« Showgirls » is burning

leave it on the floor poster

Le problème, avec Leave it on the floor, est le même qu’avec Noah’s Arc, La Corde, ou Cruising : c’est pas forcément ce qu’on a vu de mieux, c’est même un peu kitsch et fauché, ne donnant pas forcément une vision très claire ou très fidèle du milieu gay que cela prétend dépeindre… mais les communautés en question sont tellement peu présentées au grand public, et cela a donc tellement le mérite d’exister, que l’on passe. Le film a d’ailleurs mis près de deux ans à traverser l’Atlantique, c’est dire si le croiser sur un écran parisien est inespéré.

 

Le pitch : Lorsque Deondra découvre que son fils Brad est homosexuel, elle le met à la porte. Il erre dans les rues de Los Angeles et atterrit par hasard dans un lieu de la scène underground californienne où a lieu une compétition de voguing.
Il découvre alors les membres hauts en couleurs des différentes équipes qui s’affrontent dont celle dirigée par la légendaire Reine de la scène, Queef Latina.
Brad va tenter de s’intégrer à cette nouvelle famille.

 

 

 

leave it on the floor brad

Pas de grosse surprise à attendre de ce film, a priori, qui transpose chez les gays afro-américains et au milieu du voguing (scène underground d’avant-garde dans laquelle Beyoncé, Justin Timberlake ou Rihanna sont supposés venir faire leur marché lorsqu’ils castent leur crew de danseurs pour leur prochaine tournée) (mais bien sûr) le bon vieux principe du jeune outsider qui débarque dans un milieu auquel il ne connaît rien et va en devenir la nouvelle star en deux semaines : c’est Coyote Girls, Magic Mike, Showgirls, Burlesque, Sexy Dance 3D volume 47… Sauf que. Bizarrement, ça ne part pas vraiment dans cette direction-là. Enfin si, mais pas vraiment. Comme si ce n’était pas assumé, ou comme si le réalisateur Larry Sheldon avait voulu proposer un peu plus que ça. Leave it on the floor présente ainsi la singulière particularité d’être une comédie musicale où aucun des numéros chantés ne l’est pas sur scène. Le degré de kitsch des chansons varie de « puissance Lara Fabian » à « Fin de nuit chez RuPaul », mais à la limite, ce n’est pas bien grave, ça se marie bien à l’aspect over the top du voguing. C’est d’ailleurs dans ce dernier point que réside l’autre « surprise » du film : là où la plupart des films de ce type mettent le jeune héros (ou la jeune héroïne, hein) et sa « nouvelle famille » face à un défi ultime de type compétition ou spectacle du siècle, auquel faire face en quelques semaines (généralement sur fond de galères et d’intrigues romantiques) – menace de fermeture, finale de championnat du monde intergalactique de street dance, enjeu financier crucial pour la survie de l’équipe, etc. – l’intrigue de Leave it on the floor met rapidement cet aspect de côté pour se concentrer sur les intrigues sentimentales et l’intégration du personnage de Brad dans sa nouvelle « maison ».

Leave-It-On-The-Floor-Princess

Ce qui est à la fois frustrant et rafraîchissant. Frustrant parce qu’on ne profite guère de la progression ou de la montée en pression de l’équipe autour d’une victoire nécessaire pour le « ballroom » final. Rafraîchissant parce que cela change un peu des clichés du genre, que de se concentrer sur les relations houleuses entre des personnages issus d’horizons différents, et de constater que non, les milieux du spectacle et de la nuit qui recueillent ces oisillons égarés et jetés du nid, ne sont pas forcément des modèles de sympathie et d’intégration. Dans une Coyote Girls classique, la dame patronesse revêche accueille fraîchement la nouvelle venue d’un « tu crois que c’est facile ? » et d’un « je te prends à l’essai, tu as une soirée pour faire tes preuves » avant d’en faire sa pouliche gagnante. Ici, la supposée patronne Queef Latina va mettre tout le film à accepter la présence de cet intrus, dont seuls ceux qui veulent coucher avec lui cherchent vraiment à l’intégrer. Autant pour la rassurante notion de « deuxième famille », donc… Tout ça pour qu’au final, gagner des trophées au ballroom de la fin du film ne semble même plus avoir d’intérêt, ni aux yeux des personnages ni aux nôtres. C’est assez nouveau, dans le genre. Mais 1) était-ce l’effet souhaité ? et 2) est-ce vraiment mieux ainsi ?

Leave It On The Floor Miss Barbie-Q

Pour le reste : les deux tiers des acteurs jouent comme des pinces à linge, l’intrigue ne mène un peu nulle part mais en gros il y a une fin « standard », quelques numéros de danse sont rondement menés, les dialogues et les chansons sont un peu ridicules, mais globalement ça fonctionne pas trop mal. Il ne faut pas perdre de vue que c’est un film un peu fauché, qui a vu l’implication du chorégraphe et de quelques danseurs de Beyoncé (cette dernière ayant même produit un titre de la B.O.), et que son public est plutôt « de niche » : gays, blacks, fans de Beyoncé, ou tout ça à la fois. Et comme, depuis le documentaire Paris is burning et le clip de Vogue (qui remontent quand même à 1990), la communauté voguing n’avait plus eu les honneurs d’un tel coup de projecteur, c’est bien ce que je disais : ça a le mérite d’exister. Bien au-delà de son sujet, qui n’en est même plus un tant c’est évident, de la lutte contre l’homophobie, et d’à quel point c’est dégueulasse, de la part d’un parent, de foutre son enfant à la rue au seul prétexte qu’il est gay. Ou plus largement, qu’il n’est pas conforme à ce qu’on en attendait.

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