Top 40 des 90’s : n°29

n°29 : Britney Spears – … Baby One More Time (1999)

 

Je suis un peu cruel avec la grosse Britney, que j’avais déjà mal classée dans le classement similaire que j’avais opéré pour les tubes des années 2000. C’est que, même si c’est l’un des plus gros tubes de l’année 1999, Baby One More Time incarne bien moins les années 90 que l’entrée progressive de la pop music dans le XXIème siècle et les années 2000 : ex-enfants stars, icones adolescentes scrutées par MTV et par les paparazzis, pédo-pop, professionnalisation des entertainers désormais condamnés à être auteurs-compositeurs-interprètes-danseurs-acteurs, provocs à deux balles face à une Amérique puritaine qui en avait pourtant vu bien d’autres, rapprochement semi-conscient de toute nouvelle sensation pop avec le concept de « nouveau Michael Jackson / nouvelle Madonna » (les deux noms les plus connus du showbiz mondial qui présentaient, en plus, la particularité d’avoir tous les deux eu 40 ans en 1998)…

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Bref, Britney nous a fait changer d’ère. Est-ce parce qu’elle était plus charismatique ou plus talentueuse qu’une autre ? Ou simplement parce qu’elle « tombait bien », qu’elle était ce dont la pop avait besoin à ce moment précis ? On ne le saura probablement jamais. Mais Baby One More Time, avec son clip soi-disant sulfureux jouant sur les clichés lycéens américains avec, en vedette, une gamine qui avait vraiment 17 ans, un uniforme échancré et une langue baladeuse lorsqu’elle prononçait un mot contenant la lettre L, devait tout bousculer sur son passage cette année-là. Le fait que Britney Spears ne disparaîtra ensuite plus de nos radars est, du coup, presque un blocage pour qui voudrait classer cette chanson comme un classique des 90’s : avec Britney, ce sont les années 2000 qui commencent, les années 90 qui se périment sans prévenir pour passer immédiatement à la décennie suivante. Une décennie de polémiques, de paparazzades, d’abstinence et de dépression, d’hypocrisie et de boulettes, de nombrils à l’air et de producteurs hype… Même Ray of Light de Madonna et William Orbit, pourtant sorti quelques mois avant, semble, culturellement, avoir cinq ans de plus que Baby One More Time, tant ce dernier nous a suivi bien au-delà de 1999, alors que « l’album de la maturité » de la Madone est très solidement ancré dans les 90’s.

 britney spears

Parce qu’elle est, en 1999, malgré les rapprochements conceptuels que les médias ont tenté de faire, l’antithèse de Madonna et des modèles de vie et d’indépendance qu’elle défendait alors depuis plus de quinze ans (virginité putative, soutien assumé au camp Républicain, ignorance crasse exprimée en interview, image de jeune fille sage et de bonne famille), Britney Spears est le constat d’échec de Madonna : l’icône idéalisée d’un public qui n’a rien compris au discours libertaire que Louise Ciccone, avec d’autres, avait pourtant déployé et médiatisé avec tant de véhémence. Britney Spears version 99 est, en quelque sorte, le bilan vivant d’une Amérique profonde qui s’étouffe dans sa pudibonderie et trébuche dans ses contradictions, après trente années de libération des mœurs et des esprits auxquelles elle a fait semblant de ne pas adhérer. Pour mieux dégoupiller tout cela par la suite, bien sûr, mais pour cela, il faudra attendre la rupture avec Justin et les mariages chaotiques…

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