Hello Ladies : Stephen Merchant se sent bien sur HBO

 

 


 

J’ai une confession honteuse à faire : je n’ai jamais regardé The Office (ni la version anglaise, ni la version US), ni Extras. Deux séries qui ont deux points communs : leurs créateurs, Ricky Gervais et Stephen Merchant, et le fait d’avoir obtenu le Golden Globe de la meilleure série comique, respectivement en 2003 et 2007. The Office, notamment, a pourtant fait du bruit des deux côtés de l’Atlantique, mais n’étant pas vraiment attiré par le concept, je n’ai jamais tenté ma chance avec cette série. J’ai loupé quelque chose, paraît-il. Donc, à ce jour, je n’avais jamais remarqué l’existence de Stephen Merchant avant I give it a year, de Dan Mazer, vu plus tôt cette année, dans lequel il joue le rôle de l’affreux copain lourdaud du héros Rafe Spall. C’est donc avec un regard vierge et frais que j’ai découvert le pilote de Hello Ladies, la nouvelle série créée par ce monsieur, cette fois-ci en solo.

 

 

 

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Créateur de la série, Stephen Merchant y joue aussi le rôle principal de Stuart, un web designer anglais qui vit à Los Angeles et qui cherche à pécho des filles waaaaaaaay out of his league. Grand, maigre, nerd, pas aidé par son look ringard et ses lunettes à culs de bouteilles, Stuart semble avoir plutôt réussi à faire son trou, professionnellement parlant, puisqu’il vit dans une double villa avec piscine à Los Angeles, travaillant dans l’un des pavillons tandis qu’il loue l’autre à Jessica, une actrice qui a du mal à percer (et à payer son loyer), qui écrit une web-série et qui, accessoirement, est particulièrement cassante et caustique avec lui. Il est également flanqué d’un meilleur ami dépressif, Wade, en pleine séparation avec la mère de sa fille, et du collègue de celui-ci, Kives, un séducteur en fauteuil roulant (incarné par Kevin Weisman, l’inoubliable Marshall d’Alias) qui réussit à pécho en soirée beaucoup plus facilement que lui. La série, sauf surprise, devrait donc tourner autour de ce quatuor de base, désabusé à divers degrés, et de leur quête amoureuse dans la jungle urbaine hollywoodienne.

 

 

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Hello Ladies débute par une scène introductive utilisant, logiquement, le titre de la série : Stuart qui tente de draguer deux filles dans un bar avec l’appui (pas très efficace) de son wing man Wade. Cette scène pose quasi-immédiatement deux éléments-clés de la personnalité de Stuart, qui seront également les sources essentielles de comique de la série à mon sens : il est embarrassant (awkward alert au bout de quinze secondes lorsque, après avoir demandé à une fille d’où elle venait, il tente d’enclencher la conversation sur le fait qu’elle vient de la ville américaine présentant le plus fort taux de suicides) et il est de mauvaise foi. Je dois avouer un deuxième truc honteux (décidément, c’est open bar de la teu-hon aujourd’hui) : j’ai tendance à considérer que les gens moches, dans la vraie vie, ne sont pas plus sympas que les beaux parce que cela reflète leur « beauté intérieure », mais plutôt parce qu’il faut bien qu’ils compensent : si on a conscience d’arborer une certaine « rudesse » esthétique, on la tempère par une « délicatesse » sociale. Pas parce qu’on est vraiment sympa, mais parce que personne n’a envie d’être seul tout le temps, et que si on n’attire pas les gens par sa séduction « naturelle », peut-être faut-il le faire par d’autres qualités : un talent particulier ou, à défaut, une personnalité avenante. L’idéal étant bien entendu de cumuler tout ça, mais bon, personnellement, NRJ 12 n’a toujours pas répondu à mes multiples candidatures à L’Île des Vérités. Mon immense talent de, euh… de présence physique, ne sera donc jamais connu du monde entier. Bref, je ne m’étends pas, hein, parce que la dernière fois que j’ai tenté de développer cette théorie dans une conversation avec une amie, elle m’a dit que j’étais horrible de réfléchir comme ça. Ce qui est peut-être vrai.

Stuart, lui, a une personnalité globalement imbuvable, car en plus d’être maladroit (et ça, le pauvre, même si ça se travaille, on peut imaginer qu’il n’y est pour rien), il est menteur, égoïste, radin, pas patient avec les enfants, prompt à laisser tomber un pote quand il entrevoit une micro-chance de tirer son coup, tendant à préférer le déni ou à rejeter sur un autre la responsabilité de chacun de ses râteaux. Le choix de donner à ce personnage une personnalité pas facile, et surtout pleine d’assurance (au moins apparente) permet de contrebalancer les moments où l’ensemble pourrait sombrer dans le pathétique. Car au-delà des râteaux et humiliations face à une faune célibataire branchée qui ne veut pas laisser entrer trop facilement le nerd embarrassant (que les gags réussissent à subtilement bien équilibrer), on sent aussi poindre une certaine gravité, dans les doutes à peine perceptibles de Jessica, dans la solitude urbaine et les repas micro-ondables de Stuart, dans la gentillesse et la naïveté désarmantes de Wade… Si le rythme et les enjeux de « l’intrigue » ne sont pas encore bien posés à l’issue du pilote, il y a en revanche de belles qualités d’écriture, présentes dans les dialogues vachards et la légère amertume de certaines situations, qui laissent entrevoir l’hilarante et intelligente comédie que Hello Ladies pourrait devenir dans les prochains mois.

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