Top 40 des 90’s : n°2

n°2 : Nirvana – Smells Like Teen Spirit (1991)

 


 

Quand le rock alternatif rencontre le mainstream et la coolitude MTV, c’est un peu l’ouragan. Plus encore que R.E.M. ou les Red Hot Chili Peppers, c’est Nirvana qui, au-delà de sa seule chapelle grunge, entraîne dans son sillage l’ensemble des scènes dites « alternatives » dans un rêve de tapis rouges et de glamour. Si tous les groupes grunge ou underground n’ont bien évidemment pas suivi cette voie, apparemment empruntée par mégarde par Kurt Cobain et ses potes, pas mal de groupe semblent depuis avoir été créés juste pour reproduire ce type de parcours. Je pense notamment à la vague « nu metal » du début des années 2000, et sa flopée de groupes aux racines vaguement underground, mais qui ont surtout semblé passer directement du lycée au matraquage de leurs clips à la télé, surfant habilement sur la lubie musicale de l’époque : les Sum 41, Slipknot, Korn (je vais me faire lyncher pour avoir mis ces trois noms dans la même liste), Three Doors Down, Limp Bizkit, Blink-182, Nickelback, Creed… Je ne doute pas de la sincérité artistique de ces groupes, ni du fait qu’ils appartiennent à des courants différents, mais rétrospectivement, il faut bien avouer que pas mal d’entre eux donnent l’impression d’avoir été alternatifs pendant dix minutes avant de passer par la case MTV. Ou comment, après s’être approprié la coolitude du grunge, les producteurs et majors se sont emparés du « nu metal » à la fois en allant piocher dans des groupes existants et en cherchant à faire émerger (ou créer ?) les suivants…

nirvana nevermind

 

 

 

 

Nirvana n’en était pas à son premier album en 1991, mais il faut bien avouer que pour une immense majorité de son public, c’est à partir de Nevermind qu’on a su qui ils étaient. Et il faut bien l’avoué, aussi insensible que j’aie été à Nirvana (en 1994, à la « fin » du groupe, je n’avais que 9 ans et ne savais même pas qui était Madonna – alors c’était pas pour devenir fan du groupe une fois que c’était trop tard : pas ma génération, on s’est loupés Kurt, dommage, next), le groupe a bien redéfini le son rock « à la MTV » pour les quinze années suivantes : guitares saturées, mélodies pop, refrain catchy, message « jeune » blasé et/ou contestataire… En à peine cinq ans, de 1989 à 1994, ce sont près de 50 millions d’albums que le groupe écoule, notamment lors de ses trois dernières années d’existence.

Nirvana, c’est surtout une icône, le destin brisé d’une génération qui se cherchait, comme toutes les autres, un génie en plein doute existentiel, torturé par ses démons, et pour finir foudroyé en pleine gloire : Kurt Cobain. Depuis, et même si un tas de chanteurs sont morts entretemps, les dernières années ont semblé vouloir nous fournir des martyrs de la pop à un rythme de plus en plus soutenu (Aaliyah, Amy Winehouse, Michael Jackson, Whitney Houston, etc.). Mais, peut-être parce qu’ils n’avaient pas la même envergure, peut-être parce qu’ils n’étaient pas aussi en phase avec l’époque de leur mort, aucun de ces décès spectaculaires n’a eu l’impact de celui de Kurt Cobain. Je me souviens un peu de la vague d’émissions musicales consacrées aux 10 ans de la mort de Kurt Cobain en 2004, c’était bizarre, ça paraissait si loin, tant l’époque avait changé. Nirvana, qu’on ait été leur contemporain ou pas, a défini une décennie. Probablement Kurt Cobain n’avait-ils pas une ambition aussi énorme, en 1985, lorsqu’il forma son premier groupe Fecal Matter (oui oui, ça veut bien dire Matière Fécale)… Contrairement à Lena Dunham, Kurt Cobain n’était peut-être pas prêt pour être la voix d’une génération.

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