Polémique à deux balles : Orlando Bloom n’a pas lu Le Seigneur des Anneaux (et on s’en fout)

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Orlando Bloom est ce qu’on appelle un acteur bankable. Pas une superstar omniprésente dans les médias, mais entre les franchises Le Seigneur des Anneaux et Pirates des Caraïbes, et quelques succès plus discrets (Kingdom of Heaven, The Three Musketeers, Troy), il a généré (ou plutôt contribué à générer) plus de 2 milliards de dollars au box-office mondial en quinze ans. En ce moment, il est en pleine tournée promotionnelle, entre la sortie en salles de Zulu et celle, plus attendue, du deuxième volet de The Hobbit. A cette occasion, l’acteur a révélé sur le plateau du Jimmy Kimmel Live que, alors qu’il en avait débuté la lecture, son goût pour les filles avait pris le dessus et qu’il n’avait donc jamais terminé de lire Le Seigneur des anneaux de JRR Tolkien. Du coup, il a déclenché un torrent de tweets indignés, les uns jugeant décevant qu’il interprète Legolas, un des principaux héros de la saga, sans avoir lu le livre, les autres estimant que son excuse était un peu débile, draguer des filles n’ayant jamais empêché personne de lire. C’est la première critique que je trouve bête, dans la mesure où Bloom est acteur, pas scénariste ni réalisateur.

Dans la même interview, Orlando Bloom a confié s’être totalement fié à Peter Jackson pour les adaptations de Tolkien, pour être fidèle à l’œuvre et aux fans. Et il a raison. Son boulot, à lui, c’est de lire le script et de le restituer correctement à l’écran, grâce à son talent naturel mais aussi grâce à la direction de Peter Jackson et de ses équipes. Le boulot de Bloom ne consiste pas à lire Le Seigneur des Anneaux, ni même à en être fan. C’est au scénariste d’avoir lu l’œuvre qu’il adapte, pas à l’acteur. Cette vague d’indignation s’inscrit dans cette idée, plutôt absurde, qui voudrait que les acteurs soient des fans, hyper investis dans l’univers littéraire auquel leur boulot à l’écran les confronte. On ne s’est jamais demandé si Renée Zellweger avait vraiment lu Le Journal de Bridget Jones, si Meryl Streep avait dévoré Le Diable s’habille en Prada ou si Christian Bale s’était fadé American Psycho (et quand bien même, quand elle est posée, la question l’est en coup de vent, sur un plateau de talk-show, et personne ne va aller vérifier) : ils ont lu leur script, éventuellement ils se sont un peu intéressés à la mythologie entourant leur personnage, au matériau pré-existant à leur performance, et c’est très bien. Estimer que l’acteur doit avoir lu l’œuvre d’origine, c’est le mettre en position de discuter la vision et la retranscription visuelle qu’en feront les scénaristes. Ce peut être une bonne chose (pied d’égalité créatif entre les différents membres de l’équipe de tournage), mais ne pas avoir lu le livre n’est pas non plus un passage obligé pour l’acteur. C’est presque mieux, d’ailleurs, dans la mesure où cela lui donne le moins de préjugés possible sur son personnage, dont l’adaptation à l’écran, telle que le réalisateur l’aura imaginée, sera peut-être très éloignée du livre. On se demande toujours ce qu’aurait donné l’adaptation de L’Écume des Jours par un autre cinéaste que Michel Gondry, mais on est sûrs d’une chose : ç’aurait été différent. Le travail qui fait de Legolas ce qu’on voit à l’écran depuis plus d’une décennie n’est pas seulement le travail d’Orlando Bloom : c’est le travail du script, du réalisateur, des maquilleurs, des décorateurs… Et s’il y en a bien un, dans tout ça, qui n’est pas obligé d’avoir lu l’oeuvre originale, qui peut se contenter de lire son texte et de faire, au bout de la chaîne créative, ce qu’on lui dit de faire juste avant de crier « Action ! », c’est bien l’acteur.

Si Orlando Bloom n’a pas lu Le Seigneur des Anneaux, c’est peut-être parce que c’était trop long, que ça lui tombait des mains, ou simplement qu’il a préféré, jusqu’à présent, faire autre chose que lire des pavés de plus de 1000 pages. Cela tombe bien, ce n’est pas son job. Et on ne peut pas le soupçonner d’avoir fait un moins bon boulot d’interprétation de Légolas juste parce qu’il n’a pas lu le livre : ce n’est pas à John Ronald Reuel Tolkien, mais à Peter Jackson de lui fournir son matériel de travail.

 

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