Avec quatre ans de retard (si peu) : Dollhouse

 

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Je ne suis pas un inconditionnel de Joss Whedon, et j’ai d’ailleurs abandonné Agents of S.H.I.E.L.D. au bout de trois épisodes, tant je suis insensible à l’univers Marvel, et surtout tant j’avais l’impression de regarder une version friquée de Sydney Fox l’aventurière (mais avec un fil rouge SF dont je n’avais rien à battre) (d’ailleurs, que devient Tia Carrere ?). Par contre, je reconnais au bonhomme un talent de conteur et une belle volonté coriace à réhabiliter les genres de la série B en leur redonnant des lettres de noblesse. Il est malaisé de calculer combien, mais peu risqué d’affirmer que la pop culture mondiale de 2014 doit forcément beaucoup à un type qui a adapté l’univers des vampires aux codes ados, mis les pattes dans le scénario de Speed ou de X-Men, remis les odyssées spatiales au goût du jour avant Battlestar Gallactica ou le reboot de Star Trek (Firefly, Serenity), ou réalisé l’un des films les plus rentables de l’histoire du cinéma. Joss Whedon est l’un des artisans majeurs de l’avènement de la culture geek à son niveau mainstream actuel.

 

Mais ce n’est pas pour autant que je lui signe un chèque en blanc ou que je le suis les yeux fermés dès qu’il pond un nouveau projet (je suis pas geek du tout) (mais alors, du tout du tout) (et pas spécialement adorateur de Joss Whedon, donc). C’est ainsi que, depuis Buffy, j’ai à peu près loupé tout ce qu’il a fait, et j’étais largement passé à côté de Dollhouse, un projet maintes fois évoqué avant sa sortie en 2009, devenu une série maudite de 2 pauvres saisons, avortée par son diffuseur (la Fox) avant même sa mise à l’antenne, puisque placée sur l’horaire, catastrophique pour une série aux Etats-Unis, du vendredi soir à 21h. Il faut dire qu’à l’époque, la chaîne mise son prestige sur le lancement de Glee et le succès de Fringe, de JJ Abrams (plus à la mode que Whedon à ce moment-là). Malgré des audiences (logiquement) merdiques, la série a ensuite été renouvelée pour une saison 2… dont la diffusion a été interrompue après 4 épisodes (les neuf restants ayant été bazardés à l’antenne par paquets de deux en plein mois de décembre) : prévue à l’origine pour durer au moins cinq saisons, la série de Joss Whedon a donc fini en eau de boudin, sortant par la petite porte début 2010, même si son créateur, sentant que son diffuseur l’avait lâché, a tenté de boucler son intrigue et de délivrer un final correct.

 

 

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Depuis, et même si les audiences n’ont jamais décollé, Dollhouse se trimballe une image de série devenue culte post mortem, de grande épopée malade et mal-aimée, qui aurait pu starifier la malheureuse Eliza Dushku au-delà du cercle des fans hardcore de Buffy mais l’a surtout remise au chômage après son passage à vide post-Tru Calling. Ce qui m’y a intéressé au final : rien du tout. En fait je ne suis pas celui qui était supposé s’y intéresser. Cette année, j’étais un peu emmerdé pour trouver un cadeau de Noël potable à l’Homme (qui a tendance à en faire quinze par personne), et vu qu’il m’a doublé sur à peu près tous les achats que je comptais faire (en les faisant avant moi) (je comprends enfin pourquoi mon entourage trouve cette habitude très chiante chez moi), j’ai fini par me rabattre sur la passion de sa laïfe : Buffy Summers. Les cadeaux en rapport avec le buffyverse n’étant pas si nombreux que ça, j’ai élargi mes critères au Whedonverse et ai fini par tomber sur cette série maudite, avec Faith au générique donc bon, ça devait aller.

Et bah c’est pas mal du tout, vu qu’on s’est binge watché les 26 épisodes en 4 jours.

Le pitch, selon Allociné :
Au sein d’un programme top secret, des hommes et des femmes sont programmés pour remplir des missions spécifiques. Ces dernières peuvent être d’ordre romantique ou physique mais aussi les faire entrer dans l’illégalité. Pour qu’ils remplissent à bien leurs différents contrats, on leur programme à chaque fois une nouvelle personnalité, des capacités et des mémoires différentes. Après chaque mission, leurs souvenirs sont effacés et ils retournent au laboratoire secret nommé Dollhouse. Dans cet étrange univers, Echo, une jeune doll, voit ses souvenirs refaire peu à peu surface…

 

 

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Bon, concrètement, la dollhouse est une prison de luxe dont les pensionnaires sont lobotomisés puis « reprogrammés » en permanence pour satisfaire les lubies de riches clients. C’est donc une forme de prostitution (même si les prestations livrées ne sont pas forcément sexuelles), mais surtout du trafic d’humains, dans la mesure où les dolls ne se souviennent pas de leur véritable identité ni des raisons qui les ont amenées là, et n’ont pas connaissance, lorsqu’elles sont à leur état « pur » (c’est-à-dire sans aucune personnalité implantée) d’un monde en dehors de celui où elles vivent, pas plus qu’elles n’ont de libre arbitre, d’ailleurs.

Alors évidemment, tout n’est pas aussi manichéen que ça en a l’air, et la série va s’attacher à comprendre comment les dolls en sont arrivées à travailler là, et dans quelle mesure les employés (libres) du personnel de la dollhouse sont criminels ou protecteurs.

Joss Whedon, après Buffy contre les vampires, apprécie en tout cas les grandes quêtes existentielles métaphoriques, et mobilise à nouveau ici des thèmes qui ont fondé les réflexions au cœur de son œuvre : l’élue, le protecteur, la famille que l’on se crée, les changements d’identité, les nerds qui manipulent des jolies jeunes femmes, les alliances de circonstance, la volonté d’aller à l’encontre de son destin, l’héroïne qui ne parvient pas à être le parangon de vertu qu’on attend d’elle, l’amour impossible (ou du moins contrarié) avec quelqu’un de « l’autre camp », les gentils de toujours qui peuvent devenir le big bad et vice-versa…

La série aurait pu être réussie si Fox lui avait donné une vraie chance, non pas en termes de moyens mais bien de durée. Le final est assez réussi mais tombe bizarrement trop vite (alors que presque toute la saison 2 dirige vers ce final), sonnant presque bâclé : on sent la charge émotionnelle forte qu’il aurait pu y avoir si les relations, rivalités et histoires d’amour avaient eu davantage de temps pour s’installer, mais là, on est un peu frustré. On entrevoit la belle mythologie qui aurait pu être développée sur 4 ou 5 saisons, et toutes les questions éthiques que ces saisons auraient pu aborder pour rendre le combat final plus épique. Dommage, donc, car on perçoit assez clairement la série cyberpunk culte que Dollhouse aurait pu être si diffuseur et téléspectateurs n’en avaient pas juste attendu un Faith contre les cyborgs.

Restent des défauts inhérents à l’univers des séries B : quelques acteurs sont médiocres, une partie des « engagements » de l’héroïne Echo sont largement discutables en termes de besoin (la plupart du temps, lui implanter la personnalité de Sydney Bristow suffirait largement, ou bien ses clients pourraient, dans bien des cas, embaucher une vraie call girl ou un vrai garde du corps), certaines situations frisent le ridicule – Topher qui reçoit les courbes de signes vitaux des dolls en direct mais qui n’est pas capable de les géolocaliser, le protecteur supposé se trouver à moins de trente mètres de sa doll en permanence en cas de pépin, mais qui met évidemment deux plombes à intervenir quand ledit pépin survient (sachant que bon, si tout roulait, y’aurait pas de série, hein)… Mais le tout se laisse regarder avec une certaine fascination, et quand on voit le final (qui se passe dix ans après l’avant-dernier épisode), on se prend à imaginer tout ce qu’on aurait pu voir ou comprendre en deux ou trois saisons supplémentaires, que ce soit sur les implications morales d’une technologie d’effacement et de remplissage de mémoire humaine, ou sur les relations entre les personnages. Pas une grande série, Dollhouse est surtout une série malade de son manque de téléspectateurs, et de l’ambition que la Fox n’a pas eu pour elle.

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