Les deux papas et la maman

dads pilot

Hasard de la rentrée (ou bien les deux projets se sont-ils toisés à distance depuis des mois), deux sitcoms familiales ont débarqué dans les grilles déjà bien chargées des sérivores qui, bon an mal an, se cherchent de nouvelles comédies pour, au choix, combler le vide laissé par 30 Rock, anticiper la perte de HIMYM, ou simplement meubler leurs fins de soirée quand, arrivés à 0h30 et pas encore fatigués le mardi soir, ils voudront éviter de se lancer dans un nouvel épisode de 42 minutes. Mom a donc été lancée par CBS le lundi, et Dads par Fox le mardi, pour deux résultats jusqu’à présent bof bof, chacun dans leur style.

dads giovanni ribisi seth green

Dads, apparemment universellement descendue par la critique et le public pour avoir véhiculé des clichés racistes dans son pilote (en vrai, les blagues débiles sur l’uniforme d’écolière, la taille du pénis des chinois ou les hommes d’affaire asiatiques, sont à mon sens surtout énoncées pour pointer du doigt les stéréotypes – mais comme ce n’est pas expliqué ou contrebalancé par une réplique outrée, tout le monde croit que c’est raciste) (par exemple, si Veronica, l’assistante asiatique des deux héros, avait pris la peine de souligner explicitement leurs préjugés en leur disant que l’uniforme d’écolière n’est pas un cliché chinois mais japonais, je suis sûr que ce serait bien mieux passé), ne m’a pas fait une impression si désastreuse que ça. Son vrai problème, en fait, c’est qu’elle n’est pas très drôle : les situations sont assez convenues (grands gamins bossant dans l’industrie du jeu vidéo, femmes aimantes et patientes, enfants n’arrivant pas à pardonner / communiquer avec leurs pères, pères bien conformes aux archétypes du genre dans les séries comiques – immature et irresponsable à baffer d’un côté, froid distant et forcément réactionnaire de l’autre) et le rythme est assez old school ; on dirait une sitcom de 1997, quoi. Pourtant, le fait de trouver Seth MacFarlane (Family Guy, Ted) en producteur exécutif, et, justement, l’humour offensant et graveleux que propose la série (même si ça tombe pour l’instant à plat, peut-être un peu trop timide, pas assez ouvertement atroce), me donnent envie de tenir un peu (la série étant de toute façon très probablement appelée à être annulée au bout de trois ou quatre épisodes). Mais il faudrait oser, quitte à être raciste et à titiller le politiquement correct, y aller franchement et rendre tout ce petit monde bien odieux. Le défaut de Dads, ce n’est pas à mon sens d’avoir été immorale, c’est au contraire de s’être retenue, de ne pas y être allée à fond dans la bêtise crasse. Mais ce diagnostic, en plus de ne probablement jamais devoir être lu par les responsables de la série, arrive probablement trop tard : la série a depuis tenté de se rattraper en assumant, dans sa com’, son côté atroce et offensant, mais dans le pilote, c’est à la fois trop et pas assez ; mais surtout pas assez, en fait.

Mom-Faris-Janney

Mom, de son côté, a des armes un peu plus convaincantes pour l’audimat US : Anna Faris et Allison Janney dans les deux rôles principaux d’une mère célibataire débordée et de la mère de celle-ci, cougar alcoolique irresponsable qui renoue péniblement avec elle ; et à la production, Chuck Lorre, à qui l’on doit Two and a half men, Dharma & Greg et The Big Bang Theory, des séries généralement bien perçues par un public large, faussement subversives et un peu beauf, mais ce n’est pas ce qui compte n’est-ce pas ? En ce qui me concerne, je ne trouve aucune de ces séries drôles à se taper le cul par terre, ni leurs personnages très attachants ou originaux.

Mais bon, j’ai toujours eu beaucoup de sympathie pour les grands yeux de godiche optimiste d’Anna Faris (surtout que, comme dans Scary Movie, elle se prend des râteaux et des scuds toutes les deux minutes, et tire sa tronche mi-outrée mi-incrédule en permanence), et Allison Janney est assez drôle en mère indigne. Je conseille vivement aux scénaristes de lui faire dire des horreurs pour que le public s’attache. Courage les gars, Samantha Jones, Wilhelmina Slater et Sue Sylvester sont passées par là depuis 1997 : si vous voulez qu’on aime votre old bitch, il faut qu’elle ait le répondant de Joan Rivers…

Pour le moment, et à avancée égale (je n’ai vu que le pilote, dans chacun des deux cas), ces dames sont donc mieux parties. Mais si Dads s’avère bien être une plantade de plus pour Seth MacFarlane (se remettra-t-il un jour de la détestation qu’il a dirigée sur lui-même lors de sa présentation des Oscars cette année ?), c’est pourtant bien à ce dernier que je ferais confiance pour apporter quelque chose de neuf au format bien usé de la sitcom familiale. Quelque chose de plus subversif qu’une version vaguement updatée de Notre Belle Famille.

3 réflexions au sujet de « Les deux papas et la maman »

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*