Britney Jean

 

britney jean

 

 

 

Comme il y a presque trois ans, je me décide à faire une review, titre par titre, du nouvel album de Britney Spears, la mère célibataire dépressive la plus célèbre de la planète, qui ces dernières semaines nous a promis son album le plus personnel tout en enchaînant les boulettes sur ses fans gays (qu’elle considère, en gros, comme des pseudo-copines ou des peluches trop mignonnes) et en regrettant à demi-mots d’en être encore réduite, à 32 ans, à jouer les lolitas SM pour continuer à intéresser ses fans (ce en quoi elle a tort, mais que veux-tu, on ne va pas enrayer la machine en lui disant clairement qu’elle pourrait aussi essayer de faire autre chose que de la dance autotunée ou de la teen pop diabétique, elle comprendrait pas) (elle n’est pas encore mûre pour accepter d’exister, dans l’imaginaire collectif, autrement que comme une « girl » – not yet a woman, toussa toussa). Faute d’une aura beaucoup plus personnelle que d’habitude, hormis un titre faisant donc référence à son nom complet, l’album recèle quelques singles potentiels.

1. Alien

Une chanson pour le moins originale dans la discographie de Britnouille, qui instille immédiatement un climat particulier à l’album, notamment avec ses « Ooooh » entrecoupant les couplets. William Orbit a co-écrit ce titre, et c’est vrai que ça ne ressemble pas aux productions habituelles de Dr Luke et Max Martin pour la donzelle. Dans son ambiance, Alien m’évoque vaguement Criminal ou He About To Lose Me, sur l’album précédent. On n’est pas sur un album hyper euphorique, quoi. Une jolie chanson, qui pourrait faire un joli quatrième ou cinquième single.

 

 

2. Work B**ch!

Le lead single de l’album est un titre monstrueux d’autotune et d’efficacité dance, qui porte à mon goût trop fortement la marque de fabrique de Will.i.am et des pires bouses mutantes des Black Eyed Peas. Mais à force de matraquage, ça fonctionne, et le titre se révèle très efficace dans le bon contexte (bouate de nuit, cours de gym). Cela manque un peu d’âme et relève de la triste tendance de Britney à ré-exploiter son gimmick-jingle « It’s Britney Bitch » faute d’avoir quelque chose de neuf à dire, mais ça a fait le job. J’espère que ça sera suivi de singles et de clips plus intéressants, cela dit.

3. Perfume

Le deuxième single de l’album, quant à lui, est la collab’ de prestige avec Sia, que tout le monde s’arrache. Au final, un jingle qui risque d’illustrer la pub du prochain parfum de Britney, qui s’est lancée depuis quelques années déjà dans cette industrie où, comme pour le reste de ses productions, sa contribution semble se limiter à prêter son nom et son image. Perfume est une ballade assez triste, revenant sur le thème régulièrement abordé de l’amour qui n’a pas marché et/ou qui est en train de se casser la gueule (avec toute l’insécurité affective qui en découle), mais à la composition assez typique de Sia (si on excepte l’absence d’envolée dans le refrain). Pas la meilleure livraison de l’auteur-compositeur-interprète australienne, mais qui devrait faire son effet à moyen terme, si on lui laisse le temps de s’installer en radio et si le clip n’est pas trop pourrave. C’est aussi l’une des chansons « personnelles » de l’album, qu’on suppose inspirée par la rupture de Britney avec son manager Jason Trawick. Du coup, les paroles, pas très orientées empowerment, sonnent tantôt déprimées, tantôt revanchardes, mais pas très « My loneliness ain’t killing me no more » (mais Britney est passée par tellement de phases et de personnalités depuis 2000, que ça n’étonne qu’à moitié) : So I, wait for you to call / And I try to act natural / Have you been thinking ’bout her or about me (…) I’ll never tell, tell on myself but I hope she smells my perfume

4. It Should Be Easy (feat. Will.i.am)

L’une des participations longtemps teasées de David Guetta apparaît sur ce titre, un duo avec (encore !) Will.i.am, vocodé à la truelle, dont les synthés sentent bon le début des 90’s, mais qui sonne assez creux, comme souvent quand Will.i.am chante le refrain. Les parties instrumentales du refrain, qui se voudront entraînantes en club, évoquent vaguement une chanson dance basique de Calvin Harris. Tout cela manque un peu d’âme, surtout dans les répétitions artificielles façon disque rayé. It Should Be Easy aurait, en fait, probablement été plus à sa place sur l’album de Will.i.am (ou, en ce qui me concerne, à la poubelle).

5. Tik Tik Boom (feat. T.I.)

You’ve got a sex siren in your face / Let me get upon it (…) Baby, make me / Tick tick tick tick tick tick boom : un titre mid-tempo et sexuellement direct, faute d’être très explicite. La mélodie est assez oubliable, le pont rappé de T.I. est en fait le moment le plus réussi. On reconnaît la patte musicale d’Andre Lindal, qui a officié précédemment pour Justin Bieber et Nelly Furtado.

6. Body Ache

Deuxième titre sur lequel Guetta a mis les pattes, et toujours Will.i.am en co-producteur. On dirait Hold It Against Me mixé avec des chutes d’un des derniers albums des Black Eyed Peas / le pont de Scream & Shout entre les fins de refrains « it’s Britney Bitch » et les reprises des couplets. Le son EDM est d’un cliché affligeant, mais l’ensemble se tient plutôt bien et, avec le bon matraquage, peut marcher.

 

 

 

Dance Slave 4 U

 

 

 

7. Til It’s Gone

Le troisième single envoyé en radio par Britney pour l’exploitation de ce huitième album studio aurait été un très très bon titre dance quand elle avait 20 ans. Aujourd’hui, on dirait un single de Jennifer Lopez dernière période, et on se demande avec angoisse quand va surgir la voix de Pitbull au détour d’un couplet. En boîte, ça va très bien prendre, et même si la Spears n’a plus aujourd’hui l’énergie pour promouvoir rageusement un tel single à travers les plateaux télé du monde entier, on croise les doigts pour un bon clip, car ce sera l’un des tubes dance du premier trimestre 2014. En tout cas, c’est la bombe dance contagieuse de l’album, son Toxic ou son Till The World Ends de 2013.

 

 

8. Passenger

Oh on dirait un titre de Katy Perry, cette intro. Oh le refrain aussi, avec ses chœurs et ses harmonies en fond sonore et cet esprit conquérant. Normal, puisque Katy Perry a co-écrit Passenger. Un des titres les plus dans l’air du temps de l’album, pas assez puissant pour sauver les meubles si l’album se plante sur ses premiers singles et que Britney décide de le sortir en fin d’exploitation, toutefois.

9. Chillin’ With You (feat. Jamie Lynn)

Ouais bon, un duo de frangines, c’est mignon, quoi. Après avoir aussi enregistré un duo sur Bangerz, l’album de Miley Cyrus, on a un peu l’impression que Britney passe le flambeau aux jeunettes qu’elle a décidé d’adouber. Ce titre, où la présence de Jamie Lynn est assez anecdotique (tout juste remarque-t-on qu’elle a un peu moins la voix geignarde que sa grande sœur), alterne entre un couplet teen pop niais et un refrain dance assez agressif, qui crée un contraste bizarre mais intéressant. Je n’y vois pas un gros potentiel en radio, mais ce n’est pas aussi raté qu’on eût pu le redouter, pour un duo népotiste.

 

10. Don’t Cry

Oh mon Dieu… Mais… C’est la VOIX de Britney, sur les couplets ??? La construction de la chanson est intéressante, entre le sifflet de western, les percussions qui rythment doucement le titre, et son ambiance de rupture post-apocalyptique (This is going to be our last goodbye/ Our love is gone but I’ll survive / Hide my tears and dry my eyes / You don’t need to see me cry), ce sera un bon titre de clôture pour son spectacle à Vegas, avec le public qui tapera des mains en rythme et/ou allumera les briquets.

Britney promo

11. Brighest Morning Star

A partir de la piste 11, on arrive dans l’édition Deluxe de l’album : des titres bonus n’ayant aucune chance d’être exploités en single. L’identité musicale change radicalement sur ce titre, où, surprise, Will.i.am n’est plus là et cède la  place à Dr Luke à la production. Le titre n’a aucun potentiel en club, mais avec un remix ?  La chanson est romantico-sage, on sent qu’elle s’adresse à ses enfants (You’re my brightest morning star / You’re my light when it gets dark). Titre assez mignon.

 

 

12. Hold On Tight

Un titre assez oubliable, au refrain faible et aux couplets quasi-inexistants, signé Kool Kojak, un mec qui a bossé avec Yelle et Icona Pop, mais sans être capable de leur pondre un hit. On est toutefois, musicalement, dans une direction plus intéressante que la synth-pop déjà entendue mille fois que Will.i.am a imposée en trustant les pistes principales de l’album.

 

 

13. Now That I Found You

Les paroles sont signées du chanteur de The Script, et c’est vrai qu’on dirait un titre de boys band, mais chanté par une fille. Les couplets cachent une jolie montée en puissance qui explose dans un refrain dance, qui rappelle les tubes actuels d’Avicii. Will.i.am, de retour à la production sur ce dernier titre, n’a pour une fois pas trop collé de vocoder, ni de synthés rachetés à Fergie.

 

 

14. Perfume (The Dreaming Mix)

Un remix assez inutile du deuxième single de l’album, qui ne donne pas spécialement de pep’s club au titre (un comble). What’s the point ?

Au total, Britney Jean est un album assez court (50 minutes en version Deluxe, 36 minutes seulement dans sa version simple 10 titres), qui déçoit un peu dans la mesure où, après le semi-échec de Feignasse Fatale, on attendait un album de rebond et de remise en question. Ici, aucun titre très puissant, et une grosse présence des producteurs et des sons omniprésents du moment, dont Britney a souhaité s’entourer, probablement pour se rassurer et pour l’appuyer dans son premier vrai gros effort de songwriting (elle est créditée comme co-auteur de tous les titres – elle ne s’était tout simplement jamais autant investie dans la conception d’un de ses albums depuis dix ans). Comme sur son prédécesseur Femme Fatale, l’absence de grosse locomotive single susceptible de faire l’unanimité auprès de sa fanbase (comme à l’époque – lointaine – où elle en vendait 10 millions d’exemplaires à chaque fois) risque de pénaliser le succès de l’album à moyen terme. Britney a eu envie et a fait des efforts (il y a quand même 5 ou 6 bons titres), mais elle nous propose une collection de chansons assez rouillée, avec pour certaines une sensation de déjà-entendu. En résumé, un album assez oubliable, mais qui devrait pondre deux-trois singles potables, et servir de prétexte à lancer la résidence de Britnouille à Las Vegas (deux ans à s’enterrer au Nevada, une décision qui reste discutable à son âge, même avec autant d’albums au compteur), où elle ne chantera de toute façon probablement que les titres de son best of de 2004. Un album à l’abord plus creux que ce que la chanteuse nous a annoncé lors de sa (maigre) tournée de promotion, aussi, mais on lit ici ou là que, comme pour son troisième album Britney en 2001 (un autre opus assez creux, en dépit du single « renouveau » Slave 4 U), il s’agit d’un album de transition pour l’artiste, entamant un changement d’image : de la girl à la woman hier, de l’épave people à la fille normale qui veut juste danser aujourd’hui. Rendez-vous dans deux ans.

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