Pouvoir du (Prism)e lunaire, transforme-moi !

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J’ai fini par écouter Prism, le nouvel album de Katy Pourrie, promu à grands coups d’images « belle des champs » probablement supposées illustrer sa profondeur et sa maturité nouvelle, qui m’avait pourtant un peu refroidi avec son premier single, dont je trouvais qu’il n’était pas vraiment annonciateur du renouveau promis par la chanteuse. Comme les grands « retours » simultanés des connasses de la pop ne sauraient être pris à la légère, je me suis lancé dans l’écoute intégrale de l’album afin, si c’était possible, de réhabiliter l’ex-dinde interprète de I kissed a girl, mais surtout afin de ne pas tirer à boulets rouges sans avoir, au moins, eu la bonne foi d’écouter. Piste par piste, ça nous donne donc :

 

1. Roar

Certes, au bout de deux mois de matraquage, c’est un tube. Encore heureux. On en a presque oublié la ressemblance malheureuse relevée par quelques internautes avec le titre Brave de Sara Bareilles, le faible potentiel du titre en club, le fait qu’il aurait aussi bien pu être présent sur Teenage Dream, ou l’abus de terra cotta de Katy. C’est un lead single, et il a eu un bel impact en radio et en TV, donc il y a de fortes chances qu’on continue à l’entendre sporadiquement à la radio au cours des prochaines années.

2. Legendary Lovers

Titre mystico-romantique qui n’aurait pas fait tâche sur la B.O. d’un épisode de Twilight. Pas désagréable, cela dit. Par certains aspects, et si l’on fait totalement abstraction de la voix de Katy Perry, c’est le genre de titre qu’on aurait très bien pu trouver sur un album de Nelly Furtado (dont la signature vocale reste bien plus intéressante que celle de Perry), avec un souffle un peu épique et des jeux sonores autour des chœurs et des percussions, dont Furtado était notamment friande sur ses deux premiers albums.

3. Birthday

Un titre qui fait vraisemblablement appel à la sensibilité teen pop qui sommeille en chacun de nous (oui, même toi, là-bas, au fond), qui aurait très bien pu être confié à une Carly Rae Jepsen ou à une Britney en début de carrière.

4. Walking On Air

Oh My God, cette intro… Corona ? Black Box ? Kylie Minogue ? La dance des 90’s et la house sont assez notoirement convoquées ici, pour un titre qui fera un single efficace (si Capitol se décide à l’éditer plutôt que de le laisser à son statut actuel de single promotionnel). Une recette réussie, donc, grâce aux talents éprouvés de Klas Ahlund, un habitué des productions de Robyn.

 

 


5. Unconditionally

La très jolie power ballad choisie en guise de deuxième single de Prism aura vraisemblablement pour mission de renouer avec les fans d’hymnes à la tolérance qui avaient été conquis par Firework. Katy Perry chasse sur le terrain gay friendly engagé de Lady Gaga, mais avec des atours plus sobres, ce qui a de grandes chances de lui rapporter tous les suffrages, côté fans, côté grand public, et (plus important) côté diffuseurs. Un bon single, qu’il faudra toutefois vite contrebalancer par un single « léger », parce qu’entre ses interviews sur son divorce et sa dépression, et ses singles récents à tendance plutôt introspective (Wide Awake, Part of me, Roar), Katy Perry risque de devenir la Hélène Ségara de la pop-poufferie.

6. Dark Horse

Réduite au rang de single promotionnel (envoyé aux radios et sur le web, mais n’ayant pas les honneurs d’une sortie physique), Dark Horse a perfé dans les charts anglo-saxons du seul fait des ventes iTunes. Dommage, donc, d’être passé à côté du potentiel de ce titre dance, qui n’a cependant pas forcément dit son dernier mot. Le son pop-dance est assez formaté, et pour cause, comme la moitié de l’album, c’est signé Dr Luke et Max Martin, faiseurs de tubes déjà passés sur une bonne partie des singles de Katy Perry ou de Britney Spears. C’est probablement la chanson la plus intéressante de l’album, toutefois, à la fois dans le « jus » de Katy Perry et de titres synthétiques comme E.T. ou Wide Awake, mais avec un son plus « adulte ». J’aurais bien vu ce morceau sur Blackout de Britnouille…

 

 

 

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7. This Is How We Do

Un titre de pop festive comme il en manque un peu sur cet album, dont les couplets rappellent irrésistiblement la pop rock du début des années 2000 (Avril Lavigne, Stacie Orrico), avec même un pont hip-hop crétin que n’aurait pas renié MTV en 2001. Sur un album de Taylor Swift, on aurait trouvé ça trop rebelle.

8. International Smile

Bon, soyons concrets : c’est une photocopie du Domino de Jessie J, couplée avec l’intro power ballad de Firework, et les synthés romantiques de Daft Punk sur Digital Love. Ça fera un super single, si Katy ne craint pas de se faire taxer une deuxième fois de plagiat sur le même album…

9. Ghost

Une chanson dont je ne sais pas trop quoi penser, qui sent un peu les 80’s, les soirées an dancing avec Patrick Swayze, le son revival d’il y a huit ans, et que je vais donc classer dans le dossier « insignifiance ».

10. Love Me

Une ballade mid-tempo qui va crescendo dans les hauteurs rythmiques, sans pour autant trop challenger les hauteurs vocales que Katy Perry essaye de maîtriser (ce sera sûrement pas dégueu’ en live). La construction de cette chanson me semble un peu calquée, mais ce n’est peut-être qu’une impression, sur Love Somebody de Maroon 5. C’est plutôt un bon titre, pas renversant de nouveauté mais bien calibré, conçu par Bloodshy, le génie responsable de Piece of Me, Freakshow ou Toxic, trois des plus grosses bombes de la carrière de Britney Spears.

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11. This Moment

L’un des titres les moins catchy de l’album, qui ressemble un peu à Unconditionally, et paraît donc redondant, tant jusqu’à présent la chanteuse semble avoir voulu disséminer des titres et des influences musicales sur les pistes de Prism.

12. Double Rainbow

L’une des collab’ les plus attendues de l’album, avec Sia, dont le titre évoque un meme des internets sans y puiser la moindre référence, apparemment. Le résultat est assez réussi, évoquant, notamment dans les couplets, les envolées lyriques de Florence & The Machine, et des chœurs en arrière-plan ressemblant un peu au dernier tiers de Just My Imagination, des Cranberries. C’est peut-être le titre où la voix de Katy Perry est la mieux mise en valeur.

13. By The Grace Of God

Ballade romantique, bourrée d’allusions à Dieu toujours un peu gênantes pour une oreille européenne athée, un peu inutile. On se prend à rêver, en écoutant les variations et trémolos dans la voix de Katy Perry, de ce que Mariah Carey aurait fait de la même chanson. Sûrement une bonne piste de l’un de ses albums, ou bien un single potable.

14. Spiritual

C’est incontestablement ma chanson préférée de l’album, qui joue sans vergogne sur les terres du trip-hop (l’intro pue Massive Attack) tout en gardant une identité dance putassière. Par bien des aspects, cela me rappelle By Chance, une chanson de l’album Read My Lips de Sophie Ellis-Bextor : un truc qu’on ne réussirait pas à sortir en single, mais qui suivra insidieusement les fans ayant écouté l’album plusieurs fois, lesquels se surprendront à fredonner le refrain This is spiritual, under your spell / Phenomenon, the way you make me feel / Like an angel, oh, at blow / Like a feather, you make me float. On a presque du mal à imaginer que John Mayer a co-écrit ça.

15. It Takes Two

L’autre collaboration de prestige annoncée sur Prism était la présence d’Emeli Sandé au songwriting de cette chanson. Au final, un résultat bof bof et chiche, évoquant Whole Again des Atomic Kitten dans les couplets, et We Are Young de Fun dans les intros des refrains.

16. Choose Your Battles

L’album ayant été placé sous le signe de l’empowerment, c’est assez logiquement qu’il se clôt sur une chanson aux accents épiques.

Au final, Prism n’est pas la daube redoutée, mais pêche par un défaut que tu auras peut-être remarqué si tu as lu cette review en entier : l’impression de déjà-entendu. Prism est un patchwork d’influences musicales diverses, dans lesquelles Katy Perry s’aventure avec une certaine élégance et sans jamais sembler hors-sujet. On y trouve de la dance, de la house, de l’eurodance, du pop-rock, du trip-hop… Bref, les boulots additionnés de producteurs plus ou moins à la mode ayant œuvré chez d’autres. Les paroles sont souvent introspectives et graves, mais le son reste résolument orienté pop, avec beaucoup de moments d’empowerment, épiques et grandiloquents, qui auraient fait de Prism un bel album pour l’été. C’est plutôt la nénette qui parle de tolérance et d’amour à son public dans Firework que la loufoque Kathy Beth Terry qu’on retrouve dans Prism. Un choix pas très surprenant dans la mesure où la chanteuse a traversé, entre ses deux albums, un divorce douloureux et un passage à vide, au niveau affectif.

Il y a, du coup, moins de pop « marrante » à la Last Friday Night (TGIF) / California Gurls / Hot’n’Cold sur cet album que sur ses précédents, ce qui pourrait nuire à l’image de Perry auprès du grand public, tout en développant chez elle une qualité qui lui manquait aux yeux de la presse musicale : une certaine consistance, une cohérence musicale. Elle pioche encore beaucoup ici et là, mais on a moins l’impression de grand écart qu’on avait pu avoir entre les différents singles de l’ère Teenage Dream. Ici, à tous les étages, on trouve de l’empowerment, de la mélancolie et de l’introspection. Au final, un album pop assez propre, qui va peut-être marquer l’entrée de Katy Perry dans une période plus « mature » dans laquelle elle ne ressentira plus le besoin de se déguiser en dinde comique ou de porter des soutiens-gorge qui éjaculent du sirop. Je n’ai pas encore décidé si c’était une bonne chose.

Prochains singles probables : Birthday, Walking On Air, International Smile, Double Rainbow.

 

2 réflexions au sujet de « Pouvoir du (Prism)e lunaire, transforme-moi ! »

  1. SHAME ON ME, j’ai toujours pas pris le temps d’écouter tout l’album… mais pour une fois j’ai pris le temps de lire tout ton post.

    En tous cas je suis déçu que rien ne sorte de ses seins. Si c’est ça la maturité c’est nul !

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