Guillaume cherche le garçon

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L’année 2014 approche à grands pas, et avec elle, les nominations pour les César qui récompenseront les films français les plus réussis (même si ce « réussi » semble plus dépendre de l’humeur du moment que de critères fixes). Du coup, et un peu comme aux États-Unis à l’approche des Oscars, on sent confusément que le calendrier des sorties « de qualité » s’accélère un peu en cette fin d’année, nous livrant quelques drames classiques ou comédies de prestige que les votants auront encore fraîchement en tête début janvier : Violette, La Vénus à la fourrure, Il était une forêt, En Solitaire, Neuf Mois Ferme, Fonzy, T.S. Spivet, et d’ici quelques semaines 100% Cachemire ou le dernier volet de la trilogie « L’Auberge Espagnole »… Mais au milieu de tout cela surnage clairement La Vie d’Adèle, qui en dépit des polémiques devrait rafler pas mal de prix parmi les plus convoités, dans une cérémonie qui a déjà souvent souri à Abdellatif Kechiche et qui aura à cœur de valider son sacre cannois.

 

On cherche donc toujours un challenger, un Camille Redouble, un Welcome, un Tournée, un Potiche, supposé nous faire un succès populaire « surprise » (mais bien monté en épingle pendant des mois en amont par la presse), qui cumulera dix nominations et repartira bredouille ou quasiment face à Adèle et à quelques concurrents plus discrets. Et cette semaine, on l’a peut-être trouvé avec le premier film de Guillaume Gallienne, Les garçons et Guillaume, à table !, adaptation d’un spectacle où il incarnait, déjà, sa propre mère et lui-même, dans un truculent monologue où il se répondait à lui-même et évoquait la construction de son identité (attention, le djendeur a encore frappé).

Le film, précédé d’un bouche-à-oreille extrêmement favorable (standing ovation et deux prix à la Quinzaine des réalisateurs, Prix Michel-d’Ornano, Prix du Public au festival d’Angoulême), a fait sensation (mais est-ce une telle surprise ?) mercredi dernier en s’emparant de la tête du box-office hexagonal, avec 80 000 entrées en première journée, et plus de 500 000 en cinq jours. Et vu la bande-annonce assez enthousiasmante, j’avoue que j’avais très envie d’aimer ce film, de le chérir, de m’emballer. Il faut dire que cette année, le cinéma estampillé LGBT a fait de belles étincelles en France, qu’on espère voir se répercuter dans les récompenses : L’Inconnu du Lac, La Vie d’Adèle, et donc Les garçons et Guillaume, à table !, ont tous abordé avec une belle maîtrise de la grammaire cinématographique des questions plus ou moins directement liées à l’identité sexuelle, loin des productions fauchées sortant en catimini au MK2 Beaubourg ou directement en DVD. Non pas que j’aie quelque chose contre le cinéma LGBT « de niche », hein, mais en dépit de son intérêt, il propose rarement de grands films susceptibles d’atteindre le grand public, j’en ai déjà parlé ici.

Le film de Gallienne avait donc tout pour me plaire, et j’y allais avec un a priori très positif. Sauf que.

les garçons et guillaume a table

Bah oui, c’était bien, mais pas top, voilà.

Je ne rejoins pas nécessairement la critique du fameux Julien de C’est la Gêne, qui commence à faire le tour des internets depuis sa reprise sur Le Plus, mais j’y suis sensible.

Oui, ce sont essentiellement des sketches peu aboutis voire un peu clichés (psys perchés, pensionnat propice aux brimades, masseurs allemands violents, etc.), ce qui en soit n’est pas tant un problème, mais qui ne sont en fait liés que par la voix off, et qui auraient très bien pu être alignés dans un autre ordre que celui dans lequel ils nous sont proposés. Guillaume Gallienne choisissant, malgré ses 40 piges, de s’incarner lui-même au collège et au lycée, on ne perçoit pas trop l’évolution, la maturation du personnage. Du coup ça patauge un peu par moments (quelques longueurs dans les moments où le héros essaye d’explorer l’univers gay).

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Il y a tout de même la géniale interprétation de Guillaume Gallienne en Maman, qui n’est pas sans rappeler ses Bonus du Grand Journal (et notamment la culte Gabrielle Chateckel), contrebalançant une interprétation plus convenue de Guillaume, l’ado plus ou moins complexé. Gallienne est un grand acteur de composition comique, notamment dans sa « préciosité », qui lui permet de saisir avec talent une bourgeoise sur le retour, une douairière obséquieuse ou des nobliaux coinços. Mais en adolescent, il est à la fois trop convaincant (ses mimiques et son air pas dégourdi rappellent nos propres complexes de cette époque) et pas assez (on ne sait jamais s’il est supposé avoir 15 ans, 20 ans ou 25) pour qu’on sache bien si on doit rire.

Mais surtout, ce qui m’a gêné, c’est qu’en dépit de sa démarche psychologisante hyper narcissique (« Maman », « mes frères », « mon père » ne mériteront même pas d’avoir un prénom), le film manque de moments-clés « éclairants » sur le héros, et qu’il est donc assez frustrant.

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Pourquoi Guillaume semble-t-il prodigieusement agacer sa mère ? On ne le saura pas.
Pourquoi confond-il son absence de virilité (aversion pour le sport, physique qu’on devine plus malingre que celui de ses frères) avec de la féminité, alors que personne, dans le film du moins, ne parle jamais de lui au féminin ? On ne le saura pas.
Pourquoi se prend-il pour une fille alors qu’il est envoyé dans un pensionnat de garçon, ne prenant conscience du fait qu’il est un garçon que lorsque sa mère lui dit qu’il est homosexuel ? On ne le saura pas.
Quelle absence de rapport à son corps et à son pénis peut-il bien avoir pour affirmer, quasiment jusqu’à la psychose, être une fille (et ce, sans que personne dans sa famille ne semble l’interpeller à ce sujet, jamais) ? On ne le saura pas.

Je me doute bien qu’il s’agit d’une reconstitution a posteriori, d’un point de vue personnel, de ce qui lui semblait être des évidences lorsqu’il était gamin, mais Guillaume Gallienne m’a un peu perdu sur ces aspects-là.

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Autant je n’ai pris conscience de ma « différence » que très tardivement (enfin, genre à quinze ans, quoi), autant mes aspects efféminés lors de ma petite enfance, s’ils étaient plus ou moins conscients (le regard des autres enfants est beaucoup plus acerbe, avec des conséquences verbales beaucoup plus envahissantes nous obligeant à questionner notre « genre », que ce que Guillaume Gallienne retranscrit ici), ne m’ont jamais amené à me prendre pour une fille. Tacitement encouragés par mon entourage ou non. Bref, la psychologie du personnage reste assez floue, en tout cas dénuée d’explications très concrètes dans son entourage, dont le comportement à son égard, comprend-on lors des passages en plateaux TV et radios de Gallienne, explique pour beaucoup la « confusion » qu’il a pu ressentir, et l’obligation qu’il a eu de faire un « coming out à l’envers ».

Ou alors, j’ai simplement tendance à prendre au premier degré des situations comiques poussées à l’extrême, et Les garçons et Guillaume, à table ! n’est qu’un one-man show adapté au cinoche, et retranscrivant les situations plus ou moins réelles auxquelles le silence de sa famille sur son physique malingre, son côté « fille manquée » et son asexualité supposée ont pu le pousser, pour se « trouver », l’attitude ne faisant pas la sexualité. Mais je ne suis pas sûr.

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