Buffyverse 2013

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La rentrée des séries US étant quasiment finie, et le deuxième épisode de la plupart des séries ayant été diffusé (nous permettant de déterminer celles qui confirment, ou deviennent moins pourries, après le pilote), je peux revenir sur ce qui constituait l’une des « curiosités » de ce cru 2013 : le retour en force du Buffyverse à la télévision, à travers deux séries bien différentes et éloignées au possible des vampires : The Crazy Ones, sur CBS, et Agents of S.H.I.E.L.D., sur ABC. Revue des troupes de deux retours, mais surtout, pour le moment, de deux déceptions.

 

 

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Peut-on encore être déçu par un comeback de Sarah Michelle Gellar, l’actrice qui a eu le malheur de décrocher le rôle de sa life à 20 ans, devenant l’une des icônes des 90’s au passage, mais incapable de tenir la comparaison depuis ? SMG, depuis quinze ans, c’est quelques rôles passables dans des films pour ados (Cruel Intentions, Scream 2), beaucoup de flops (Harvard Man, Veronika Decides To Die, Southland Tales), et deux sagas lucratives mais oubliables (Scooby-Doo, The Grudge). Pour la partie ciné. Côté séries, un peu de doublage sur des séries animées, et un spectaculaire nanar télévisuel en forme de soap, Ringer, il y a deux ans. N’empêche, c’était quasi-un chef d’œuvre à côté de The Crazy Ones, une sitcom vraiment pas drôle pondue par David E. Kelley, le maître du mélo (The Practice, Chicago Hope, Harry’s Law) surtout connu chez nous pour Ally McBeal.

 

 

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Dans The Crazy Ones, on sent d’ailleurs un climat assez McBealien, entre le cadre de la ville de Chicago et l’environnement de travail de doux dingues dans lequel évoluent les héros, mais avec des enjeux narratifs et dramatiques beaucoup plus pauvres : là où Ally McBeal s’ouvrait sur le dilemme d’une jeune avocate amenée à travailler avec son amour de jeunesse et la femme de celui-ci, qui se trouvait être belle et sympa (il y avait une grosse difficulté pour le spectateur à détester Georgia Thomas, qui était bien mieux qu’Ally et à qui on ne souhaitait pas un instant de se faire plaquer), The Crazy Ones s’ouvre sur un duo de publicitaires père-fille (népotisme bonjour) déséquilibré par l’immaturité « créative » du premier et le sérieux supposé coinços de la seconde, qui est censée rattraper les boulettes et promesses commerciales intenables de son père en permanence. Or, en plus d’un contexte professionnel favorisant nettement moins les tensions et les sujets « sociétaux » qu’un cabinet d’avocat et des procès, The Crazy Ones souffre d’une impression générale de ratage : humour de Robin Williams qui tombe globalement à plat (à base de grimaces, de voix de cartoon et d’espiègleries enfantines qui, personnellement, me donnent plutôt envie de le gifler avec une pelle), personnages doux-dingues mal mis en place et franchement datés (le womanizer, l’employé aigri, la secrétaire greluche), absence de tension autour des enjeux du « case of the week » (en gros, que les Roberts réussissent à satisfaire – et garder – le client du jour ou pas, on n’en a un peu rien à battre)… Mais hélas, et en dépit d’une évidente complicité entre elle et Robin Williams (ils donnent l’impression de beaucoup plus s’amuser à tourner la série que nous à la regarder), c’est surtout Sarah Michelle Gellar qui est le point faible du casting : trop présente à l’écran, pour un rôle pas bien défini (est-elle psychorigide ? sérieuse et ennuyeuse ? dorky et rigolote ?), SMG n’a pas une fibre comique hyper développée, et manque cruellement d’alchimie avec le reste des acteurs de la distribution qui, à défaut de dialogues géniaux pour l’instant, ont au moins des « gueules » et des partitions de personnages de comédie… Pour autant, elle est loin d’être la seule à blâmer, dans une série qui peine pour le moment à m’arracher un sourire et dont je ne perçois pas bien l’originalité, la drôlerie ou la valeur ajoutée par rapport au reste des séries comiques US. Les deux « grands moments » de comédie des deux premiers épisodes (la scène du restaurant avec Kelly Clarkson, et la rivalité des deux garçons du team créa autour des canetons) étaient franchement légers, peu novateurs, et tout bêtement pas hilarants une seconde. Restera, peut-être, l’aspect dramedy, qui fit par exemple la force cachée d’un Ugly Betty en son temps, que la relation père-fille, bien explorée, pourrait révéler.

 

 

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De son côté, Joss Whedon, le légendaire réalisateur / créateur de Buffy contre les vampires, revenu au premier plan grâce au très lucratif The Avengers au cinéma, a fait un carton d’audience pour sa rentrée sur ABC, avec Agents of S.H.I.E.L.D., qui aborde les aventures d’une « unité spéciale » mais sans Olivia Benson qui, dans la foulée des évènements de The Avengers (champ de bataille entre dieux dans les rues de Manhattan) gère les menaces aliens et les risques de catastrophes intergalactiques qui ne doivent surtout pas être portées à la connaissance du public, sous peine de générer une panique mondiale, rien que ça.

Outre le fait que les caractérisations des personnages sont hyper faiblardes et que la série ne semble pas assumer l’existence d’un « héros » / personnage principal dans ses rangs, on a globalement l’impression de regarder un épisode de Sydney Fox l’aventurière avec plus de moyens. Alors que, niveau séries, on est allé tellement plus loin, depuis, en termes de richesse d’univers et de profondeur des personnages et des enjeux, parfois avec des budgets deux fois inférieurs à celui de Agents of S.H.I.E.L.D… Un peu comme Les Experts et autres séries policières ou d’action tendance bas du front, on doute de pouvoir s’attacher aux personnages, dont le développement psychologique est compromis par un concept trop fort, qui les avale : je n’ai retenu aucun des prénoms des personnages (à part Melinda May, parce qu’elle est vaguement mystérieuse), et si on en tuait la moitié pour les remplacer par des nouveaux aux compétences équivalentes, ça ne changerait rien ou presque. A ce stade (deux épisodes, certes, c’est light pour juger), les personnages de Agents of S.H.I.E.L.D. sont réductibles à leur fonction au sein de l’équipe, à la compétence qu’ils amènent et qui fait avancer l’intrigue de la semaine. Mais rien d’autre.

 

 

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Alors certes, l’impression d’assister chaque semaine à un blockbuster est agréable (quoique ça peut aussi blaser, à la longue), mais pour le moment, c‘est un peu pauvre, comme fable. Et surtout, SURTOUT, la série ne parvient pas à éviter cet écueil que je déteste, dans les séries comme dans les films liés à d’autres films ou sagas : ça adresse des clins d’œil et des private jokes au téléspectateur à tire-larigot. Et ça, c’est insupportable. N’étant pas spécialement attiré par l’univers Marvel et ayant loupé au cinéma les Thor, Captain America, Iron Man et autres Hulk, je dois dire que je me sens un peu exclu par la série. Une vraie connerie de la part des scénaristes, si tu veux mon avis, pour un produit supposé exister indépendamment des sorties ciné à venir pour Marvel.

Au jeu du comptage de points, budget et ambitions plus bêtement bourrines aidant, c’est probablement Joss Whedon qui devrait survivre mieux que Sarah Michelle Gellar à cette saison 2013-2014 des séries US. En l’état actuel, du moins. Mais bon, comme on est un peu maso et que, décidément, face à l’interprète de Buffy, on manque toujours un peu d’objectivité, on va encore lui laisser sa chance, durant quelques épisodes, de nous prouver  que Sydney Roberts n’est peut-être pas pire que Siobhan Martin. Et puis sinon, elle pourra toujours faire du lobbying pour que Joss Whedon trouve quatre mois, dans son emploi du temps surchargé, pour tourner Buffy – Le Film.

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