Une nouvelle révolution de Madonna

 


 

On a beau trouver Miley Cyrus agaçante ou disjonctée, on ne peut nier une chose, concernant son virage marketing entamé depuis quelques mois : esthétiquement, elle s’entoure, musicalement, les tubes suivent, et globalement, c’est assez réussi. Le clip de Wrecking Ball, réalisé par Terry Richardson, a ainsi suffisamment marqué les esprits pour recevoir une nomination au MTV Europe Music Award for Best Video, moins de huit jours après sa mise en ligne sur Vevo. Alors même que le clip (résolument affreux, mais non moins marquant) de We Can’t Stop avait bien laissé son empreinte quelques semaines auparavant. Entre les popstars et les photographes de renom, les collaborations glamour sont légion, et constituent une sorte d’échange de bons procédés : pour la chanteuse, c’est l’assurance d’une collaboration prestigieuse à ajouter à son CV et de quelques mois de plus à être perçue par la presse comme « à la page », tandis que pour le photographe (Mario Testino, Jean-Baptiste Mondino, Annie Leibovitz, etc.), c’est l’occasion de voir son travail multidiffusé à travers le monde, contribuant ainsi à sa légende (généralement bien plus que ses travaux plus « personnels», d’ailleurs : Annie Leibovitz sera toujours plus connue pour son cliché de Demi Moore enceinte et à poil que pour ses séries sur sa compagne Susan Sontag).

 

La plupart du temps, de toute façon, ces collaborations sont ponctuelles et ne vont guère qu delà d’un shooting pour Vogue, d’une pochette de disque ou d’un clip, limitant leur portée culturelle à l’esthétique et au glamour.

 

 

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Madonna, elle, ne veut pas faire comme tout le monde. Ou plutôt, elle veut aller plus loin. Si elle est déjà familière des shootings avec les photographes les plus prisés de la planète mode, elle a également dédié une bonne partie de son énergie, au cours de sa carrière, à deux choses, qui en ont fait l’icône qu’elle est. La première consiste à démontrer sa capacité à se renouveler sans cesse, à rester à la pointe de la tendance musicale et aux avant-postes, à être dans le coup et dans le mille tout le temps : en bref, rester jeune (ce qui se traduit également par la discipline physique, désormais presque douloureuse à regarder, qu’elle s’inflige). La seconde, c’est de nous démontrer qu’elle est plus profonde, plus artiste, plus engagée que ses ambitions pop et business ne le laissent paraître ; ce qui se manifeste tantôt par des projets de films dramatiques (un peu foireux jusqu’à présent) dans lesquels elle s’investit de toute son âme, ou par des prises de positions politico-religieuses que beaucoup de gens lui reprochent (kabbale, guerre en Irak, Malawi, montée des extrémismes, etc.), histoire de prolonger le discours de liberté sexuelle qui marqua son début de carrière, tout en allant plus loin que les jets de culotte et la masturbation avec des crucifix.

Le #secretprojectrevolution, sur lequel la chanteuse tease depuis des semaines, répond plutôt aux besoins de cette deuxième grande « cause » de la carrière de Madonna : la présenter comme une artiste engagée. Du glamour pour papier glacé, mais en faveur d’un message puissant. Pour cela, elle a donc fait appel à Vice, une publication plutôt classée dans la veine hype sans sous-vêtements, à Steven Klein, un photographe plutôt classé dans la veine du glamour glacial sans humour, auquel on doit notamment le clip Alejandro de Lady Gaga et certains clichés passés à la postérité ces dernières années :

 

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steven klein tom ford

 

steven klein pitt

 

steven klein nicki minaj

 

steven klein jolie pitt

 

Elle a donc dévoilé hier un film de 17 minutes, dans lequel elle et ses danseurs sont prisonniers, humiliés, torturés, victimes de brutalités policières… pendant qu’elle débite d’un ton triste un certain nombre de constats alarmants sur l’état actuel du monde et de citations « inspirationnelles » appelant à la tolérance et à la liberté individuelle.

Après 15 minutes d’images violentes et glamour, un message sibyllin s’affiche :

 

steven klein madonna secret project revolution

 

 

Bon, et donc comme on le comprend, Madonna est contre les dictatures et pour la liberté « d’être soi-même ». Elle n’aime pas les tyrans et aime les gays, quoi. Ce qu’on avait fini par savoir, pour peu qu’on ne l’ait pas su dès les 80’s.

Mais en s’exprimant, assez ouvertement, contre les violations des droits de l’Homme favorisées par la récession mondiale et l’intolérance, elle nous fait espérer qu’elle est en train d’utiliser les moyens et l’imagerie glamour à sa disposition pour « commencer une révolution », qu’elle invite d’ailleurs l’internaute à rejoindre sur http://artforfreedom.com/.

Ma question, du coup : est-ce que c’est le début d’un vrai virage « engagé » dans la carrière de Madonna, avec mobilisation des Little Monsters fans, clips et tournées à l’avenant, voire engagement international avec lobbying auprès des grands dirigeants ? Ou bien n’est-ce qu’un moyen de donner artificiellement l’impression qu’elle en fait plus pour les droits de l’Homme et contre l’homophobie que ses rivales de la pop, jamais suivi d’effets ?

L’absence d’adossement d’une ONG de défense des droits de l’Homme au projet Art For Freedom, et ses premiers mots un peu bizarres sur sa dernière tournée qui l’a amenée à voir le monde et sa misère actuelle (genre, euh, dans les palaces et dans les stades ?), me font légèrement douter. Il n’en demeure pas moins agréable, de la part d’une artiste désormais perçue comme plus froide et capricieuse qu’une jet-setteuse encroûtée, de promouvoir ce projet comme ça, au milieu de rien, hors promotion d’un album.

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