You’re gonna hear me beuargh

 

Bon alors, on en parle, de ce dernier clip de Katy Pourrie ? Si on avait remarqué, à l’écoute de Roar depuis quelques semaines, que c’était plutôt mal parti pour le virage musical annoncé, le clip diffusé depuis hier (2 millions de vues en 24 heures, on dira ce qu’on veut, elle n’est pas encore à la rue) ne m’a guère rassuré. Avec sa peau trop bronzée lissée à la terracotta et ses dents trop blanches, Katy Perry ressemble à un chroniqueur de Jean-Marc Morandini avec une perruque, et semble entamer une certaine forme de régression par rapport à ce que son image publique avait pu être, jusqu’à présent.

 

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On n’en est pas encore au stade Taylor Swift (qui, après avoir su habilement rebondir sur le scandale Kanye West des VMA 2009 – lequel lui apporta, quoiqu’on en dise, une grande partie de sa notoriété internationale – en montrant un visage de jeune fille romantique et fragile, s’est peu à peu construit une image de femme froide et revancharde, à coups de romances high profile et de chansons de rupture pas très subtilement adressées à John Mayer, Jake Gyllenhaal ou Harry Styles), mais bon, on commence à voir le manège : la ballade d’empowerment vengeresse « tu vas voir de quoi j’me chauffe » pour régler ses comptes conjugaux et bien insister sur le fait qu’on a souffert mais qu’on est une fille formidable qui se relève des épreuves, c’est un peu lourdingue. La jeune femme qui se vantait un peu exagérément (comme si c’était un exploit) d’avoir embrassé une fille ou de remettre à sa place un mec qui soufflait le chaud et le froid avec elle paraît bien loin.

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En 2008, quand elle a « percé », Katy Perry apportait quelque chose, si ce n’est de neuf, du moins de pas trop redondant au reste de la pop-poufferie mondiale. Sorte de mix entre le son pop-rock formaté de Kelly Clarkson, la volonté de faire bouger les lignes de la grammaire des relations filles-garçons de Pink, le visage angélique de Britney Spears en début de carrière et les mini-tops de Jessica Simpson, Katy Perry occupait plein de bouts de places de chanteuses plus ou moins en perte de vitesse, dans le paysage de la pop music. A l’époque de I kissed a girl, je pensais qu’elle ne ferait qu’un tube et disparaîtrait progressivement du paysage musical pour devenir un vague souvenir d’un été lointain. Et puis elle s’est accrochée, a sorti un deuxième album et, alliant une belle maîtrise de l’alchimie des singles et une fanbase opportunément née de l’explosion des comptes Twitter, chaînes Vevo et fan pages Facebook, est devenue la reine du pétrole. 2010 et 2011, avec l’exploitation de Teenage Dream, demeurent incontestablement ses grandes années, pour le moment. Surtout aux États-Unis, d’ailleurs, puisque des singles comme E.T. ou The One That Got Away sont passés relativement inaperçus chez nous.

Mais tout cela s’accompagnait, notamment dans les clips, de plusieurs degrés de lecture fun, et d’une capacité à s’amuser de ses lacunes. Le clip de California Gurls était d’un kitsch et d’un artificiel tellement appuyés qu’il en était vraiment réussi. Et puis, la présence de quelques détails « subversifs » (Snoop Dogg, l’ourson en gélatine qui fait un doigt d’honneur, les éjaculations de chantilly) rendaient l’ensemble un peu moins « premier degré » qu’un clip de S Club 7. Mais là… outre la tentative un peu pathétique de créer un effet visuel Fireworks avec des yeux de tigres de synthèse (probablement pour nous rappeler le plus gros tube d’empowerment de la chanteuse), le clip de Roar est juste kitsch, artificiel, premier degré, racontant une semi-histoire vaguement féministe (mais avec une rhétorique bien vieillotte), et, plus grave, n’est pas drôle.

La chanson n’ayant pas un énorme potentiel dancefloor et n’étant pas, il faut bien l’admettre, le meilleur single de l’année (quoique sympathique), j’avoue que je comptais sur le clip pour lui donner une dimension supplémentaire. Mais franchement, c’est aussi laid, fake et dépourvu de profondeur que l’atroce clip culte de B-Witched.

 

 


 

Ou le dernier clip débile de Britney. Apparemment, Katy Perry a renoncé à s’adresser à un public de plus de 14 ans, qui a pourtant, lui aussi, contribué à faire d’elle l’une des valeurs sûres de l’industrie musicale actuelle. C’est dommage, j’attends la suite, mais vu cette horreur même pas susceptible de détonner si elle était diffusée sur Baby TV, je ne m’étonne plus que Rihanna et Lady Gaga aient plus de succès que Katy Perry en Europe : elles ont bien des défauts, mais au moins, elles ne semblent pas courir qu’après des Kids Choice Awards.

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