La Pop-Pouffe d’août

 

 

Lady Gaga est-elle une artiste condamnée ? J’ai hésité, comme il se doit, entre elle et Katy Perry pour cette Pop-Pouffe du mois d’août. Mais si la Perry a d’ores et déjà gagné le match des ventes de singles aux États-Unis, il se trouve que Gaga a dégainé son clip la première. Car c’est sûr, ça va pas être pour son démarrage tonitruant qu’Applause va se distinguer, pour la postérité. Mais bon, rassurons-nous, il n’y a pas que le Billboard dans la vie, et si la popularité de Katy Perry et de ses cinq singles d’un même album classés n°1 aux Etats-Unis (record partagé avec Thriller de Michael Jackson) écrasent largement Lady Gaga de l’autre côté de l’Atlantique, le dernier single de Lady Gaga n’a rien à envier à Roar, jusqu’à présent, à l’international.

 

 

 

 

Moi, je ne prends toujours pas parti. Si je trouve Roar plutôt mignonne, quoique loin du virage que l’on croyait voir s’annoncer dans les teasers Vevo où Katy Perry enterrait littéralement sa période Teenage Dream (force est de constater que Roar aurait tout aussi bien pu figurer au tracklisting de son précédent opus, donc bon, pour le renouveau on repassera), je n’ai jamais été vraiment rebuté par les outrances de Lady Gaga. Applause est, à mon corps défendant, bien plus ma came, à ce stade de ma vie, que le son résolument teen pop calibré de Roar.

 

 

Le problème, c’est plutôt, désormais, la manière dont Mother Monster nous vend ladite came : la surenchère permanente, au bout d’un moment, empêche d’être surpris. Lady Gaga nous promet depuis quelques semaines que l’album ARTPOP va changer le monde de la musique pop, que ce sera du jamais vu et qu’on n’est pas prêts du tout pour le choc musical et esthétique qu’il va provoquer chez nous. Moi je veux bien, mais compte tenu de son incapacité totale à faire une apparition publique et/ou médiatique sobre, sans fashionnisation débile ni sophistication outrageuse, depuis bientôt cinq ans, je ne vois pas trop comment elle va nous surprendre désormais.  Avec un album de blues lounge, peut-être ? Sinon je vois pas. En tout cas, Applause et son clip ne montrent pas vraiment le chemin d’une révolution artistique ou d’une métamorphose. C’est du Gaga, dance, biz’art et hyper travaillé comme d’hab’.

Le clip d’Applause est très joli, hein, je dis pas. Mais bon, si elle croit encore nous ébaudir en s’enlaidissant avec du maquillage de clown qui déborde, le brushing de Brienne de Tarth dans Game of Thrones, ou sa tête piquée au sommet du cou d’un cygne, elle se goure. Pour la musique, c’est propre, efficace et un peu exigeant au niveau de la production, mais ça ne vole pas des kilomètres au-dessus (ni à côté) de Judas ou Marry The Night. Si le single est le reflet du futur album (et ce n’est, après tout, peut-être pas le cas), Lady Gaga semble plus partie pour creuser la veine zarb et glauque entamée depuis son album précédent (guitares et batterie plus pesantes, imagerie à base de monstres et d’hybrides, fin absolue de l’italo-disco et du glamour léché) que pour changer de direction ou proposer un renouvellement renversant.

 

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Le vrai problème de cette chanteuse, aujourd’hui, c’est que si elle propose toujours un discours intéressant sur la célébrité et la construction d’une image et d’une carrière autour d’ambitions pop et mégalo jamais vues depuis les années 80, elle a trouvé sa formule commerciale. Dont elle n’arrive plus à se défaire : faire l’évènement tout le temps, à chaque apparition, quelle qu’elle soit. Ce qui l’oblige à s’engoncer dans des costumes de scènes iconoclastes, pondre des clips bourrés de trouvailles visuelles, ne jamais oser un avis ou même une phrase un peu random en interview… Cette meuf s’oblige à être Brigitte Fontaine. Sauf qu’au bout d’un moment, cette abondance d’originalité nous a rassasiés. L’exceptionnel permanent n’est plus l’exceptionnel. On se retrouve donc face à cette situation paradoxale : des clips et des apparitions hyper travaillés, qui ne suscitent plus que quelques bâillements blasés (en-dehors, bien sûr, d’une armée de fans hystériques prêts à écharper les haters au moindre commentaire négatif).

 

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Si, il y a quelques années, un clip comme celui d’Applause aurait créé l’évènement à la télévision pendant des semaines, aujourd’hui, on s’en fout. D’ailleurs, contrairement aux compositions narratives rafraîchissantes qu’avaient pu constituer les clips de Paparazzi, Telephone ou Yoü & I,  le clip d’Applause s’inscrit plutôt dans la lignée des patchworks de plans prétentieux à base d’art contemporain façon Born This Way ou Bad Romance qui, s’ils ont pu un temps donner une image « pointue » à Lady Gaga, perdent un peu en intérêt à mesure qu’ils s’accumulent.

Tout comme le seul moyen pour Miley Cyrus de nous surprendre, après sa prestation « I’m trying so hard to be a badass » des VMA de dimanche dernier, sera désormais de faire un album (ou au moins un clip) de registre hyper sage et consensuel pour nous montrer l’étendue pop sur laquelle elle pourrait régner, le seul moyen pour Lady Gaga de nous surprendre dorénavant sera un virage schizo : un album de ballades piano-voix super sobre, un album country, quelques chansons pop rock FM, un single death metal…

Autant de possibilités devenues des suicides commerciaux, qui la condamnent à la dance-pop, à l’originalité visuelle et, progressivement, à l’indifférence du grand public. Un peu comme Madonna ou Mylène Farmer qui, pour des raisons différentes, se sont fermées aux publics les plus larges à force de se contenter de donner à leurs solides bases de fans exactement ce qu’elles voulaient, ni plus, ni moins. Mais si elle souhaite vraiment poursuivre son exploration kafkaïenne de la célébrité et des excès artistiques durant la suite de sa carrière, faute d’être surprenant désormais, cela restera certainement, à chaque nouveau clip comme à chaque nouveau live, passionnant à décortiquer et à critiquer. Parce que, formellement, Gaga va là où les autres princesses de la pop n’osent jamais aller, joue sur le visuel sexy sans faire la belle ni être victime des tenues dénudées qu’elle arbore (en gros, elle ne se met pas en string parce que son manager veut qu’elle appâte l’ado en chaleur, ni pour que ton papa se paluche devant ses clips en arrêt sur image), et qu’à ce titre, elle reste la princesse de la pop la plus intéressante de la scène mainstream actuelle.

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