Suite Royals

 

C’est le petit exploit pop du mois : une néo-zélandaise de 16 ans qui met fin au règne de Wrecking Ball, le hit de Miley Cyrus crédité de 200 millions de vues sur YouTube en moins d’un mois, au sommet du Billboard Hot 100 aux Etats-Unis. Avec un titre de pop alternative, en plus. Même Lana Del Rey, l’icône du genre (à laquelle on la compare un peu vite), ne peut se vanter d’avoir placé un single en tête des ventes aux États-Unis : Lorde est d’ores et déjà l’auteure de l’une des perf’ de l’année dans les charts, en somme.

 

La vraie joie que procure Royals, en dépit, c’est vrai, de son esthétique Instagram et de son phrasé nonchalant évoquant irrésistiblement Lana Duck Face, c’est l’énorme potentiel qu’il révèle : après tout, Ella Yelich-O’Connor (le vrai nom de Lorde) est née en novembre 1996. La déprime, une fois de plus, de voir tous ces jeunes gens qui conquièrent le monde avec leur art pendant qu’on se cherche encore à bientôt trente piges, mais que veux-tu, on en a vu d’autres. Mais là, 1996, quand même. C’est, genre, une année dont j’ai des vrais souvenirs précis, pas de vagues réminiscences de la crèche, quoi.

 

 

 lorde

 

 

Bien des jeunes révélations pop n’ont pas su confirmer par la suite, ce blog en est régulièrement le triste rappel, mais Lorde se distingue, peut-être, par sa précocité, et la rapidité avec laquelle elle aura réussi à faire un smash hit d’envergure mondiale. Il se dit qu’elle a commencé à écrire à l’âge de 12 ans (c’est-à-dire, donc, en 2008) (autrement dit, hier) et que, vite remarquée par son label, elle est déjà en contrat depuis un an. C’est presque une bête curieuse, à ce stade, en fait. Les teen stars qui nous évoquent plus un syndrome Rimbaud que le parcours de Britney, c’est une rareté dans le petit monde des tubes.

Mais pourquoi bouder son plaisir, quand le hit est bon ? Chaque année, ou presque, un titre émerge de la scène « alternative » pour nous être matraqué jusqu’à ce que haine s’en suive (Gotye, Lana Del Rey, Daniel Powter, Far East Movement, Macklemore…) : je ne doute pas que tout cela soit du risque calculé de la part des maisons de disques, mais au moins ces « nouvelles stars », durables ou pas, nous changent-elles un peu de Katy Perry ou des Black Eyed Peas au sommet des classements et à l’antenne de Fun Radio.
On détestera peut-être Royals d’ici le mois de décembre, et la puissance tubesque de Tennis Court, un titre apparemment destiné à ne plaire qu’aux journalistes musicaux qui préfèrent mépriser l’easy listening plutôt que de risquer de passer pour des beaufs pas sélectifs, n’est pas assez forte pour avoir le même parcours que Royals dans les classements single :

 

 

 

 

Mais avec son jeune âge, son répertoire pour le moment très poétique et axé sur les tourments adolescents (nos tourments à tous), son charisme si atypique et sa personnalité (en interview, elle s’agace que les fillettes d’aujourd’hui veuillent absolument ressembler à Taylor Swift, et davantage encore qu’on la compare à… Lana Del Rey : « Juste parce qu’on a toutes les deux une voix grave et qu’on fait de la pop alternative ? Pourquoi faut-il absolument me comparer à quelqu’un d’autre ? »), la chanteuse peut tout déglinguer sur son passage dans les prochains mois. Apparemment douée de jolies prédispositions pour le live, Lorde cache peut-être derrière ses yeux un peu trop écartés et sa bouche boudeuse un potentiel physique comparable à quelques glorieuses aînées ayant percé à l’adolescence : avec quelques hits au compteur, on aura probablement la chance de la voir encore souvent d’ici ses 25 ans. Et à ce moment-là, en plus d’être une auteur-compositeur-interprète encore plus chevronnée qu’aujourd’hui, elle sera une bombe.

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