Top 40 des 90’s : n°19

n°19 : Snoop Dogg – Who Am I ? (What’s My Name ?) (1993)

 

 

 


 

Doc Gynéco n’a rien inventé : avec son premier album Doggystyle (littéralement « en levrette »), en 1993, Calvin Cordozar Broadus Jr. avait lancé cette tendance étrange du gangsta rap revendiquant à la fois une liberté sexuelle sulfureuse et le slut shaming décomplexé. On valorise le donjuanisme au masculin, encourage la promiscuité féminine, tout en déployant une rhétorique à base de « toutes des putes sauf maman ». Cette branche du rap qui n’a quasiment aucune revendication sociale mais tend vers le « rêve américain » a, peut-être plus encore que Will Smith, contribué au déploiement mainstream du hip-hop : sens de la mélodie, virilité exacerbée, femmes-objets, stylisation maximale de la vie urbaine, lifestyle à base de boîtes de nuits et de fête… Le bling-bling n’est pas bien loin, mais en attendant, on s’amuse. Et puis Snoop Dogg fait du morphing avec un doberman, quoi.

  Morphing Snoop Dogg

Lorsque débarque ce jeune homme d’à peine 22 ans, découvert par le déjà prolifique Dr Dre, c’est donc toute la planète rap qui prend un coup de jeune, de fun et de mainstream : derrière les thèmes somme toute classiques des gangs, de la drogue, des fusillades, des fêtes et du sexe, une bonne dose d’humour et de cette nonchalance qui ne quittera plus le personnage public de Snoop Dogg (désormais Snoop Lion, pour des raisons qui m’échappent un peu). Et bien sûr, ce sample du Atomic Dog de George Clinton, qui donne une tonalité funky au tout. Le genre de recette qui ne quittera plus Snoop Dogg de sa carrière, le poussant logiquement vers des collaborations beaucoup plus pop, et du même coup, plus « grand public » encore : Mariah Carey, Katy Perry, Pussycat Dolls, David Guetta, Robyn… Ils ont été des dizaines, depuis 20 ans, à lui réclamer une chanson ou un featuring.

Qui a dit "compromission" ?
Qui a dit « compromission » ?

S’il y a clairement des trucs à jeter dans le lot, il n’en reste pas moins que Snoop Dogg incarne la tendance de fond qui a permis au hip-hop de connaître sa grande percée des 90’s, au-delà du seul public fan de rap : de l’humour et des hits. On a beau respecter Busta Rhymes, 50 Cent, The Game ou Xzibit, ce n’est jamais tant que quand ils font des trucs fun avec Rihanna, Justin Timberlake ou Britney Spears qu’ils font des hits mondiaux. Sinon, le gangsta rap en lui-même voit souvent son ambiance cantonnée à Skyrock. Pour ce qui est d’acheter les chansons, tout comme les lead singles rigolo d’Eminem se vendent toujours mieux que ses saillies dramatiques sur sa jeunesse chaotique ou sa vie de couple, le grand public préférera toujours une pantalonnade de Shaggy ou de Will Smith à une chanson gangsta de bourrin. C’est ainsi.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*