Top 40 des 90’s : n°1

number one

Bon, c’est un peu comme les années 2000, hein, à la fin il y a un numéro 1, et quand on repense aux 40 entrées, on se dit qu’on a oublié des gens, des courants, des chansons bien plus dignes d’intérêts, voire certaines qui n’ont même pas été des singles. Je m’en tiens à la même justification, donc : c’est un classement personnel, dû à ma perception, à ma subjectivité, à mes souvenirs et à ce qui, au final, constitue ma culture (ou mon absence de culture) musicale. J’ai essayé de parsemer, çà et là, des allusions aux uns et aux autres, mais j’en suis resté aux singles (et par extension, aux groupes et artistes), que j’ai trouvés les plus marquants et les plus emblématiques de cette décennie-là. Avec, je l’espère, plus de recul et plus d’analyse que je n’en aurais eu en faisant un classement similaire le 1er janvier 2000. A la limite, je peux m’excuser de l’écrasante majorité de voix féminines (24 entrées sur 40 au total, dont 15 dans le top 20) et de la légère sur-représentation de la deuxième moitié des 90’s, mais bon, comme j’ai eu 5 ans en 1990, on me pardonnera de n’avoir pas été très attentif avant 1995…

 

 

 

 

 

Résultat des courses, donc :
n°40 : Beverley Craven – Promise Me (1990)
n°39 : Savage Garden – Truly Madly Deeply (1997)
n°38 : Sixpence None The Richer – Kiss Me (1999)
n°37 : Lenny Kravitz – I Belong To You (1998)
n°36 : Daft Punk – Around The World (1997)
n°35 : Destiny’s Child – Bills Bills Bills (1999)
n°34 : Whigfield – Saturday Night (1994)
n°33 : Sinéad O’Connor – Nothing Compares 2 U (1990)
n°32 : Coolio – Gangsta’s Paradise (1995)
n°31 : Robbie Williams – Angels (1997)
n°30 : Björk – It’s Oh So Quiet (1995)
n°29 : Britney Spears – … Baby One More Time (1999)
n°28 : Queen – The Show Must Go On (1991)
n°27 : Oasis – Wonderwall (1995)
n°26 : The Cardigans – My Favourite Game (1998)
n°25 : Meredith Brooks – Bitch (1997)
n°24 : Red Hot Chili Peppers – Under The Bridge (1992)
n°23 : Cher – Believe (1998)
n°22 : Natalie Imbruglia – Torn (1998)
n°21 : Bruce Springsteen – Streets of Philadelphia (1993)
n°20 : R.E.M. – Losing My Religion (1991)
n°19 : Snoop Dogg – Who Am I ? (What’s My Name ?) (1993)
n°18 : Whitney Houston – I Will Always Love You (1992)
n°17 : Madonna – Frozen (1998)
n°16 : Jamiroquai – Virtual Insanity (1996)
n°15 : Lauryn Hill – Doo Wop (That Thing) (1998)
n°14 : Janet Jackson – Together Again (1997)
n°13 : Texas – Black Eyed Boy (1997)
n°12 : Mariah Carey – Fantasy (1995)
n°11 : Céline Dion – My Heart Will Go On (1997)
n°10 : Michael Jackson – Black or White (1993)
n°9 : No Doubt – Don’t Speak (1997)
n°8 : Gala – Freed From Desire (1996)
n°7 : Joan Osborne – One of us (1995)
n°6 : Brandy & Monica – The Boy Is Mine (1998)
n°5 : Alanis Morissette – Ironic (1996)
n°4 : Corona – The Rhythm of the Night (1993)
n°3 : The Cranberries – Zombie (1994)
n°2 : Nirvana – Smells Like Teen Spirit (1991)

 

Et le numéro complémentaire…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

n°1 : Spice Girls – Wannabe (1996)

 

 

Bah oui…

Que ce soit clair : Wannabe n’est pas ma chanson préférée des années 90, pas plus qu’elle n’est ma chanson préférée des Spice Girls. En fait, quand j’en entends l’intro et que j’ai la possibilité de zapper, je le fais. Mais c’est rarement le cas (ça s’entend plutôt en boîte ou dans les magasins que sur l’autoradio, de nos jours) et, arrivé au premier refrain, ma dignité s’est envolée et je fredonne comme une dinde If you wanna be my lover, you gotta get with my friends, make it last forever, friendship never eeeeeeends… Evidemment, elles ont tenu la barre jusqu’en 2000, et n’ont pas complètement disparu des radars pop depuis (en dépit de carrières solo globalement ratées), mais rien à faire : les Spice Girls sont emblématiques des 90’s, peut-être plus que n’importe quel artiste ou groupe ayant œuvré dans les charts mondiaux à la même époque.

Spicegirls-spice

A la fois follement ringardes et fièrement tournées vers le 21ème siècle, les cinq volailles épicées ont réussi, à mes yeux, la synthèse des 90’s : combinant le kitsch visuel et le son dance outrancier qui les a précédées, et la chimie pop qui leur succédera (proximité factice mais appuyée, notion de communauté de fans autour d’artistes qui leur envoient des messages « dédiés » par médias interposés, clichés et archétypes visuels, dimension pop culture des clips, armées de producteurs, science du casting, construction d’un « univers » autour d’une personne lambda)… Seuls les anglais (ici, Simon Fuller, le manager d’Annie Lennox) pouvaient réussir ce tour de force.

Les Spice Girls ont tant marqué leur époque que le grand public, inconsciemment dégoûté de n’avoir jamais assisté à leur casting ni à leur naissance en tant que groupe, les cherche encore aujourd’hui : on dira ce qu’on veut, mais la simple existence de Popstars et le regain d’intérêt pour le genre désuet des télé-et-radio-crochets ne tiennent pratiquement qu’aux Spice Girls. Que leur éclosion coïncide avec celle de la télé-réalité d’enfermement n’est qu’un bienheureux hasard, qui fournira à la télé-poubelle un bon prétexte à se parer de lettres de noblesse. Après tout, pourquoi cracher à la gueule des feignasses de Loft Story si l’on met dans le même sac les candidats de Popstars ou Star Academy, émissions plus « morales » puisque les lofteurs suivis de semaine en semaine y ont du « talent » et vont chercher une victoire finale dont on nous donne l’impression qu’ils la « méritent ». La beauté de l’art.

Spice Girls 2 : Topshop Models Edition
Spice Girls 2 : Topshop Models Edition

Mais moi, je ne suis pas dupe : créer Girls Aloud ou les L5, c’est et ça n’a jamais été rien d’autre que créer de nouvelles Spice Girls. C’est offrir le frisson d’avoir cru découvrir et choisir, devant sa télé (« oh nan, pas elle » « oh oui, gardez-la »), les nénettes plus ou moins archétypales composant ces groupes. L’Angleterre a été encore plus friande que d’autres pays de cette mode des girls groups artificiels : Popstars n’y a certes pas eu 10 saisons comme en Allemagne, mais la Perfide Albion se cherche clairement un groupe de pouffiasses pop peinturlurées à idolâtrer, et était au bord du deuil national lorsque ses candidates toutes désignées à la succession (les tenaces Girls Aloud) se sont séparées, plus tôt cette année. Entre les Saturdays, les Little Mix, les Sugababes (ou les MKS, selon qu’on est puriste ou pas) ou les Pipettes, les anglais plébiscitent le frisson du Girl Power depuis bientôt deux décennies, quasiment sans discontinuer.

spice-girls

L’autre manière dont les Spice Girls ont marqué leur époque, et jusqu’à la musique pop actuelle, c’est évidemment dans leur image : du fun et du story-telling, voilà à base de quoi se marketent la teen pop, le R’n’B ou tous les courants musicaux cherchant à vendre des singles aux collégiens depuis quinze ans. Pour un courant plus ou moins « sérieux » qui va percer et devenir provisoirement la lubie de MTV (nu metal, punk rock, gangsta rap), combien de Carly Rae Jepsen, de Jennifer Lopez, de Katy Perry, de Justin Bieber, de Ricky Martin, de Christina Milian, de Mandy Moore, de Britney Spears, ou d’autres clichés souriants sur pattes pour ne rien prétendre d’autre que de nous livrer de la mélodie pop entêtante et du fun pour nos mornes soirées ? Tous ces artistes, en plus de leurs sourires plastifiés et de leurs ritournelles, ont l’air de rien débarqué dans nos quotidiens avec un univers coloré et artificiel bien construit autour d’eux (clips, pochettes de singles) supposés nous donner l’impression que leur personnage de clip était leur vraie personnalité. C’est le moment où, plus que jamais, les clips et les pochettes de disques n’illustrent pas tant les chansons que la supposée personnalité de l’artiste. Même si c’est faux. On a tous un peu cru, un jour, que Ricky Martin était un portoricain avenant dansant la samba avec des inconnues dans les bars, que Britney Spears était une lycéenne délurée qui entraînait ses camarades dans une bacchanale pour tromper son ennui, ou que Justin Bieber était vraiment un enfant de douze ans cherchant la street credibility (lol).

C’est que le storytelling autour d’eux, de leur personnage public, nous était confortable, rassurant. En vrai ce sont juste des chanteurs de pop qui cherchent à faire du blé et à se faire aduler et dorloter leur égo meurtri, comme tout le monde, hein. Mais on avait envie d’y croire. De même, on avait envie de croire aux personnages des Spice Girls, comme si leurs « personnalités » (Ginger, Posh, Scary, Sporty, Baby) n’avaient pas été créées de toutes pièces par leur maison de disques : c’étaient des meufs normales, on le voyait bien, mais on avait envie de croire qu’elles étaient réellement ce qu’on voyait à la télé. Personne n’avait jamais cru que Madonna était vraiment une vierge intimidée, que Roch Voisine avait perdu son amour de vacances hôtesse de l’air, que Céline Dion avait aimé un Ziggy, ou que Michael Jackson dansait la nuit dans les cimetières ou dans les parkings souterrains (quoique) : ils illustraient une chanson, et on savait que cette chanson ne parlait pas d’eux dans la vraie vie. Les Spice Girls, elles, introduisent cette dose de mise en scène / fiction qui brouille les pistes et enferme aussitôt chacune des chanteuses concernées dans un cliché devenu indissociable de son image publique : oui, au début on a pris Britney pour une lycéenne, Lady Gaga pour une jet-setteuse copine avec Paris Hilton, les Destiny’s Child pour un groupe de copines d’enfance… Et aujourd’hui encore, Victoria Beckham n’est pas parvenue à se débarrasser de son surnom Posh.

Personne n’avait vraiment peur de Scary Spice, mais on se disait qu’elle était peut-être bien du genre à jouer avec le feu et les reptiles. Baby Spice évoquait à merveille ces primesautières jeunes chanteuses en fleur qui ne se rendent pas compte que leur manager leur fait des avances avant que celui-ci ne leur éjacule dans les cheveux. Sporty Spice et son chicot argenté ne nous donnaient guère envie de titiller la catcheuse lesbienne qui sommeillait en elle. Ginger Spice était FORCEMENT une grosse allumeuse qui sortait en boîte de nuit tous les soirs pour minauder et renverser les tables dans son top à paillettes Union Jack et son mini-short ras-la-salle-de-jeux. Les apparitions publiques des filles nourrissaient d’ailleurs clairement cette confusion.

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Sauf qu’en vrai non.

Ringardisées à peu près aussi vite qu’elles sont devenues le girls group le plus vendeur de l’Histoire (oui oui, devant Destiny’s Child), soit en environ deux ans, les Spice Girls incarnent une sorte de sommet des 90’s, et de virage de la pop music mondiale : après elles, l’impression d’authenticité ou de technicité artistique (type folkeuses, musiciens se vantant d’avoir fait le conservatoire ou chanteurs de rock auteurs-compositeurs de chansons éternelles) prévaudra moins, aux yeux du grand public, que le fun et l’efficacité des mélodies et des productions. C’est le début de la mainmise des producteurs à la mode en qui l’on a confiance pour nous pondre toujours de la bonne tambouille déjà servie dans le hit de la saison précédente (comme Simon Fuller a rebondi vers les S Club 7 après les Spice Girls, Timbaland, David Guetta, Red One ou Calvin Harris rebondissent désormais de chanteuse en chanteuse et de groupe en groupe, pour reproduire leurs recettes magiques sans sensation de répétition), et des artistes formatés par les sonorités dance et R’n’B, qui rêvent de gloire et de victoire à la Nouvelle Star avant d’être bennés au premier single qui ne se vend pas (R.I.P. les Diadems The Mess). A la fin, les subcultures indés (grunge, folk, blues, rock alternatif) ont perdu, et la dance de Corona et la teen pop de Britney ont gagné. Parce qu’on avait envie de revivre les Spice Girls. Parce qu’on avait envie que le tube de l’été dure toute l’année. Même si un tube de l’été, ça n’a ni la respectabilité ni les garanties suffisantes pour propulser une vraie « carrière ».

8 réflexions au sujet de « Top 40 des 90’s : n°1 »

  1. Putain, tout ça pour finir avec les Spice Girls ! 🙂 (je comprends l’impact pop culturel mais j’ai toujours trouvé leurs chansons très très très nulle).

    Bref, je trouve ton exercice vachement intéressant. C’était sympa de retrouver certains titres.
    Ca donnerait presque envie de m’y coller mais je ne suis effectivement pas sûr d’arriver à faire la part des choses entre les chansons que j’aime le plus et les chansons qui m’ont le plus marqué.

    Je vais quand même y réfléchir 😉

    1. Je t’avoue que j’ai hésité, mais je ne voyais tellement pas quoi mettre d’autre en n°1, après avoir listé les 40 ou 50 singles qui me venaient en tête le plus spontanément, que je suis assez à l’aise avec ce choix. Par contre 40 articles, c’est chronophage. Je recommande une liste dans un seul article. 😉

  2. Yeaaaah !! J’avais deviné ! Maintenant je n’ai qu’une hâte, lire tout tes pots sur ce top 40 depuis le début ! Merci pour ce divertissement, super idée. 🙂

  3. Pas mal, je n’avais pas deviné mais je trouve ça assez légitime.
    Pour nous en plus ça correspond à l’arrivée au collège et donc aux débuts d’indépendance musicale par rapport aux parents, aux CD achetés par et pour nous, et aux classeurs de où on découpait les coupures de Star club… Oui j’ai eu mon classeur Spice Girls.
    Je remarque cependant que ton classement a omis un autre phénomène musical des 90s, les boys band. Et pour la peine, une petite place aux Worlds Apart m’aurait semblé légitime (même tout en bas hein). Non pas que ce soit bon, mais cela a aussi marqué cette décennie.

    1. J’ai essayé de parsemer des allusions aux boys bands ici ou là (Savage Garden, Robbie Williams), mais il faut bien dire que le phénomène des boys bands m’est vraiment passé au-dessus. Genre même pas un single des Backstreet Boys acheté sur un malentendu, quoi. C’est la subjectivité qui ressurgit, ici, hélas.

  4. Bravo pour le travail d’inventaire et pour les renseignements toujours précis, souvent drôles et clairement utiles pour replacer le tout dans leur contexte.

    Même s’il s’agit nécessairement d’un classement subjectif, un mini-bémol pour moi : le manque du one hit le plus flagrant des années 90, « Save Tonight », d’Eagle Eye Cherry, qui passe encore aujourd’hui en radio. Une place dans les 30-40 n’aurait pas été volée. Malgré cette réserve, encore chapeau pour les choix et merci pour ces bons souvenirs.

    1. Ou Neneh Cherry et Youssou N’Dour, si on va par là. Question de place, donc. Et j’avoue que je n’y avais pas trop pensé.

      Je pense aussi que j’associe Eagle Eye Cherry à ces artistes du tournant 90-2000 (Anastacia, Christina Aguilera, Tina Arena, Enrique Iglesias, Shania Twain – pour le single de leur « percée » plus que pour leur capacité à durer, j’entends), que j’ai du mal à classer comme « représentatifs » d’une décennie ou de l’autre.

      J’ai une grosse grosse préférence, d’ailleurs, pour Are You Still Having Fun, sorti en 2000 🙂

      http://www.youtube.com/watch?v=TEFMGK9O-P8

  5. Oui, je comprends. Les choix sont ce qu’ils sont. Je ne mettrais pas Youssou N’Dour dans la même catégorie cela dit. Il a fait beaucoup de choses avant et après.
    Merci pour le lien, j’avais complètement zappé celle-là tellement j’étais resté sur le premier album. 😉

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