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ladygaga_slate

 

On voit beaucoup de « revues du web » ces dernières années dans la presse en ligne, mais pas tant que ça sur les blogs. Je ne sais pas encore si la rubrique sera pérenne, mais comme je m’aperçois que, faute de s’astreindre à des rubriques et à des rythmes de publication contraignants, bloguer régulièrement devient un petit défi avec le temps qui passe, je tente une nouveauté en cette fin d’année. Pas exactement une revue du web, en fait, mais plutôt une manière de revenir sur trois articles, vidéos, analyses, blagues ou coups de gueule qui ont marqué ma semaine. Enfin, trois, euh, ce sera en fonction du temps et de l’humeur. Et puis, bon, tous les lundis n’ont pas le même degré de motivation, de déprime ou d’inspiration. Ça commence bien cette histoire. Mais aujourd’hui, c’est férié.


Pénalisation des clients, prostitution, en vrac

 

« Je ne suis pas abolitionniste. Je crois qu’on peut faire commerce de services sexuels, avec ses mains, sa bouche, son vagin ou son anus, sans que cela soit plus dégradant qu’un autre travail manuel. Je ne suis pas aveugle. Je sais que la prostitution est majoritairement étrangère, sans papiers, maquée, exploitée. Je cherche comment réconcilier ces deux données dans mon cerveau sans le faire imploser. Je crois que le problème de la prostitution, tel qu’on nous le présente partout, est un problème de traite des êtres humains, un problème de misère et de désespoir bien plus qu’il n’est un problème de morale. Je crois qu’il faut pénaliser les souteneurs, les passeurs, les mamas, je crois qu’il faut inciter les jeunes femmes à rester dans leurs pays d’origines en développant les aides, la formation, les micro-crédits. Je pense qu’il faut lutter contre la pauvreté, en France mais surtout ailleurs, éduquer, développer les échanges entre les services de Police français et ceux des pays concernés, je crois qu’il faut tuer les volontés esclavagistes des hommes dans l’œuf, là où elles se développent.

Je pense que pénaliser les clients est une fausse bonne idée. Je pense que nous pousserons ces femmes déjà précaires à prendre toujours plus de risques pour gagner un peu d’argent. »
(Daria Marx, 04.11.2013)

Je suis très mal à l’aise avec le débat actuel sur la prostitution, entre les abolitionnistes et les « 343 salauds », entre deux positions recouvrant chacune leur part d’hypocrisie. Je ne suis pas spécialement pour la prostitution, dans la mesure où, réseaux esclavagistes ou pas, c’est un métier dont j’ai peine à croire qu’on y arrive « librement ». Il me paraît évident que, dans la majorité des cas, on en vient à se prostituer pour des raisons de survie économique plus que par attirance pour ce métier-là, et que le maximum devrait être fait pour permettre aux filles et aux mecs qui tombent dans ce métier « malgré eux » d’en sortir, de pouvoir subvenir à leurs besoins par d’autres biais. Mais je ne crois pas qu’il faille stigmatiser davantage les personnes qui se prostituent et essayent de faire ce métier dignement. Je crois qu’il ne faut pas donner une dimension morale au fait de vendre des prestations sexuelles tarifées, du moment que c’est fait librement (pas forcément quand on a commencé, mais au moins quand on continue sans réelle contrainte et qu’on y voit une carrière acceptable). Je crois que ce qu’il faut punir, c’est l’exploitation du corps de quelqu’un d’autre pour se faire du blé, mais est-ce si simple que ça ? Le client est stigmatisé pour sa misère sexuelle, pour le fait de payer pour du sexe, pour le fait d’entretenir, peut-être, un système qui produit de la misère. Mais le pénaliser, le chasser, c’est très probablement rendre plus difficiles encore les conditions de travail des prositué(e)s, dont les clients n’ont souvent pas grand’chose à faire, c’est créer des tensions entre des prostituées déjà condamnées à une quasi-clandestinité et des clients déjà pas très solidaires. Mais il y a bien, aussi, une large part de la profession qui n’a pas choisi de se prostituer, et le fait sous une contrainte physique ou financière… C’est hyper difficile de trancher. Mais celles et ceux qui auraient le plus de légitimité à parler et à trancher, les prositué(e)s, ne sont pas conviés au débat médiatique. Pas assez regardables, pas assez aimables, trop victimes à nos yeux pour mériter d’être entendu(e)s ?

Chère Christiane Taubira

« Toujours page 25, mais maintenant j’adapte : « S’il s’est fait raciste, c’est qu’on ne peut pas l’être tout seul. Cette phrase : « La guenon, mange ta banane », est de celles qu’on prononce en groupe ; en la prononçant on se rattache à une tradition et à une communauté : celle des médiocres. Aussi convient-il de rappeler qu’on n’est pas nécessairement humble ni même modeste parce qu’on a consenti à la médiocrité. C’est tout le contraire : il y a un orgueil passionné des médiocres et le racisme est une tentative pour valoriser la médiocrité en tant que telle, pour créer l’élite des médiocres. »
(Libération, 06.11.2013)

Bien sûr, c’est la chronique de François Morel qui a emporté l’adhésion sur le web, avec sa verve et son verbe habituels, pour remettre à sa place, et peut-être (mais est-ce bien la bonne méthode ?) pour réveiller la conscience de la « pauvre petite conne » qui agita une banane « pour la guenon » lors d’une manif contre le mariage pour tous à Angers, en marge d’une visite de la Garde des Sceaux. Il y a eu cette déclaration de ladite ministre, aussi « Ce qui m’étonne le plus, c’est qu’il n’y a pas eu de belle et haute voix qui se soit levée pour alerter sur la dérive de la société française. [Il] s’agit très clairement d’inhibitions qui disparaissent, de digues qui tombent. ». Ce silence, cette absence de réaction outrée des médias, des artistes, de la classe politique qui nie globalement la montée du racisme, la libération de la parole rance et des idées immondes dont on avait honte il y a quinze ans, avant septembre 2001, avant mai 2002, avant qu’on se rende compte en haut lieu que les thématiques de la peur et du rejet étaient vendeuses. Le parallèle que Christine Angot dresse avec Réflexions sur la question juive de Jean-Paul Sartre, dans Libé, permet tout de même, un peu, au-delà de l’éducation déplorable reçue par la pauvre gamine obtuse qui a proféré fièrement ces propos dégueu, d’expliquer comment, aussi inconcevable que cela puisse nous sembler, on en vient, stimulé par une « communauté » de connards chauffés au Hollande-bashing et au néo-poujadisme, à trouver tout à fait drôle et provoc’ de traiter une ministre noire de singe. Même si ça reste affligeant.

Ce que les chefs d’entreprises peuvent apprendre de Lady Gaga

« Pourquoi infliger ces souffrances à Lady Gaga? Pourquoi Carter –comme l’immense majorité des patrons et des managers du secteur du divertissement– préfèrent-ils opter pour des lancements en grande pompe au prix d’énormes dépenses en termes de publicité et de distribution, alors qu’ils pourraient opter pour un budget évolutif? La raison est des plus simples: toutes choses égales par ailleurs, la stratégie du blockbuster a plus de chances de fonctionner que l’approche limitée.

Ce phénomène s’explique en partie par le fait que le public est attiré par la réussite; il préfère consommer les produits de divertissement qui plaisent au plus grand nombre. C’est pourquoi un lancement réussi est absolument déterminant. Pour un produit culturel, le succès initial engendre le succès, et l’échec des débuts est souvent synonyme d’échec sur le long terme. »
(Slate Culture, 10.11.2013)

Moi qui me posais récemment la question de ce à quoi Lady Gaga était « condamnée », voilà qui y répond partiellement : depuis deux albums, Lady Gaga est un blockbuster, et non plus l’artiste novatrice, à l’approche web intéressante et à la stratégie communautaire, qui draguait les gays, les modasses et les fans de dance, dans le but de se constituer une solide fan base. La vérité étant que, désormais trop établie sur ces communautés pour les conquérir davantage, et trop mainstream pour se baser sur les seules (et très mobilisées – pour ne pas dire hystéro) communautés de Little Monsters pour lancer un bouche-à-oreille crédible, Lady Gaga est contrainte d’adopter les mêmes canaux et machine marketing qu’une Britney ordinaire pour espérer réussir sa première semaine, et donc l’exploitation entière d’ARTPOP. Les prochains jours seront donc cruciaux pour cette chanteuse qui, en dépit d’une influence et d’un bruit médiatique de première importance depuis quatre ans, n’est peut-être plus, vu les résultats de Born This Way et de ses singles en 2011, la machine à smash hits qu’elle avait annoncée, lors de ce que l’on appelle déjà (et c’est mauvais signe) sa « grande époque ».

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