Top 40 des 90’s : n°32

n°32 : Coolio – Gangsta’s Paradise (1995)

 

 

 

 

Coolio a eu 50 ans le 1er août. Ce qui ne nous rajeunit guère. Parfois (rarement, mais parfois), le single tête de gondole de la B.O. d’un film dépasse de loin le succès dudit film, au point de porter, en partie, les entrées en salles et les ventes vidéo. C’est ce qui se passa en 1995 avec ce single, qui reste aujourd’hui pratiquement la seule chanson de Coolio dont le grand public se souvient, bien que ce dernier était déjà, à l’époque, un artiste confirmé (enfin, un rappeur qui avait déjà eu un premier succès avant, quoi). Parce que, soyons concrets, Esprits Rebelles (Dangerous Minds), à part avoir permis à la toujours divine Michelle Pfeiffer de sortir provisoirement d’une dangereuse spirale de has-beenisme, c’est un peu une daube, une sorte de plagiat édulcoré à la sauce Hartley Cœurs à Vif, de  Boyz N the Hood, de The Substitute et de Sister Act 2 : le prof qui débarque dans une classe de lycéens rebelles qui ont renoncé à croire en eux, et qui leur apporte la rédemption sur un plateau par sa patience, son empathie et bien sûr son art (en l’occurrence ici, avec la passion de la littérature). Le film obtint toutefois un petit succès, mais le succès de la B.O. n’y est pas pour rien.

 

esprits-rebelles-pfeiffer

 

Aujourd’hui, Esprits Rebelles est assez pénible à regarder, pas très bien joué, mal dosé dans ses moments de légèreté, pachydermique dans ses instants dramatiques, et assez daté dans ses références et sa manière de regarder le « ghetto ». Sa place reste toutefois assurée au panthéon culturel des gamins de ma génération, qui découvraient le lycée à distance depuis leurs dix printemps, par l’intermédiaire de ces fictions mettant en scène des lycéens joués par des acteurs de 30 ans qui avaient de vraies vies d’adultes (zonage dans la rue, jobs du soir, deal, colocations sans parents, et autres trucs que, finalement, on n’a pas trop vécus lorsque nous débarquâmes nous-mêmes au lycée). La mort de Wade Dominguez (qui joue le personnage tragique d’Emilio Ramirez dans le film) à 32 ans en 1998, et le single de Coolio donc, contribuèrent beaucoup à en faire une référence culturelle générationnelle.

coolio michelle pfeiffer

Coolio remporta un Grammy Award pour cette chanson, et s’il poursuivit sa carrière par la suite, il n’eut plus jamais le succès de Gangsta’s Paradise. Ce single incarne en tout cas le changement qui commença à s’opérer vers le milieu des années 90, lorsque la pop culture commença vraiment à s’ouvrir au hip-hop, avec ce genre de single mainstream puis, dans une déformation typique de l’industrie, d’artistes « hip-hop » complètement dédiés à la production de singles pop pour gamines de dix ans mais, puisqu’ils étaient black et rappaient un peu dans les couplets, étaient porteurs d’une caution « street credibilité » : qu’on les appelle Shaggy, Will Smith ou P. Diddy, les premiers succès « gangsta » de Snoop Dogg ou de Coolio leur ont probablement ouvert les portes et les oreilles bienveillantes de beaucoup de petits occidentaux blancs et privilégiés.

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