Previously on your newsfeed (2)

 

body mick+wout

 

 

Le corps en tête

« On le voit dans les violences faites aux femmes au quotidien: le corps reste le seul espace identitaire, l’unique lieu où se pose la question de l’intégrité. Il y a une religiosité qui se met en place, un «culte» au sens étymologique du terme: une célébration du corps qui renvoie à l’esthétique. Dans l’usage et la pratique du corps, il y a une dimension religieuse, mais sans dieu, une forme de laïcité cosmique, une écologie de relation entre les individus et les milieux. Chacun veut considérer que le corps est soit intouchable, soit un organe de revendication. Au fond, la seule chose que l’individu puisse changer, c’est son propre corps, physique, mais également l’interaction dans laquelle son corps s’engage avec les corps des autres. »
(Next Libération, 15.11.2013)

Si l’individualisme a atteint des sommets dans les sociétés occidentales depuis deux siècles, c’est du corps que tout est parti : corps du sportif devenu objet de fascination et de fierté nationale (amenant logiquement à la professionnalisation des fédérations sportives), corps séducteur mis au cœur des écrans (cinéma ou publicité), corps jeune mis en avant pour sa force et sa santé… C’est par rapport aux spécimens les plus idéalisés que nous sommes obligés de nous positionner au quotidien et de nous construire un personnage public à l’égo pas trop flingué. Mais c’est aussi par le corps que, bien au-delà des communautarismes (religion, corporations, sexualités, nationalités, etc.), nous affirmons notre identité et nos idées : manifestations, sit-in, actions topless des Femen, tatouages, habillement, langage corporel, port de tête, tics nerveux… C’est par le corps que nous nous définissons, pas par les communautés auxquelles nous appartenons. Même si nous tentons de rendre nos corps conformes à l’idée que nous nous faisons du rôle à occuper dans ces communautés.

La littérature n’est pas là pour rendre les gens meilleurs

« Mais si vous voulez avancer dans votre roman, il vous faut vous octroyer à vous-même la permission de vous évader des affaires humaines, vous abstraire dans un lieu où vous serez à l’abri de l’exigeante présence des autres. Ouvrir un roman est peut-être une sorte d’exposition au monde au-delà de sa propre personne, mais qui implique nécessairement qu’on l’empêche de nous atteindre. Toute une vie passée à lire est, entre autres choses, une vie solitaire. L’hypothèse selon laquelle la lecture est une activité éthiquement salutaire est d’autant plus attirante que l’on y consacre davantage de temps. Il y a au fond quelque chose de rassurant dans l’idée que l’on puisse être meilleur –pas juste intellectuellement, mais moralement aussi– parce qu’on a beaucoup lu. »
(Slate, 16.11.2013)

Si seulement lire rendait meilleur. L’idée est séduisante mais (heureusement, d’ailleurs), illusoire. Pas plus que se cultiver ne rend plus intelligent, lire ne rend pas plus empathique, plus doux, plus gentil. Mais cela aide, peut-être, à prendre conscience de points de vue, de manières de penser différentes, de réalités historiques oubliées, et de l’utilité de s’isoler du bruit du monde. Comme les voyages ouvrent l’esprit, les lectures ouvrent peut-être, un peu, le cœur. Mais de là, à elles seules, à transformer un sale type en type bien, c’est bien présomptueux.

   Billie and Mister

The Lady & The Mister

« A lady and her dog. As much as I love Billie Holiday’s music, I never realized how much of a dog lover she was. That is until I stumbled upon a photo of her with her beloved boxer mix, Mister. And that led me to search for more photos and that led me to stories about the bond between Lady Day and her Mister. One of them is that when Bilie got out of federal prison in 1949 for narcotics possession, it was Mister who was waiting for her and greeted her so vigorously the press showed up to see what the commotion was. Heck, there’s even a children’s book written about them. »
(Dorothy Surrenders, 11.11.2013)

L’un des facteurs qui me convainc de la normalité des légendes, qu’elles soient popstars ou gloires du cinoche, est bien leur capacité à s’attacher à une boule de poils qui leur rend le quotidien plus doux par sa présence rassurante et ses démonstrations d’affection. Nous sommes tous seuls, mais le regard aimant et comique d’un iench peut partager et alléger cela.

 

 

 

 

Virginie Despentes : «C’est vous, madame, la « belle et haute voix »»

« Que l’extrême droite s’exprime n’est pas un problème. Le problème, c’est la fascination des médias, la fascination du PS, la fascination du Front de gauche pour l’électorat FN. Les ventes de Minute exploseront probablement, sur un numéro, mais en attendant ce n’est toujours pas, loin s’en faut, un journal à grand tirage. Alors pourquoi, depuis environ quatre ans, doit-on se fader Marine, louve des neuneus, et son Front national à toutes les sauces ? On finit par avoir la sensation d’assister à une promotion acharnée qui vise, au finale, à vendre au peuple l’idée qu’il n’a qu’un seul désir : voter FN. On l’assène avec les mêmes méthodes qu’on utilise pour lui faire croire qu’il doit changer de voiture. »
(Libération, 14.11.2013)

Virginie Despentes, près d’un an après la tribune coup de poing sur Têtu.com à propos du mariage pour tous, offre une nouvelle prise de parole forte sur l’actualité, en l’occurrence sur les injures racistes dont Christiane Taubira a été victime, et la déclaration de cette dernière sur son étonnement, voire sa déception, qu’aucune belle et haute voix ne se soit élevée, dans la classe politique, culturelle ou médiatique, pour la défendre, et surtout pour verbaliser, dire l’ignominie de ce genre de climat rendu possible. Ce faisant, elle éclaire surtout la fascination des médias pour l’abjection, le racisme, les raccourcis des discours sécuritaires et les idées rances qui, il y a encore dix ans, embarrassaient ceux qui le proféraient : et si, en fait, nous n’étions tous que des idiots allant sans broncher vers de nouvelles heures sombres pour mieux pouvoir chouiner, ensuite, « plus jamais ça », quand il sera trop tard ?

 

*

Ranking Every Episode Of « Buffy The Vampire Slayer »

 smg buzzfeed

(Buzzfeed, 14.11.2013)

Un guilty pleasure de lecture web qui m’a fait la soirée de vendredi, et qui confirme, s’il en était besoin, mon goût immodéré pour les classements et les hit-parades. Comme toujours, les classement est discutable, mais en discuter est justement tout l’intérêt. La preuve, Sarah Michelle Gellar elle-même s’est fendue d’un tweet pour défendre un épisode.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*