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miley ema 2013

 

2013, année du malaise

« Arrivent alors avec leur pelle et leur pioche ceux qui ont déjà décidé d’enterrer le genre pop sans cérémonie. Des magazines aux sites web pour jeunes gens modernes, tout le monde n’a plus que ce mot à la bouche : l’after-pop. Ce nouveau terme journalistique prétentieux met en lumière le ras le bol général du petit peuple envers le bling bling, la culture des divas et leurs fans insupportables, les productions en plastique, le storytelling autour d’une poignée de princesses opulentes qui ne pensent qu’à siphonner le porte-monnaie des gays et des petites filles. L’after-pop, c’est déjà demain, et c’est surtout maintenant : Lorde, avec ses 9 semaines consécutives en tête du Billboard, est l’exemple de l’artiste after-pop par excellence, qui a bâti son succès autour de la détestation des mythes de la pop culture contemporaine. »
(Boulevard des Hits, 09.12.2013)

 

L’after-pop, j’avais vaguement vu passer le terme quelque part, et c’est peut-être ça qui fait que je ne comprends pas les succès de Beyoncé ou de Justin Timberlake, qui ont troqué les bangers et les hits NRJ pour des albums de R’n’B lounge respectable qui m’ennuient à mourir, tandis que le créneau des hits pour teenagers est désormais squatté tantôt par des one hit wonders pas très novateurs (suivez mon regard), tantôt par des trouvailles pseudo-indés post-Fluokids, qui semblent créées de toutes pièces pour séduire la presse musicale ou les blogs (Lana Del Duck, Lorde, Gotye, Icona Pop)… Est-ce la fin du système Britney ? Des « princesses opulentes qui ne pensent qu’à siphonner le porte-monnaie des gays et des petites filles », au rythme d’un album tous les deux ans, trois singles et autant de clips matraqués sur MTV, et l’illusion de vendre autant d’albums que Michael Jackson ? C’est peut-être, culturellement, la transition qui va me faire dire adieu à l’adolescence, et entrer dans la trentaine. Et me demander : est-ce que mes ainés ont dû, eux aussi, dire adieu à un système, il y a dix ou quinze ans, qui les a amenés à se sentir largués et vieux cons ? Ou bien est-ce seulement ma génération, et les circonstances particulières d’une industrie musicale qui accélère sa mutation ?… Le bad, en tout cas.

Grosse, 5 choses que vous pensez savoir sur moi au premier coup d’œil

« Parfois, des inconnus me glissent à l’oreille : Moi, je préfère les vraies femmes, celles qui ont des rondeurs. Qui a envie de faire l’amour à un tas d’os ? Ou des amis lancent, quand on parle entre nous : Non mais de toute façon, elle est trop mince, une femme ça doit avoir des courbes ! Petit scoop : une femme ça ne doit rien du tout. Les vraies femmes sont grandes, petites, minces, grosses. Les vraies femmes, tout comme les vrais hommes, existent dans toute une diversité de silhouettes, et c’est ça qui est bien. »
(Le Huffington Post, 12.12.2013)

 

 

Amen. Le monde est déjà bien assez normatif comme ça, sans que les compliments et flatteries que l’on mobilise pour aller à contre-courant des diktats culturels et/ou se prétendre anti-conformistes n’aillent, en plus, enfermer d’autres gens que ceux à qui on les adresse dans des cases bien commodes. Oui, il y a les enjeux de santé autour de l’obésité, modérée ou sévère, mais que ce soit pour en dire du bien ou du mal, encourager quelqu’un à améliorer son hygiène de vie pour améliorer sa santé, il faut y aller avec des pincettes, se demander si on ne devrait pas se mêler de nos affaires, essayer de comprendre la personne qui est en face de nous, ne pas se montrer condescendant. C’est assez délicat en fin de compte, mais on oublie trop facilement que les visages qui nous font face cachent, comme le nôtre, un cerveau plein de profondeur, de subtilités, de contradictions, de complexes, de vécu, de défauts assumés et d’atouts mal cernés. Asséner à quelqu’un qu’il/elle a raison ou tort d’avoir de l’embonpoint, c’est déjà émettre un jugement sur lui, sur elle, ou sur d’autres, et sur ce qui est bien ou mal dans la manière dont on gère notre physique. Et c’est déjà bien assez compliqué quand ce n’est pas commenté.

 

 

 

Ma classe de 3e, dix ans après : notre avenir était écrit sur nos têtes

Tout prend racine dans un collège de province, pas très loin d’Orléans. L’endroit est lambda, sans histoires : ni boîte à bourgeois, ni traquenard déclassé. Ce sont des rumeurs douces qui font frémir la cantine : les petits durs dealent de l’herbe derrière le local technique, le chef des caïds a le doigt imprégné de cyprine, machine s’est éclairée le fond de la boîte avec une lampe de poche… On ne parlait pas encore de « mixité sociale », mais nos différences flottaient dans l’air comme un non-dit, une donnée qui ne signifiait pas encore grand chose, si ce n’est une complicité plus ou moins appuyée avec les profs. Et puis tout doucement, la séparation s’est faite. Certains parlaient du brevet comme d’un point final. A ceux-là, le conseiller d’orientation distribuait des plaquettes cartonnées sur les apprentissages, le CAP, la seconde professionnelle. Sur les photos, les types avaient la gueule ensoleillée et du bonheur plein les doigts. « Tu verras, c’est très bien pour toi. »
(Rue89, 10.12.2013)

 

 

 

Outre ses aspects bien déprimants et sa démarche révélatrice de ce qu’est, de plus en plus, le journalisme sociétal parisien (en gros, au lieu d’enquêter, d’aller sur place, de raconter une réalité dans laquelle on est allé s’immerger – pas le temps, on regarde autour de soi dans son bureau, et on rameute des potes par téléphone ou par réseaux sociaux pour aller interroger un ami d’ami, une vague connaissance ou un contact de contact) (ici, en caricaturant, le mec a pris sa photo de classe de 3ème retrouvée au fond d’un tiroir et a probablement recontacté les losers de l’époque via Facebook ou Viadeo pour voir s’ils ont réussi à partir vivre la grande vie ou s’ils sont restés à moins de 20km de chez leurs parents) (c’est sûr, ça rassure quand on rame tranquillement à Paris à moins de 2000 euros nets, de se dire que la fille de la boulangère engrossée à 19 ans s’en sort encore moins bien), cet article a beaucoup tourné, et beaucoup fait parler, à cause de l’impression de déterminisme social qu’il véhicule dès son titre. Branleur et pas fils de prof ou de cadre = la lose d’office. Si je sais bien que la reproduction sociale existe (et moi-même n’y ai pas tant échappé que ça), ériger une classe, quand bien même « lambda, sans histoires : ni boîte à bourgeois, ni traquenard déclassé », en modèle-type du devenir scolaire, peut s’avérer dangereux. Parce que, évidemment, si on publie ce genre d’article sur un média national (ce qu’est Rue89 – même si la notion de pure player rend floue cette dimension nationale), on lui donne une résonance de témoignage-clé, de reflet d’une réalité qui concerne tout le monde. Ma suggestion : au-delà de l’article un peu opportuniste de rebond/contre-point de vue, que chacun des journalistes de Rue89 fasse, à tour de rôle, le même exercice avec sa propre photo de classe de 3ème. Ne serait-ce que pour voir si le déterminisme se dessine partout et si, peut-être, en accumulant les données et les infos, on peut en dégager des idées pour le dépasser.

 

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