Muriel Robin revient

 

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Depuis une dizaine d’années, Muriel Robin n’est plus tout à fait l’humoriste qu’elle fût dans les années 90, référence énorme du comique féminin à la française, à laquelle toutes les humoristes actuelles sont, plus ou moins ouvertement, comparées. Ayant réussi l’exploit de traverser dix ans au firmament du showbiz avec à peine une douzaine de sketches dans sa besace (dont quatre cultes : L’addition ; Le noir ; Le répondeur ; Le salon de coiffure), Mumu a acquis l’aura, probablement pas si enviable que ça, d’humoriste française la plus populaire de sa génération. Mais depuis dix ans, outre une pause de huit ans depuis le spectacle quasi-autobiographique Au secours !, Muriel Robin est devenue une figure plus dramatique du showbizness français : présente uniquement en télévision pour des rôles plus ou moins comiques (dont le très sombre téléfilm sur Marie Besnard), absente de la scène, quasi-officiellement dépressive, auteure d’interviews introspectives et d’une mémorable sortie de route chez Ruquier, démobilisée même de son engagement historique auprès de la troupe des Enfoirés (dont elle fut longtemps l’une des figures-phares), Mumu a littéralement disparu des radars comiques…

 

 

Et comme on l’avait donc largement entraperçu, l’humoriste a placé son grand retour sur scène sous le signe de l’introspection… et de la déclaration d’amour à son public, qui a eu la patience de l’attendre. Muriel Robin revient… Tsoin-Tsoin se veut une explication de près d’une heure et demie, un long stand-up à peine découpé en sketches (on est plutôt sur des séquences qui s’enchaînent, d’aparté en aparté, avec des clins d’œil légers à ses répliques-cultes), permettant à Muriel Robin de revenir sur son parcours personnel et professionnel, apparemment susceptible d’expliquer son absence, son besoin de prendre du recul.

Le spectacle est, ainsi, très exactement ce que je redoutais : une succession de monologues, plus ou moins réussis, lors desquels Mumu alterne vieilles recettes usées (une énumération d’objets prononcée une première fois correctement puis, quelques dizaines secondes plus tard, sous le coup d’un « énervement », en intervertissant syllabes et adjectifs de manière humoristique) et fulgurances comiques de génie (la blague filée sur les expressions animalières, les clins d’œil à son passé dans le théâtre dramatique classique), tout en laissant pointer la gravité. Une manière de se confier, et d’évoluer dans un autre registre que celui de la harpie énervée qui fit sa gloire. Artistiquement, quelque part, c’est un risque, courageux.

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Muriel Farmer : y a-t-il un hétérosexuel dans la salle ?

On comprend donc un peu mieux Muriel Robin, la femme qui ne se cache plus derrière une mère de famille bourgeoise ou une collègue de travail acariâtre, au regard des moments marquants et fêlures de sa vie : son sentiment qu’elle était la dernière chance de ses parents d’avoir un fils, le cancer de son père, l’alzheimer de sa mère, ses relations avec ses sœurs, ses prises de poids, son incapacité à se sentir belle ou féminine pendant des années, ses indécisions professionnelles, sa rencontre cruciale avec Pierre Palmade…

Sauf que :

1) elle avait déjà abordé une grande partie de ces points dans son spectacle de 2005,

2) son « explication » pour son absence (la description de sa vie entière, donc) ne va que du berceau à l’année 2003, ce qui ne nous dit donc pas trop ce qu’elle a pensé ou ressenti entre 2005 et aujourd’hui, et

3) on n’apprend pas grand-chose de ces touchantes confidences, tant Mumu s’épanche dans les médias et est transparente sur ses fêlures depuis son dernier spectacle.

Alors, certes, c’est un super moment, cathartique et probablement salutaire pour l’humoriste, un exutoire spectaculaire pour ses blessures… mais franchement ça n’apporte pas grand-chose de plus que son spectacle de 2005 et ses apparitions publiques des dernières années.

Muriel Robin partage apparemment avec son alter ego Pierre Palmade une certaine mélancolie, mais aussi un sens récemment révélé de l’introspection comique, un penchant grandissant pour la psychothérapie publique, et une difficulté à s’accepter face à des particularités (physiques, sexuelles) qui les ont empêchés de plaire, autant qu’ils l’auraient souhaité, à tout le monde. Leurs timides « dénonciations » des travers sexistes ou racistes de leurs contemporains étaient bénéfiques, à leur époque, mais ont pris un coup de vieux, vu d’aujourd’hui et d’un humour désormais plus « cash » sur ces sujets. Palmade et Robin, avec le temps, ressemblent plus à des rentiers du showbiz qu’à des humoristes subversifs. Leur image (et peut-être bien leur vie), s’est embourgeoisée, en somme. Pourtant leurs névroses s’étalent de manière assez transparente sous nos yeux, désormais, et nous les trouvons touchants. Au regard de leur souffrance probablement. Et aussi en souvenir des moments où ils nous ont tant fait rire.

Comme pour Pierre Palmade, un parterre conquis d’avance a attendu Mumu pour sa première, l’a applaudie, interpellée, a noué le dialogue entre elle seule sur scène et la salle, lui a dit « on t’aime », l’a rassurée. A l’issue de sa grande confession, nous avions l’impression d’avoir écouté une bonne copine nous dire qu’elle allait mieux, après des années de détresse, et nous étions touchés par sa sincérité. La salle lui a réservé une standing ovation de cinq minutes. Méritée.

Après avoir remercié beaucoup de gens, et en tout premier lieu « ma fiancée Anne », Mumu nous quitte, visiblement très émue de cette première, sur « Quoique je fasse, j’en suis sûre désormais, j’aurai envie de vous retrouver ». Et moi d’avoir la sensation d’avoir assisté à un moment important de la carrière de Robin. Sans pour autant réussir à évacuer complètement cette sensation sourde d’avoir été soumis à un petit hold-up émotionnel, sur un registre bien loin de la fiction… quand la Mumu que j’aimais, heureuse ou pas, s’effaçait davantage derrière des personnages bien brossés, dont elle moquait la mauvaise foi, le racisme, l’homophobie ou la suffisance. Un retour réussi, sans conteste. Mais on se demande si l’humoriste qui campait des harpies en tailleur (et qui pourrait très bien, aujourd’hui, camper d’autres choses en faisant… tu sais… des sketches !) existe encore. Sans même savoir quelle réponse serait la plus positive, d’ailleurs.

Nous avons appris à aimer Muriel Robin en tant que femme, j’espère que son prochain spectacle me fera adorer à nouveau la comique. Énervée ou pas.

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