Girl Most Likely

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Depuis Bridesmaids en 2011, je voue une grande confiance au talent comique de Kristen Wiig, que je trouve hilarante et particulièrement pertinente dans le format long des films de cinéma, qui favorisent bien ses personnages losers et névrosés. Son personnage d’Annie reste pour moi l’un des grands souvenirs comiques de ces dernières années, d’une part parce qu’elle est campée avec drôlerie et conviction, et d’autre part parce que sa drôlerie ne tient pas tant à une personnalité fantasque ou zarbi qu’à ce qui lui arrive : Kristen Wiig n’a en fait pas son pareil pour mettre en scène des personnages placides et terre-à-terre, somme toute normaux, faisant face à la lose intégrale. Leurs réactions sont alors des réactions crédibles, même si elles reflètent une certaine névrose. Annie vivait dans un colocation minable, avait perdu sa petite entreprise de pâtisserie et son mec, voyait sa meilleure amie s’échapper vers des milieux sociaux plus enviables… du coup sa déconvenue et son pétage de câble nous semblaient bien compréhensibles, l’empathie jouait à fond, la drôlerie du personnage et des situations faisant le reste. J’avais d’ailleurs été très content que le travail sur le scénario et les dialogues soit récompensé par une nomination à l’Oscar. Cette année, elle revient dans Girl Most Likely, que son distributeur français a préféré rebaptiser Imogene, du nom de son héroïne.

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Imogene (Kristen Wiig) était une enfant artiste, qui revendiquait déjà haut et fort, en cours de théâtre, le droit de critiquer l’écriture et le scénario d’une pièce, fût-elle un classique absolu. En grandissant, elle a voulu devenir auteur de théâtre, a obtenu une bourse mais, paralysée par l’enjeu, n’a plus rien pu écrire. Dix ans plus tard, elle a un job peu reluisant dans un journal qui se fout de ses idées ou de ses qualités d’écriture, est nègre pour le livre de l’une de ses riches amies, et sort avec l’un des membres de son riche cercle de fréquentations. Résignée mais décidée à être heureuse avec cette nouvelle donne de l’existence. En perdant tout cela en quelques heures, un malheureux concours de circonstances va la contraindre à retourner vivre chez sa mère, dans le New Jersey, auprès d’une famille, d’une région et d’un passé qu’elle a fuis comme la peste depuis près de 20 ans.

Perso, et même si je trouve le pitch très standard (c’est grosso modo le pitch de Sweet Home Alabama, La Proposition ou Paris à tout prix : la connasse arriviste qui se retrouve obligée de séjourner chez les ploucs et qui s’éveille alors à nouveau aux vraies valeurs, au retour aux sources et à la vacuité de fuir son passé) (mais je schématise, hein), je dois dire que je me suis vachement reconnu dans le personnage d’Imogene. Moi aussi, je suis parti de chez les ploucs en me croyant mieux qu’eux. Moi aussi j’ai cru conquérir la grande ville à la force de mon talent, de mon diplôme et de mes vingt ans. Moi aussi je me suis un peu cassé le nez mais je fais bonne figure et je pense que ce que j’ai trouvé me convient. Moi aussi, il faudrait une obligation légale pour réussir à me forcer à retourner vivre chez mes parents et envisager de renouer avec la vie de mon patelin. Mais moi, je ne suis pas une héroïne de comédie américaine.

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A partir de là, et en dépit du marketing un peu foireux (oui, encore) entourant le film, NON on n’est pas dans un film de Woody Allen qui se passerait dans le New Jersey (c’est beaucoup moins bien écrit que des dialogues de Woody Allen, et on sent plutôt l’influence de Nicole Holofcener, Jonathan Dayton ou Valerie Faris) (oui, c’est une comédie post-Little Miss Sunshine, comptant sur des seconds rôles loufoques pour accompagner et/ou mettre des bâtons dans les roues de la quête du personnage principal), et NON, ce n’est pas hyper original. J’ai quand même passé un bon moment, grâce à un scénario qui ne part pas forcément dans la direction prévue, quelques bonnes idées (la carapace humaine, l’hilarante scène de la bibliothèque) et deux seconds rôles mal servis par les dialogues mais plutôt bien campés (Annette Bening en mère irresponsable accro aux jeux et aux hommes menteurs, et Matt Dillon en espion mytho). Reste ce détail qui tue : j’ai bien du mal à croire, désormais, à un Blaine de Glee qui s’avérerait finalement hétérosexuel.

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