In love with Lizzy Caplan

 

lizzy caplan michael sheen masters of sex

 

 

Je dois avouer que ma curiosité concernant Masters of Sex tenait plus à son pitch et à sa chaîne de diffusion (Showtime) qu’à son casting. Je veux dire, je n’ai rien contre Michael Sheen en dépit de son passif chargé de méchant grotesque aux yeux rouges dans Twilight, mais ça n’a pas non plus joué en sa faveur. Nicholas D’Agosto, un troisième rôle aperçu dans Heroes ou Don’t Trust The Bitch in Apartment 23, n’a rien d’un argument de vente. Et les contributions annoncées de Beau Bridges, Allison Janney, Margo Martindale ou Julianne Nicholson me laissaient assez de marbre, même si leurs noms peuvent suffire à exciter bon nombre de fans de séries US. Quant à Lizzy Caplan, si je l’avais bien identifiée, je ne me rendais pas compte de l’argument de poids qu’elle pouvait représenter au casting d’une série.

Et pourtant, quand on y réfléchit, je l’ai aimée à chaque fois que je l’ai vue.

 

En ado cynique dans Mean Girls :

 

Mean Girls Janis Ian
 

 

En malheureuse victime dans Cloverfield :

 

lizzy caplan cloverfield marlena

 

 

En alcoolique dépressive dans le globalement raté Bachelorette :

 

lizzy caplan bachelorette

 

 

 

En petite amie cinglée et addict au V de Jason Stackhouse dans la première saison de True Blood :

 

Lizzy-Caplan-True-Blood

En copine de Nick Miller, brièvement, dans la première saison de New Girl :

 

lizzy caplan jake johnson new girl

 

 

D’apparence assez caméléon et passe-partout, Lizzy Caplan met son talent au service de personnages pas toujours hyper-sympathiques, mais la plupart du temps marquants. Généralement parce que le scénar’ leur réserve leurs grands moments, mais aussi et surtout parce qu’elle sait y insuffler la juste dose d’humour et de folie.

 

 

Le rôle de Virginia Johnson, à la fois très en avance sur son temps et très cérébral, était donc une demi-surprise, lorsqu’il s’est ajouté à son CV il y a quelques mois. Le pitch de la série, donc : le quotidien professionnel et affectif de deux chercheurs spécialisés dans l’étude des comportements sexuels : William Masters et Virginia Johnson. Lui, médecin spécialisé dans les questions de fertilité, l’embauche, elle, comme assistante d’études, à la fin des années 50, alors qu’il entame une étude, jugée polémique à l’époque, sur la manière dont les variables corporelles (nerveuses, cérébrales, cardiaques, etc.) réagissent aux stimuli sexuels, et notamment à l’orgasme.

 

 

lizzy caplan masters of sex

 

 

On sent bien la volonté de surfer sur la vague des séries « vintage » façon Mad Men ou The Americans, espérant que les vices et vertus d’une époque révolue pourront éclairer la nôtre. La méconnaissance des hommes de l’époque sur le sexe et le plaisir féminin est assez épatante, vue d’aujourd’hui. La place sociale des femmes est aussi présentée sous un jour peu reluisant (opprobre sur les femmes divorcées, secrétaire administrative jugeant une mère de famille souhaitant reprendre ses études, impossibilité théorique pour une femme de souhaiter autre chose que le mariage…), et évidemment, en dépit des progrès observés depuis, on voit se dérouler sous nos yeux des raisonnements et des réflexes sexistes qui, s’ils ne sont plus poussés jusqu’aux mêmes extrémités, sont toujours hyper courants aujourd’hui.

Le personnage de Lizzy Caplan, la bien réelle Virginia Johnson (décédée en 2013), essuie les conséquences de ce climat prude et réactionnaire, la série nous la présentant comme une femme libre, divorcée deux fois, mère de deux enfants et chanteuse de cabaret (dans la vraie vie, Johnson avait été chanteuse de country à la radio). A la fois suffisamment ouverte d’esprit et intelligente pour accepter d’assister William Masters dans son étude, et pas assez sûre d’elle pour réagir aux petites humiliations quotidiennes (froideur condescendante de son employeur, jugements de valeur de sa baby-sitter, insultes de son amant) comme le ferait une femme d’aujourd’hui (en les remettant à leur place), elle est le personnage de série le plus fascinant que nous ait apporté cette rentrée 2013.

 

masters of sex

 

 

Face à elle, Michael Sheen, en William Masters, est à la fois touchant de maladresse (on le lui pardonne compte-tenu du peu de connaissance sur le sexe et les relations homme-femme à une époque où, dans le meilleur des cas, une perspective plus « égalitaire » dérangeait) et glaçant de condescendance, laissant son épouse croire qu’elle est infertile alors que le problème vient de lui, refusant de soigner l’infertilité d’une patiente dont il n’approuve pas le style de vie, tentant un fallacieux prétexte scientifique pour coucher avec son assistante, manipulant ses collègues… Si la série entend continuer à s’inspirer de la véritable histoire de William Masters et Virginia Johnson, on voit bien où cela va nous mener : du rapport d’inégalité entre les deux personnages, vers leur prise d’indépendance par rapport à l’hôpital universitaire qui leur mettra tant de bâtons dans les roues (ils ont fondé un institut privé quelques années après leur rencontre), puis leur relation qui évoluera jusqu’à les voir se marier en 1971… et mener de nouvelles recherches « scientifiques », au début des 70’s, sur la guérison de l’homosexualité, apparemment contre la volonté de Virginia Johnson.

Sur Showtime, Lizzy Caplan va, si on lui en laisse le temps (la collaboration de Williams et Johnson s’étale tout de même sur trois décennies, ce qui fait beaucoup pour une série), peu à peu imposer le respect à son entourage et apprivoiser, voire faire changer le personnage de Michael Sheen. En deux épisodes, elle l’a déjà un peu bousculé. Probablement, toutefois, ne parviendra-t-elle pas à complètement l’empêcher d’être un sale con.

Une réflexion au sujet de « In love with Lizzy Caplan »

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*