Timeless 2013

 

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Pour être honnête, j’y allais sans grande conviction, ayant racheté à une collègue les places qu’elle avait, par erreur, achetées en double. Pour rendre service, en somme. J’avais déjà assisté à un concert de la vilaine fermière, j’avais beaucoup aimé. Néanmoins, me fader toutes ses tournées n’est pas non plus ma priorité absolue dans l’existence, aussi qualitatives soient-elles. Mais bon, l’occasion faisant le larron, et comme j’ai bien eu le courage d’assister à deux concerts de Rihanna… Globalement, Mylène, depuis 3-4 albums et son incapacité à se consacrer correctement à la promotion de ses singles (et donc à faire des tubes), me lasse un peu. C’est toujours joli et bien écrit, mais ça tourne en rond, ça ne se renouvelle pas beaucoup. Là où l’on peut saluer la cohérence d’ensemble de son œuvre, on peut aussi se navrer qu’elle ne cherche plus à conquérir le grand public, à faire des tubes, à renouveler sa base de fans, et donc à ratisser au-delà de son certes très rentable public. L’excuse du « ouais, c’est une vraie artiste, elle cherche pas à faire du commercial » pourrait tenir, mais bon, venant d’un meuf qui sait que ses fans achètent tous ses supports physiques en deux exemplaires (un pour écouter, un pour garder sous plastique) et qui vend des « programmes » de concert sous enveloppe et sceau collector à décacheter… Mais bon, comme d’hab’, j’ai été bluffé par le show que seule la « Madonna française » est capable, avec les moyens et la batterie de tube qui va bien, de proposer dans notre pays. Je m’en vais donc te conter mes aventures de samedi soir par le menu ; c’est-à-dire par la setlist.

A force de…
A force de mourir / Je n’ai pas su te dire / Que j’ai envie de vivre. Ah bah ça, non, Mylène, les caricaturistes n’ont en tout cas pas su l’entendre. Intro bizarre pour un début de spectacle, surtout après un fond d’écran Windows qui vient tout juste de se terminer en Stargate featuring le décor virtuel de More Than A Woman d’Aaliyah.

Comme j’ai mal
J’ai été content de retrouver cette chanson un peu oubliée de l’album Anamorphosée, mais c’est un choix un peu bizarre dans la setlist globalement « souriante » de ce spectacle.

C’est une belle journée
LE fameux gadget dont tout le monde a parlé depuis une semaine intervient ici : les « robots ». Enfin, des bras articulés et réhaussés d’un casque glauque portant deux yeux rouges, quoi. C’est supposé être futuriste et mignon pour danser la comptine sordide de Mylène sur le suicide (si tu changes le verbe « me coucher » par « me tuer », la chanson veut dire quelque chose – mais Mylène ne voulait inspirer de vrais suicides à ses fans les plus débiles et premier degré) (et Dieu sait qu’elle en a), mais en vrai c’est un peu glauque, visuellement (quoique bluffant de maîtrise), évoquant plus des cauchemars SF totalitaires que Wall-E. La chanson étant un tube, le public est content et se réveille.

Monkey Me
Au secours. Le désormais troisième single de l’album du même nom est faiblard au possible. Musicalement, il me rappelle un autre single pas marquant de la Farmer : A quoi je sers. On aura au moins rigolé quand Mylène, après avoir fait s’évanouir un fan en lui prenant un ballon en forme de tête de singe gonflé à l’hélium, tenta de toutes ses forces de le jeter à nouveau dans le public. Sauf que si tu as déjà essayé, tu sais que la légèreté d’un ballon de baudruche l’empêche d’être jeté efficacement : il fait quasiment du surplace par rapport à l’endroit où tes mains l’ont lâché. Une baudruche, ça se cogne, chérie. L’Homme s’est tourné vers moi en disant « Mais elle est con ! ».

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Les concerts depuis les gradins : des photos de qualitay

Slipping away / Crier la vie (en duo virtuel avec Moby)
Duo virtuel avec un Moby complètement desséché sur son écran, ce single a été un vague tube en 2006 (genre il a été un peu diffusé en radio et il a tenu trois semaines dans le top 10 des ventes, au lieu d’une seule, la plupart du temps désormais, pour les singles de Mylène). En live, il n’a aucune espèce d’intérêt, pour être honnête.

Elle a dit
Jolie ballade pas vraiment mémorable, destinée à promouvoir (et surtout utiliser) l’album Monkey Me en live, elle aura probablement disparu de la setlist de la prochaine tournée. Mais la chanson est joliment écrite, et le refrain, très typique de la chanteuse, est efficace. Ça aurait fait un bon single. En tout cas, pas pire que Monkey Me.

Oui mais… non
Ah ça, elle en est contente, de son tube club / FM ! Premier single depuis un bail à lui permettre, en 2010, de rester plus de deux semaines dans le top 20 des ventes (ce qui tend à prouver qu’il n’a pas été acheté QUE par 3000 fans hystériques et collectionneurs uniquement lors de sa semaine de sortie physique), Oui mais… non se défend bien en live. D’autant que les danseurs font tout le boulot pendant que Mylène minaude dans son fauteuil.

Mad World (en duo avec Gary Jules)
L’invité « surprise » de ce nouveau spectacle (dont le suspense se borne désormais à savoir s’il sera aussi sur la tournée), interprète son unique « tube » qui n’est hélas même pas de lui, avec Mylène qui fait l’harmonie sur les refrains. Joli.

Les mots (en duo avec Gary Jules)
Gary Jules fait ce sans quoi il n’aurait pas été invité : remplacer Seal (indisponible ? fâché avec Mylène ? On ne sait plus) sur le duo qui constitue le dernier vrai gros tube grand public un peu marquant et durable de la chanteuse (c’est-à-dire susceptible d’être encore diffusé en radio passé son exploitation commerciale), à ce jour (oui, douze ans, ça commence à faire long). Le duo est joli et fonctionne assez bien, mais j’avais trouvé la version 2006, avec Abraham Laboriel Jr, plus « intime » et plus chaleureuse, dans l’idée.

Je te dis tout
C’est l’un des gros moments d’émotion de la soirée, avec le rituel désormais chorégraphié, de tournée en tournée, d’Yvan Cassar débarquant au piano pour lancer le « quart d’heure américain » de Mylène Farmer : les ballades dépressives piano-voix. Le deuxième single de l’album Monkey Me est une belle réussite du genre, probablement condamné à disparaître des setlists des prochaines tournées, à l’image des ballades tristes des albums précédents (Point de Suture, Ange Parle-Moi, Redonne-Moi…). Dommage, d’ailleurs, car c’est un franc succès en concert, très repris par les fans, notamment en soutien sur le dernier refrain où, comme il se doit, Mylène s’interrompt, le menton tremblant et les yeux fermés, submergée par l’émotion. Ça rendra très bien dans l’album live.

Et pourtant…
La dernière piste de l’album Avant que l’ombre (si on ne compte pas la piste cachée Nobody Knows) contient des poussées dans les aigus, en fin de refrain, dont j’ai toujours pensé que Mylène Farmer ne pourrait pas les tenir en live. Et bah j’avais raison, elle botte en touche en faisant une variation dans les graves, et sort de scène pour se changer, abandonnant Yvan Cassar à son clavier pour le dernier refrain (c’est-à-dire pile celui où la chanson va vers sa fin en montant de deux tons). Ce sera, accessoirement, la seule chanson du concert issue de l’album Avant que l’ombre, décidément mal aimé.

Désenchantée
LE tube farmérien par excellence, inévitable depuis vingt ans dans ses setlists de concerts, sous peine que fans hardcore comme modérés ne lui jettent des pierres (ou plus vraisemblablement, des smartphones, désormais). Un peu incongrue dans une setlist où Mylène parle principalement d’amour à son public, la chanson reste un must pour mettre la salle debout. Le numéro avec les danseurs est impeccable, même si on commence à sentir, niveau danse, que Mylène a cinquante piges et qu’elle tiendra de moins en moins ce genre de performance de stade.

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Bleu Noir
Cette ballade issue de l’album du même nom m’avait inspiré un article de blog à l’époque de sa sortie, pas tant parce qu’elle est sans grand intérêt au regard du reste de la discographie de la chanteuse que parce qu’elle a été un numéro un de plus dans un top 50 français dont les multiples records de la Farmer soulignent l’absence de sens. En live, la chanson est plus entraînante que dans sa version album, et Mylène semble y prendre un vrai plaisir, communicatif. La plateforme tournante sort du sol de la scène et la propulse au-dessus des fans hardcore du carré or. Un moment probablement très sympa pour les fans en fosse, visuellement sans grand intérêt pour les autres.

Diabolique mon ange
Le genre de chanson un peu zarb qui a fait le succès de Mylène à ses débuts, avec des onomatopées et des jeux de mots à la con que n’aurait pas reniés Zazie. Un peu boring, quoi. La mise en scène, très épurée avec une croix de lumière, est en revanche très jolie. L’Homme s’est assoupi à ce moment-là, par contre.

Sans contrefaçon
Nouvel incontournable farmérien, que la chanteuse intégrait parfois à un medley ces dernières années, bénéficie ici d’un numéro assez conventionnel, bien mené, propre. Pas très surprenant mais c’est ce que la salle voulait, et ça fonctionne à merveille.

Maman a tort
La « surprise » annoncée partout depuis le premier concert, les deux premiers couplets de Maman a tort repris a cappella, avec le public. Un moment sympa, partagé avec une gamine du public.

Je t’aime mélancolie
Là aussi, c’est un classique. On se rend compte, avec le temps, que l’album L’Autre est peut-être celui qui suivra Mylène Farmer le plus facilement dans sa postérité, à cause de Désenchantée, bien sûr, mais également pour le « sommet » qu’il représente dans la carrière de la chanteuse. Oubliée dans la précédente tournée, Je t’aime mélancolie fait donc son retour en live.

XXL
Petite surprise de retrouver, de l’album Anamorphosée, ses deux singles les plus « faibles » (Comme j’ai mal, et donc XXL), quand L’instant X et California sont clairement des préférés du public depuis 1996. La version live proposée ici est clean, assez douce au départ, puis revenant aux guitares saturées de la version album. Le public est à donf’ à ce moment-là…

A l’ombre
… et c’est justement le moment que Mylène choisit pour nous « plomber » avec A l’ombre, titre entraînant, mais clairement une nullité, lead single le plus faible de la chanteuse depuis Fuck Them All, qui ne fit l’évènement que parce que c’était son 92ème n°1 et parce qu’il avait un clip creepy option dégueu’. Le rythme de la chanson et les restes d’enthousiasmes provoqués par les chansons précédentes font toutefois leur effet, et la chanteuse peut donc lancer son « au revoir » synonyme de rappel.

Inséparables
Ballade passée un peu inaperçue sur l’album Bleu Noir, où elle figurait pourtant en versions française et anglaise, Inséparables est une chanson mignonne mais pas très puissante selon moi. Elle permet toutefois à Mylène de faire des sous-entendus d’adieux / c’est ma dernière tournée / on ne s’aimera plus jamais (ah non, ça c’est Larusso) à ses fans hardcore, qui menacent d’ores et déjà de se suicider sur les forums dédiés (mais nan, les gars, vous inquiétez pas, si Johnny est encore là à bientôt 80 piges, Mylène sera encore là quand elle sera le sosie d’Armande Altaï – mutation qui a, par ailleurs, déjà commencé).

Rêver
Petit soulagement, alors qu’on avait cru y échapper, de retrouver in extremis cet indispensable des lives de Mylène Farmer. Mais petite déception, aussi, de la voir conclure sur ce numéro archi-rebattu aux larmes limite millimétrées, plutôt que sur un des superbes tableaux de conclusion auxquels elle avait habitué.

Au final, j’ai passé un chouette moment, qui m’a permis de réhabiliter un peu l’album Monkey Me, qui ne m’avait guère intéressé depuis sa sortie il y a un an. Bleu Noir, même s’il reste un effort louable de la chanteuse pour faire autre chose que du Boutonnat, n’est pas parvenu à me passionner outre mesure. Oui mais… non est une production redondante de Red One, et Lonely Lisa, l’autre « tube » de l’album, n’a même pas eu les honneurs d’une version live. On relèvera aussi qu’à l’exception du passage obligé Sans Contrefaçon et du clin d’œil Maman a tort, les deux premiers albums de Mylène Farmer ont disparu de la setlist de Timeless 2013. Libertine et Pourvu qu’elles soient douces, notamment, manquent un peu, et laissent entrevoir une chanteuse qui ne s’adresse plus tant au grand public qui écoute ses vieux tubes sur Chérie FM qu’à ses « vrais » fans. Pas d’extrait d’Innamoramento non plus. Et, à part Et pourtant…, les albums Avant que l’ombre et Point de Suture sont bien absents aussi. A croire que depuis une dizaine d’années, Mylène Farmer ne fait plus que des albums « prétextes » à faire des tournées, et que leurs contenus cessent de la passionner sitôt exploités une première fois en spectacle. Deux petits regrets, pour ma part : l’absence de C’est dans l’air, qui était supposé, lors de la tournée précédente, s’être imposé comme le nouveau Désenchantée de la chanteuse, en live ; et en dépit de ses sourires et autres gentils mots pour son public, je n’ai pas pu m’empêcher de remarquer qu’elle avait renoncé à la tradition, un peu vieillotte certes, consistant à présenter et remercier ses musiciens. Un ensemble très  pro et vraiment très agréable, mais peut-être pas le spectacle le plus « pop » de sa carrière.

Avec la présence de chansons plus « rares », voire plus faibles, sur sa setlist, Timeless 2013 s’impose aussi comme le spectacle d’une artiste qui n’a plus rien à prouver et qui fait bien ce qu’elle veut désormais. Que tout cela soit fake ou non, surjoué ou pas, il n’en reste pas moins ce constat en bout de course : comme tout cela a plus de chaleur et d’âme qu’un show « à l’américaine », tout en en ayant les ambitions, les moyens et la pyrotechnie.

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