Buffy, le film : fausse bonne idée ?

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Ce matin, c’est la nouvelle qui a commencé à mettre mollement la blogosphère-série en ébullition : l’idée d’un film Buffy The Vampire Slayer ne rebuterait pas totalement Sarah Michelle Gellar, l’héroïne de la série-culte de la seconde moitié des années 90. Interrogée sur la possibilité de lancer une campagne de crowdfunding sur Kickstarter pour, à l’image de Veronica Mars, mobiliser la communauté de fans, elle a estimé qu’elle se lancerait avec le reste de l’équipe si le scénario proposé était bon. Ce qui, du coup, ne place la possibilité d’un film Buffy qu’à un clic d’une concrétisation. Car ne nous leurrons pas : non seulement depuis que Kickstarter a rendu possible le financement d’un film de Zach Braff, d’un retour de Veronica Mars ou d’un documentaire sur Arrested Development, toutes les séries devenues cultes après leur annulation, et dont le casting n’a pas encore pris un trop sévère coup de vieux, peuvent se prendre à rêver d’un comeback sur grand écran, mais en plus, parmi toutes ces séries, Buffy contre les vampires est probablement celle qui a le plus de chances de réussir son financement en moins d’une semaine, tant la communauté de fans est restée active plus de quinze ans après le début de la série.

Pourtant, et au vu de désastres comme les adaptations ciné de Chapeau Melon et Botte de Cuir, ou Sex and the City (surtout le 2ème film), je ne peux m’empêcher de me demander si c’est une bonne idée. C’est vrai que la rentabilité du film serait quasiment assurée à court-terme, tant le personnage principal est resté populaire et a marqué de son empreinte la pop culture du début du XXIème siècle. Mais son succès critique ? Vu la filmo de SMG depuis dix ans, on se doute bien que se rappeler à nos bons souvenirs doit la tenter, surtout quand on constate que même son comeback télé d’il y a deux ans a capoté, et que celui qui se profile à la rentrée avec la série The Crazy Ones s’annonce pour le moins risqué (série comique sur le milieu de la pub, diffusée sur CBS la chaîne des vieux, produite par David E. Kelley l’accoucheur-flingueur d’Ally McBeal, Robin Williams au générique, teaser pas très convaincant)…

Si l’on est un peu honnête intellectuellement, les films adaptés de séries sont rarement des chefs d’œuvre : Starsky et Hutch, Ma Sorcière Bien-Aimée, Charlie’s Angels… Autant de films qui se hissent, au mieux, au rang d’honnête divertissement, au pire à celui de bouse descendue en flèche par la presse mondiale et décevante au box-office. En outre, ils reflètent un manque d’imagination et de prise de risque de certains studios, qui préfèrent essorer une franchise rentable que prendre le risque de proposer de vrais personnages et histoires originaux. La différence avec Veronica Mars ou Buffy, c’est toutefois cette nature « récente » de la série adaptée, ou plus précisément reprise par le film. Car évidemment, là où Nicole Kidman souffrait de ne pas avoir le charisme mutin et le nez gigoteur d’Elizabeth Montgomery, le public sera ravi (et donc clément) de revoir Sarah Michelle Gellar, malgré sa quarantaine approchante, dans la peau de l’héroïne qui fit sa gloire. Et surtout, le même casting + la même équipe = a priori, l’assurance de respecter l’esprit, voire la continuité de la série, en conformité avec les souhaits des fans et la fameuse « mythologie », avec laquelle il faut généralement rester cohérent si l’on ne veut pas être traité d’impie mercantile.

Mais ce n’est pas non plus une garantie de qualité. Si le premier film Sex and the City était un divertissement passable voire agréable, qui donnait au public le plaisir de retrouver Carrie Bradshaw et ses copines et permettait, même si ce n’était pas absolument nécessaire, de boucler enfin l’intrigue par cette histoire à rebondissements du mariage avec Big, c’était tout de même une belle cata : sous-intrigues atroces pour les copines de Carrie (mention spéciale à Charlotte qui devra se contenter d’une tourista et d’une diarrhée intempestive), personnage de Jennifer Hudson tombant un peu comme un cheveu sur la soupe, ritournelle lassante de l’indécision de Big (ce mec est un con, Aidan était cent fois mieux, mais c’est celui-là qu’elle aime malgré toutes les vacheries qu’il lui a fait subir : ON. A. COMPRIS.)… Mais surtout, et c’est un point qui empirera dans le deuxième film, l’esthétique bien appuyée autour des fringues de créateurs, des lieux new-yorkais branchouille et des appartements à cent plaques : les films de la franchise SATC ont entériné ce qui fit l’essoufflement de la série, à savoir une omniprésence de l’opulence, du luxe et du fric apparemment facile pour quatre connasses qui donnent l’impression de ne jamais bosser et de claquer un smic par jour, occultant de plus en plus les intrigues sexuelles ou sentimentales. Pas facile pour l’identification, qui fonctionnait pourtant à plein régime lors des premières saisons, lorsque les jeunes femmes célibataires occidentales (et leurs homologues masculins) trouvèrent dans le ton franc et sans tabou de la série matière à développer une nouvelle rhétorique, plus sincère et plus mature, de la drague et des relations amoureuses en milieu urbain. Les films ont fait ressortir les pires défauts et évolutions monstrueuses de la série.

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Dans le cas d’une série comme Buffy The Vampire Slayer, il y eut aussi des essoufflements et une évolution de l’ambiance générale. En l’occurrence, ce qui dérouta les fans par rapport aux intrigues lycéennes fraîches et amusantes teintées de rites de passage (premières fois, premières séparations, premières confrontations à la mort) des trois premières saisons, c’est le tournant dark que prit ensuite la série : difficulté des personnages centraux à trouver une place à la fac et une nouvelle dynamique dans leurs relations, atermoiements des scénaristes concernant la trouvaille d’un love interest stimulant pour l’héroïne, ambiance pesante et mortifère… Le passage à l’âge adulte fût dur. Peut-être faudra-t-il éviter de tuer des personnages secondaires, de rendre tous les potes de Buffy veufs ou dépressifs, et de buter l’héroïne à tour de bras, si un film voit le jour.

Là où un film Buffy a une chance de se distinguer et de creuser un aspect intéressant de la série, c’est justement parce que le series finale était un game changer, et que le film pourrait en explorer les conséquences, même dix ans plus tard. Comment regarder le présent et l’avenir quand on est une tueuse de 40 ans alors que toutes les précédentes sont mortes avant leurs 30 ans ? Comment gérer ses pouvoirs et sa spécificité quand on n’est plus la seule à les avoir ? Quid de la vie conjugale des autres personnages ? De leurs éventuels enfants et de la manière dont l’hérédité peut jouer sur eux ?… Il y a vraiment des choses à voir et à découvrir, sans retomber naïvement dans une intrigue bad guy of the week.

Mais le format ciné est-il, finalement, viable pour une mythologie comme celle du Buffyverse ? Ne risque-t-on pas d’assister, en deux malheureuses heures de film, à une sorte de saison 8 pas aboutie ? Se satisfera-t-on d’une intrigue un peu molle sur les conflits de génération ne laissant que des apparitions clin d’œil un peu inutiles à certains personnages qui n’y auront pas forcément leur place (je vois déjà les fans scandalisés si Alyson Hannigan décline toute participation au projet, si Spike n’est pas mentionné ou si on n’aperçoit Giles que deux minutes) ? A-t-on envie de voir Buffy avec des rides, un gentil mari, deux chiards et un mal de dos ?

Ce qui avait fait l’échec du film Buffy, tueuse de vampires en 1992 (avec Kristy Swanson et Luke Perry), c’était, outre le fait que les films de vampire n’étaient pas à la mode à l’époque, le fait que l’héroïne n’ait pas eu bien le temps d’installer sa personnalité et son charme dans l’esprit du spectateur. C’est du moins l’analyse qu’en fait Sarah Michelle Gellar (en attendant qu’on lui fasse le pont d’or qu’elle attend pour céder à la tentation). Et il est probable qu’elle n’ait pas tort.

2 réflexions au sujet de « Buffy, le film : fausse bonne idée ? »

  1. Pour ceux qui ont oublié, ça se finit comment Buffy déjà? Je me souviens qu’à la fin Willow avait souvent les yeux noirs et que ça faisait peur mais à part ça…

    1. En gros, Sunnydale détruite, la Bouche de l’Enfer bouchée, toutes les tueuses potentielles du monde « activées » : l’héroïne n’est plus condamnée à faire son boulot de Tueuse jusqu’à la mort. Ou en tout cas, plus toute seule.

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