Le grand retour de la sitcom familiale

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Je l’avais déjà évoqué ici, mais la tendance aura été une lame de fond dans le paysage des séries de la rentrée US 2013 : la sitcom familiale est de retour. Modern Family y aura donc mis quatre ans, mais a bel et bien fait des émules sur les networks américains, qui cherchent à renouveler la recette de La Fête à la maison, de Notre Belle Famille, de Malcolm In The Middle ou d’Une Nounou d’Enfer, en en transposant les ingrédients en 2013 et dans des contextes familiaux légèrement différents de ceux proposés à leurs époques respectives. Avec plus ou moins de bonheur, mais toujours avec des parents, des enfants, des grands-parents et des dysfonctionnements indispensables pour déclencher les moments comiques et faire passer le message habituel sur la douce folie normale. Revue des troupes de ces successeurs vaguement assumés des séries multi-diffusées en access prime-time par M6 depuis des années (ça ne m’étonnerait pas, d’ailleurs, que le groupe M6 rachète quelques-unes de ces séries pour meubler ses cases 13h, 19h ou 20h dans les prochains mois).

Mom

Le pitch :
Christy, une mère de famille célibataire, tout juste sortie de cure de désintoxication, doit remettre de l’ordre dans sa vie. Mais sa mère, Bonnie, une alcoolique notoire avec qui elle n’a plus eu de contact depuis plusieurs années, refait surface et lui complique infiniment la tâche. Lorsque ses enfants et son boss s’y mettent à leur tour, rien ne va plus pour Christy… à nouveau ! (Allociné)

 

mom

 

C’est avec :
Allison Janney (American Beauty, Lost, The Help, The Hours), Anna Faris (Scary Movie, The Dictator), Nate Corddry (Studio 60 on the Sunset Strip, United States of Tara, Harry’s Law), Matt L. Jones (Breaking Bad)…

Les stéréotypes utilisés :
La grand-mère indigne, la cougar nymphomane et alcoolique, l’ado de seize ans enceinte, l’ex-mari looser, l’amant marié, la mère de famille débordée, la relation mère-fille tendue, le petit dernier plus sage et plus mature que le reste de la maisonnée.

Et c’est bien ?
Au bout de trois-quatre épisodes, la série a apparemment trouvé son rythme, et commence à mettre en place des moyens plausibles de maintenir les relations entre Christy et son insupportable mère en dehors de leurs réunions aux alcooliques anonymes. Allison Janney a clairement le beau rôle ici, et si le générique et la construction narrative des épisodes nous donnent l’illusion que c’est Christy l’héroïne (c’est elle qu’on suit à son travail, elle dont on suit la vie amoureuse, elle qui sert de liant entre sa mère et sa fille), c’est bien le personnage de Bonnie qui tire son épingle du jeu, permettant à l’actrice de déployer une belle fibre comique. M’est avis que si les Golden Globes ou les Emmys doivent sourire à la série l’année prochaine, ce sera surtout grâce à elle.

 

 

 

Welcome to the family

Le pitch :
Après avoir obtenu son diplôme, Molly Yoder quitte ses parents pour l’Arizona. Tandis que Miguel devient la fierté de sa famille en devenant le premier diplômé des Hernandez. Seulement tous deux n’avaient pas prévu que leurs projets futurs prennent une telle direction quand Molly apprend à Miguel qu’elle attend un enfant de lui. Les Yoder et les Hernandez, que tout oppose, vont devoir apprendre à vivre ensemble… (Allociné)

 

welcome to the family

 

C’est avec :
Burt Hummel de Glee, Carlos Solis de Desperate Housewives, Vanessa Diaz de Six Feet Under, Kate Harper de The West Wing

Les stéréotypes utilisés :
Le père bourru et pétri de préjugés, la maman effacée mais sympa qui essaye de recoller les morceaux, la ravissante idiote adolescente et blonde, le choc des cultures entre blancs et latinos, les deux personnalités contraires obligées de cohabiter.

Et c’est bien ?
Bof, dans la mesure où NBC l’a déjà annulée. Pour ma part je n’ai vu que le pilote, qui s’est avéré mignon mais pas drôle pour un sou. Les deux pères de famille (et futurs grands-pères) auraient pu développer une inimitié spontanée beaucoup plus forte, ce qui aurait été plus drôle, mais la crainte de leur donner des personnalités plus affirmées, de leur offrir des lignes de dialogues politiquement incorrectes ou de leur faire exprimer ouvertement des préjugés racistes l’un à l’encontre de l’autre a empêché les auteurs de hisser cette relation, qui promettait d’être centrale dans la série, au Panthéon des grands duos comiques « les opposés s’attirent / ils commencent par se détester mais vont devenir les meilleurs potes du monde »…

 

 

 

The Millers

Le pitch :
Un homme fraîchement divorcé voit ses parents emménager chez lui contre son gré… (Allociné)

 

the millers

 

C’est avec :
Gob Bluth d’Arrested Development, Emma Pillsbury de Glee, mais surtout Margo Martindale (vue en guest dans à peu près toutes les séries actuelles) et Beau Bridges

Les stéréotypes utilisés :
Le mec divorcé qui n’arrive pas à tourner la page, le frère/sœur fauché qui emprunte tout le temps du fric, la mère castratrice et/ou gênante en public, l’homme-enfant qui laisse sa femme tout régenter à sa place

Et c’est bien ?
C’est plutôt rythmé et assez drôle, en dépit de situations globalement usées. On ne voit pas très bien où la série va aller ni combien de temps elle peut tenir, vu que la situation de cohabitation présentée ne peut pas (ou en tout cas, pas de façon très crédible) être permanente, et qu’il faudra vite trouver un prétexte pour maintenir (et enrichir) la dynamique centrale entre Will Arnett et Margo Martindale à l’écran. C’est probablement le genre de série qui a besoin d’installer ses personnages et de leur trouver une « place » pas encore claire pendant le pilote. Il faudra donc s’accrocher quelques épisodes.

 

The Goldbergs

Le pitch :
Grandir dans les années 80 au sein d’une famille complétement barrée mais aimante, c’était le quotidien d’Adam, aujourd’hui trentenaire, qui se demande comment il a pu devenir si « normal » dans de telles conditions. A partir des vidéos qu’il a tournées pendant toute son enfance, il en retrace les événements les plus marquants… (Allociné)

 

 

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C’est avec :
Jeff Garlin (Dingue de toi, Les sorciers de Waverly Place, Curb Your Enthusiasm), Wendi McLendon-Covey (Bridesmaids) et leurs enfants fictifs pour le moment assez inintéressants.

Les stéréotypes utilisés :
La mère castratrice et control freak qui régente tout, le père bougon qui ne dit jamais un truc gentil, le grand-père veuf et queutard, l’adolescente blasée, l’ambiance générale de doux-dingue.

Et c’est bien ?
Cela a beau jouer à fond la carte de la rhétorique générationnelle (fringues et brushings 80’s, le coup de l’enfant narrateur qui filmait tout au Super 8), et même si Adam Goldberg s’est inspiré de sa propre enfance et de sa vraie famille (comme le montrent les chutes de Super 8 filmées pour de vrai dans son enfance à la fin du pilote), je n’ai pu, pour ma part, me défaire de l’étrange impression de regarder un épisode de Malcolm en moins bien, les personnages étant moins extrêmes et moins socialement déréglés que ceux de la série de Frankie Muniz. Le charme désuet des années 80 et les clins d’œil au futur pourraient toutefois permettre à la série de se hisser au-dessus du lot, ou du moins de se maintenir pour une saison entière, ce qui est déjà beaucoup, quand le jeu de massacre des annulations de séries a déjà commencé.

 

The Neighbors

Le pitch :
Une famille tout ce qu’il y a de plus « normale » emménage dans une copropriété toute aussi normale en apparence. Mais il s’avère que tous les habitants sont en réalité des aliens, installés sur Terre depuis dix ans, dans l’attente d’instructions de leur planète. Les Weaver sont les premiers humains qu’ils ont l’opportunité de rencontrer. Les deux communautés découvrent que la pression du mariage et les problèmes liés à l’éducation des enfants sont communs à toutes les planètes… (Allociné)

 

the neighbors

 

C’est avec :
Globalement des inconnus, et Jami Gertz, une actrice essentiellement connue pour avoir joué dans Square Pegs, la série qui révéla Sarah Jessica Parker au début des années 80, incarné Kimmy Bishop dans Ally McBeal… et pour avoir refusé le rôle de Monica Geller dans Friends.

Les stéréotypes utilisés :
La relation mère-fille tendue, le cadet surdoué, la mère control freak, le père qui se croit cool, les grands-parents vachards, l’adolescente blasée

Et c’est bien ?
Bon, la série date de la rentrée 2012, donc ça ne compte pas vraiment, mais l’intention générale s’inscrit dans le même mouvement : familles, parents, enfants, conflits rigolos et résolutions à l’emporte-pièce. Pas hyper-drôle au début, la mécanique des oppositions de style humains-aliens et des petites incohérences sociales pointées du doigt a fini par se mettre en place. La série est aujourd’hui bien huilée et a su se dessiner des enjeux scénaristiques au-delà du cadre de chaque épisode. Toks Olagundoye (dans le rôle de Jackie Joyner-Kersee) et Simon Templeman (dans celui de Larry Bird) sont les deux atouts majeurs de la série, même si les enfants se débrouillent bien. La dynamique du couple Larry / Jackie, qui est progressivement en train d’évoluer vers l’égalité, est très amusante à observer, dans la mesure où le progressisme apparent de la famille alien (un blanc, une noire, un asiatique et un roux, se parlant sur un pied général d’égalité) ne parvient pas à occulter les réalités sociales qu’ils reproduisent (patriarcat, maladresses sociales de l’adolescence, difficulté à définir rôles et identités sexuelles). La série est globalement peu appréciée par les critiques et snobée par les cérémonies de récompenses, ce qui est fort dommage au regard de ses détournements amusés des codes de la sitcom familiale.

 

 

 

Dads

Le pitch :
Warner et Eli, deux papas trentenaires, voient leurs vies basculer dans l’absurdité quand leurs pères décident d’emménager avec eux. (Allociné)

 

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C’est avec :
Oz de Buffy, Frank Jr. de Friends, Alissa la secrétaire de David Rosen dans Scandal, Ronald Zellman des Sopranos, Russell de Two And A Half Men

Les stéréotypes utilisés :
La domestique qui « fait partie de la famille », le père bougon qui ne dit jamais un truc gentil, l’homme-enfant qui laisse sa femme tout régenter à sa place, la relation père-fils tendue, le parent embarrassant en public.

Et c’est bien ?
Ça ne décolle pas vraiment de son jus de départ, malgré des personnages « jeunes » plutôt sympa, notamment du côté de la firme de jeux vidéo de Warner et Eli. Les deux pères ont du mal, pour le moment, à dépasser leur aspect crispant et caricatural. Leur personnalité est encore un peu difficile à cerner aussi (le réac’ misogyne et conservateur, qui défie son fils de le battre au concours de celui qui mange le plus de space cake… seriously ?), et les chances de voir la série se poursuivre sur une saison entière (et a fortiori au-delà) sont assez faibles.

 

 

Sean Saves The World

Le pitch :
Le quotidien de Sean, un père gay divorcé, qui doit jongler entre sa carrière compliquée par la présence d’un patron insupportable et l’arrivée à plein temps d’Ellie, sa fille de quatorze ans, sous son toit. Sa mère, débarquée sans prévenir, compte bien lui donner un coup de main. (Allociné)

 

sean saves the world

 

C’est avec :
Sean Hayes (Will & Grace), Thomas Lennon (le jumeau de main de Joey Tribbiani), Linda Lavin, Megan Hilty (Smash), Echo Kellum (Ben & Kate)…

Les stéréotypes utilisés :
La mère forcément insupportable avec son fils gay, l’adolescente blasée, le père débordé, le gay affirmé mais asexué, le patron abusif, la grand-mère indigne.

Et c’est bien ?
J’aurais voulu que ce soit bien, mais hélas, non. Pour l’instant. Les dialogues sont plats, les enjeux mal définis, les personnages pas encore bien dessinés. Avec un peu de temps, les scénaristes feront peut-être un peu de ménage dans le casting, ou bien définiront plus clairement la dualité vie professionnelle / vie privée qui structure les épisodes (pour l’instant, cela semble sans enjeu). Je ne doute pas qu’à un moment ou à un autre, Sean se verra proposer par les scénaristes un love interest qu’il n’embrassera jamais sur la bouche. En ce sens, la série a la même aura sympathique et un peu datée que Will & Grace, même si Sean Hayes n’y joue pas du tout le même genre de rôle (à un détail près : sa sexualité) : c’est sage, propret, sans grande ambition autre que celle de banaliser l’homosexualité dans une sitcom familiale hyper-balisée. Pas un accident industriel, donc, mais il en faudra un peu plus pour que Sean Saves The World décolle…

 
Trophy Wife

Le pitch :
Kate, une ancienne fêtarde, change de vie instantanément lorsqu’elle tombe amoureuse d’un homme qui a déjà trois enfants, très manipulateurs, et deux ex-femmes, très présentes, qui la jugent sans cesse. En emménageant avec lui, elle n’imaginait pas devoir faire autant de sacrifices… (Allociné)

 

 

trophy wife

 

C’est avec :
Malin Akerman (Les femmes de ses rêves, Watchmen, Suburgatory), Bradley Whitford (The West Wing), Michaela Watkins (Enlightened), Marcia Gay Harden (Pollock, Mystic River, The Newsroom), Bailee Madison (Once Upon A Time)…

Les stéréotypes utilisés :
La mère autoritaire qui fait flipper ses gamins, la nouvelle femme plus jeune et plus jolie, la nouvelle femme qui cherche à se faire accepter par les enfants, le père entraîneur de l’équipe de foot, la fille intelligente vs. le fils neuneu

Et c’est bien ?
Pas très marquante ni particulièrement hilarante, mais avec un casting globalement de haute volée et 13 épisodes commandés, la série est partie pour rester à l’antenne jusqu’en janvier minimum (et plus si ABC commande un complément dans les prochaines semaines). Les situations sont assez classiques (Kate qui essaye de dissimuler à son mari qu’elle n’a pas réussi à faire dormir son fils tôt et qui lui fait accidentellement siffler un demi-litre de café, les deux ados qui tâchent le canapé et essayent de le cacher), mais les caractérisations vont probablement s’affirmer davantage dans les semaines à venir. Pour le moment, le gamin adopté est à baffer, les ados ne sont pas assez conflictuels ni vachards, les deux ex-femmes sont caricaturales (le médecin carriériste et la hippie simplette), et le couple-phare nage en plein bonheur sans réelle alchimie. Ça va venir…

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