Top 40 des 90’s : n°17

n°17 : Madonna – Frozen (1998)

 

 


 

WHAT ??? Frozen plutôt que Vogue ?? Bah oui mes lardons, car si Vogue est probablement le sommet de la carrière de Madonna, elle incarne plus le pic d’une montée en puissance brillamment menée dans les 80’s que l’esprit des 90’s, et elle est plus intemporelle qu’autre chose, tandis que Frozen incarne davantage une époque et, surtout, une renaissance. Par ailleurs, confession honteuse s’il en est, avant 1998, moi, Madonna, je savais pas trop qui c’était. Une sorte de star du showbiz à connotation cul, nom le plus connu de la pop culture mondiale, dont j’avais aperçu le visage pas très onctueux et un bout de nichon dans une rediff de Body of Evidence un soir à minuit : a priori, du haut de mes 13 ans (5 à l’époque de Vogue), je n’étais pas dans la cible de cette nénette, estampillée « adulte », qui s’était peu à peu ringardisée avant même que je sois en âge de l’avoir bien identifiée. Et puis il y a eu Frozen

 

 madonna frozen single

 

Si cette chanson est aujourd’hui entachée d’une stupide histoire de plagiat venant d’un artiste belge un peu procédurier qui a vu dans les similarités entre deux quarts de refrains un prétexte à attaquer et, très probablement, se faire du blé, Frozen n’en demeure pas moins l’un des chocs de la fin des années 90 : alors qu’on pensait qu’elle nous avait fait tout voir, Madonna s’avérait à nouveau capable de surprendre. Âgée de presque 40 ans à l’époque, un an et demi après avoir donné naissance à sa fille, Madonna range sa lingerie de cuir et ses gadgets en latex, oublie la période Bedtime Stories dont, rétrospectivement, seul Secret a su marquer les esprits, et propose ce que le public, les critiques et la postérité considèrent encore aujourd’hui comme son meilleur album. Le fameux album de la maturité, Ray of Light, servi par le somptueux single éponyme et cette balade électro-trip-hop hors du temps.

Toujours forte pour flairer les faiseurs de tubes, Madonna avait pourtant commencé, depuis le début des années 90, à fatiguer son monde après son divorce avec Sean Penn et la débauche de libération sexuelle trash qui suivit : Justify My Love et son clip à scènes bondage sur le best of The Immaculate Collection, les provocations et gémissements de l’album Erotica, le livre de photos de cul Sex… C’est bon, chérie, on a compris, tu as 35 piges, tu es divorcée, tu vis les joies de la liberté sexuelle. On. A. Compris. Son virage un peu plus sage et androgyne en 1994 avec I’ll Remember et Bedtime Stories n’avait pas suffi à donner un nouveau souffle à sa carrière, et la chanteuse était alors dangereusement en voie de ringardisation façon « ancienne gloire des 80’s qui a tant voulu perdurer par la provoc’ qu’aujourd’hui tout le monde s’en fout » (know what I mean, Lady Gaga ?)

Madonna, by Mario Testino
Madonna, by Mario Testino

Et puis, trait de génie, elle fait un bébé à son prof de gym, joue les actrices de music-hall respectables pour les besoins d’Evita, rejoint la kabbale… et déniche William Orbit, un remixeur pointu ayant travaillé sur des remixes de Prince, The Cure ou Depeche Mode. Leur bébé commun, qui n’est donc pas Lourdes mais Ray of Light, fera de lui la nouvelle coqueluche de la pop mondiale, l’amenant par la suite à collaborer avec Katie Melua, Beck, Kraftwerk, Robbie Williams, Pink, Sugababes, ou encore les derniers tubes marquants des All Saints (Pure Shores, Black Coffee)… L’explosion d’un grand nom de la pop, en somme.

Frozen, par ailleurs, ce n’est pas que William Orbit et son électro teintée de sorcellerie : c’est la surprise de voir une icône pop tourner une page, enfin renoncer à être une icône sexuelle à tout prix, sans pour autant renier sa féminité ni sa capacité à fasciner le public, en proposant son projet musical le plus mature, le plus abouti… et le mieux marketé. Quant à Ray of Light, c’est l’une des grandes réussites des 90’s, la preuve éclatante que la musique mainstream de cette décennie de dance et d’europop suédoise pouvait produire un son très moderne, très ancré dans son époque, et en même temps capable de survivre à cette même époque et de ne pas sonner kitsch vingt ans plus tard.

3 réflexions au sujet de « Top 40 des 90’s : n°17 »

  1. J’ai jubilé quand j’ai entraperçu le titre frozen sur ta page d’accueil.
    Je partage ton analyse à 100%. Frozen, en soi, est un monument, à tel point je dirais, que le fait que ce soit une chanson de Madonna fini presque par desservir le titre. (À la lumière de la niche d’icône gay électro-kitsh qui refuse d’admettre qu’elle vieillit dans laquelle elle s’enferme un peu plus à chaque nouvelle video, chaque nouvel album).
    L’album Ray Of Light est un éclair de génie dans sa carrière. Je ne prends pas la peine de suivre l’actualité de Lady Gaga car j’attends tranquillement le jour où elle nous fera enfin une Frozenite et nous pondra un chef-d’oeuvre de maturité. Parce que je suis sûr qu’elle en a les ressources, une fois qu’elle se sera lassé de ses simagrées electro-burlesques.

  2. Pour moi aussi cet album est celui de la vraie découverte de Madonna. Je ne m’y étais jamais intéressé avant (et j’avoue ne toujours pas m’y intéresser beaucoup), mais cet album est profondément ancré dans des souvenirs d’adolescence naissante et d’exigence un peu plus marqué pour des titres musicalement valables. Ce qu’on peut reconnaitre à Madonna, à défaut d’être la voix du siècle, c’est d’avoir su si intelligemment s’accompagner des meilleurs et de définir les sons d’une décennie.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*