Disney reconquiert l’hiver

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Frozen. Le titre anglais était si joli. Mais en France, on a besoin que ce soit perçu comme un conte de fées du XVIIIème siècle pour se dire que c’est magique, alors on l’a appelé La Reine des Neiges. Un titre bien Grimm, bien Andersen, bien magie pour enfants premier degré. Mais il faut dire que le film en avait besoin. Ici, on n’est pas chez Pixar, à creuser le sillon de la modernité ou des problématiques sociétales contemporaines (Wall-E, Up, Toy Story) pour en faire un divertissement de masse destiné à ravir aussi bien les enfants que les plus grands, en véhiculant des réflexions subtiles sur le monde dans lequel nous vivons : ici on est chez Disney, le royaume de la magie et de l’amour comme valeur universelle qui peut tout, endure tout, sauve tout. On est dans un conte de fées. Frozen / La Reine des Neiges est d’ailleurs adapté (assez librement) du conte éponyme de Hans Christian Andersen publié en 1844. Du coup, et c’est le bruit de fond qui bourdonne le plus clairement autour de ce film depuis sa sortie, la plupart de ceux qui l’ont vu estiment que La Reine des Neiges est le premier « vrai » Disney de Noël depuis un bail.

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Le pitch : Anna, une jeune fille aussi audacieuse qu’optimiste, se lance dans un incroyable voyage en compagnie de Kristoff, un montagnard expérimenté, et de son fidèle renne Sven, à la recherche de sa sœur, Elsa, la Reine des Neiges qui a plongé le royaume d’Arendelle dans un hiver éternel…  En chemin, ils vont rencontrer de mystérieux trolls et un drôle de bonhomme de neige nommé Olaf, braver les conditions extrêmes des sommets escarpés et glacés, et affronter la magie qui les guette à chaque pas.

Ici, pas de vrai méchant clairement identifié, ni d’allusions plus ou moins subtiles au monde contemporain pour donner un double niveau de lecture au film : il s’agit bien d’un récit initiatique autour d’une jeune princesse aventureuse et de sa sœur, qui a perdu confiance en sa magie et qu’elle doit sauver d’elle-même. Comme dans tout bon Disney, des seconds rôles sont dédiés aux aspects comiques de l’intrigue, et c’est l’amour qui sauve la mise à tout le monde à la fin.

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Les aspects positifs de tout cela, c’est qu’en dépit d’un côté très premier degré, donc, La Reine des Neiges a retenu les leçons des « échecs » de Disney depuis quinze ans (hors Pixar) en mettant en avant des héros plutôt dynamiques, voire comiques, dans un récit sans temps mort qui les voit alterner les moments d’action pure et les phases plus calmes lors desquelles ils se découvrent, se vannent, font preuve de maladresse ou d’anti-glamour (il est question de gaz, de puces, de gens qui ne se lavent jamais… bref, que des trucs rigolos mais pas trop adultes pour faire rire les enfants). Le musical était passé de mode, ringardisé par les succès de la nouvelle animation façon DreamWorks et Pixar, plus adulte sans compromettre le public-cible, moins gnangnan, plus drôle : Disney a donc agrémenté ses numéros musicaux de séquences amusantes et de scènes d’actions très réussies, qui manquaient un peu, par exemple, à des chefs d’œuvre comme La Belle et la Bête ou Pocahontas, qui ne décollaient pour ainsi dire jamais de leur climat dramatique et du destin tragique qui planait au-dessus de leurs héros. Autre point positif : l’intrigue amoureuse est secondaire et ce n’est pas l’amour d’un homme qui sauvera la princesse Disney, pour une fois. La firme de Burbank a osé sortir (un peu) de sa zone de confort. On sent ici l’influence de la pop-culture plébiscitée par les préados depuis dix ans : il y a du Dreamworks, du Pixar, du Harry Potter (le récit initiatique, l’obscurantisme face à la magie), du Shrek (animaux rigolos et/ou relous accompagnant le héros), du Glee (chansons « à voix », Idina Menzel et Jonathan Groff au générique, Demi Lovato sur la B.O.) et même du Buffyverse (à travers les compositions de Christophe Beck, déjà responsable avec Joss Whedon des chansons de Once More, With Feeling) dans La Reine des Neiges.

 

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Les aspects moins reluisants, ou plutôt moins séduisants, à mon sens : c’est trop bien huilé. On VOIT toutes les ficelles. On a l’impression de regarder un cahier des charges des produits dérivés qui vont inévitablement découler du film (joli succès au box-office américain en dépit de l’ombre du géant Catching Fire). L’adorable Olaf qui fera un si adorable bonhomme de neige en pièces détachées de plastique façon Monsieur Patate. Anna et Elsa qui se déclineront si bien en poupées mannequins. Le palais glacé et les pistes enneigées qui rendront très bien dans une attraction de Disneyland. Les chansons et les scènes-clés du film qui crient tellement, mais tellement, « on a été écrites pour être adaptées à Broadway en 2015″… Bref, ça a du charme, c’est très très bien fait, drôle et rythmé, c’est un très beau produit. Mais on n’arrive pas (en tout cas, pas moi) à se détacher de l’impression que c’est un produit, qui existe plus comme prétexte à générer des revenus dérivés (des suites au cinéma me semblent tout à fait envisageables) que comme œuvre. C’est le système Disney en marche. Ça ne me gêne pas en soi, hein, je sais bien que c’est incontournable, de rentabiliser un film sur le long terme avec l’exploitation de produits parallèles, mais là j’avais vraiment l’impression de regarder une vitrine, un showroom uniquement destiné à me faire rêver, non pas tout court, mais bien rêver de ce que La Reine des Neiges pourrait devenir en tant que produit de consommation.

  Peut-être n’ai-je simplement plus l’âme assez innocente pour simplement regarder un Disney de Noël et me contenter de kiffer, sinon. D’ailleurs je n’ai pas d’âme.

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