurones, pourquoi livrer un produit final aussi classique et peu personnel ? Quelle est la personnalité de Segen ? La faille de Karen Lane ? Qu’est-ce que Matthew Fox est venu faire dans cette galère pour deux scènes à la limite de la figuration ? Pourquoi suis-je attiré par Moritz Bleibtreu ? Où est la dimension gore qu’on serait légitimement en droit d’attendre d’un film qui fait sans vergogne de l’œil au public amateur du genre ?… World War Z se referme sur ces mystères, et sur la promesse, assumée par la fin du film comme par ceux qui en font la promo à travers le monde, qu’il y aura bien une suite pour, peut-être, épaissir un peu ce John McClane des morts-vivants.

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