Le tube d’il y a dix ans : The Black Eyed Peas feat. (vaguement) Justin Timberlake – Where is the love?

 

On a tendance à l’oublier, tant leurs membres les plus éminents ont depuis sombré dans le son dance le plus putassier et l’omniprésence médiatique la plus crasse, mais il y a dix ans, les Black Eyed Peas étaient un jeune groupe quasiment inconnu du grand public, qui se faisait connaître avec un joli single de « conscious hip-hop » sur la paix et l’absence d’amour de notre société post-11 septembre, alors en pleine année 2003 marquée par la guerre en Irak et les dissensions mondiales autour des motivations anglo-saxonnes dans la nouvelle géopolitique Orient vs. Occident.

 

 

 

Le clip de Where Is The Love? montrait ainsi des inconnus chantant en playback les paroles du refrain, et notamment celles de Justin Timberlake (co-auteur et co-interprète, crédité environ une fois sur deux sur la chanson, mais absent du clip, pour d’obscures raisons de négociations entre labels – en gros, vu le succès très récent de son premier album, le label de Justin craignait que ce duo, pourtant destiné à booster la carrière d’un groupe qui galérait un peu, ne soit assimilé, par le grand public, à de l’omniprésence de leur poulain), mais aussi des enfants jouant au jeu vidéo Postal 2 (un jeu qui avait à l’époque généré de nombreuses polémiques dues à son contenu – cruauté envers des animaux, homophobie, violence, clichés racistes, etc.). Les Black Eyed Peas étaient dans la dénonce, c’étaient des artistes engagés, t’vois.

whereisthelove

Trois ans avant ça, ils avaient sorti, sans Fergie, leur second album studio Bridging The Gap, dont seul un single, Request+Line, était vaguement parvenu jusqu’à moi début 2001, n’ayant retenu mon attention que grâce à la présence de Macy Gray (le résultat final, lui, étant assez insignifiant). Entre-temps, je m’étais dit que le groupe avait dû se dissoudre ou disparaître dans les méandres de la scène hip-hop underground.

 

 

Mais là, fin 2003, avec la bonne collab’ (en 2003, Timberlake est beaucoup plus bankable que Macy Gray en 2001) et la bonne synchro publicitaire, MTV a enfin réussi à nous le caser, son nouveau groupe hip-hop « universel » que les enfants de huit ans peuvent aussi écouter.

Tout ça pour dire qu’au regard de la pop festive vaguement teintée de hip-hop qu’allait devenir leur style musical, puis de la dance vocodée qui allait faire d’eux, si ce n’est le groupe le plus vendeur, du moins le groupe le plus insupportablement omniprésent de la scène mainstream mondiale moins de six ans plus tard, Where is the love? était en fait une chanson pop de bonne facture, honorée de deux nominations aux Grammy Awards et du petit exploit, en cet automne 2003, d’avoir réussi à détrôner le White Flag de Dido du sommet des charts mondiaux. C’est toujours beau de se rappeler ce qu’un groupe avait fait pour qu’on l’aime ; ça rappelle qu’on ne les a pas toujours haïs et qu’il a bien fallu que quelque chose change, au pays des collaborations foireuses, pour en arriver là.

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