Les filles de la pub

 

Ouch. On connaît le cliché de la femme ni-ni, et le petit stratagème employé par Octave Parango dans 99 Francs pour imposer sa copine Tamara dans une pub pour du yaourt (proposer une fille métisse à l’annonceur, qui s’exclame « Non mais qu’est-ce que c’est que cette noire ? »). Pénélope Bagieu a profité de son intervention lors d’une soirée de mobilisation contre le racisme organisée le 2 décembre au Théâtre du Rond-Point pour raconter une anecdote, assez similaire dans le fond, qui déroule le mode de pensée et le racisme ordinaire que la pub flatte et entretient, non pas par véritable mauvais fond, mais par sa bête et méchante nécessité de plaire au plus de monde possible, de ratisser large, de ne surtout pas gêner la sensibilité du consommateur, dont il serait trop bête de se priver du pouvoir d’achat juste parce qu’il est un peu raciste, m’sieurs-dames. Ou comment on se retrouve, toujours, avec des pubs lisses, merdiques, pas marrantes, juste parce que la différence, c’est flippant, c’est clivant, faudrait pas déranger les racistes, les grossophobes ou les misogynes dans leur confort intellectuel. L’objectif, c’est de vendre de la lessive, des plats cuisinés ou des appareils électro-ménagers (à très court-terme, donc), pas de changer le monde, d’essayer d’être disruptif ou de dépasser les préjugés. Le pire, c’est qu’à chaque diapositive de son Powerpoint, je voyais pourquoi l’annonceur allait dire non, en une demi-seconde, avant que Pénélope Bagieu n’ait eu besoin de l’expliciter (et encore, même la rousse retenue à la fin, ça m’a presque étonné). Preuve que, même si on voudrait se croire au-dessus et, en bossant dans le secteur concerné, s’imaginer capable de faire bouger les lignes, cette manière de réfléchir est bien plus implantée qu’elle en a l’air, et que bien qu’on la dénonce, on ne s’étonne même plus qu’elle existe.

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