Considérations sur les midseasons et les spoilers

homeland the star

 

ATTENTION CET ARTICLE CONTIENT DES SPOILERS SUR LES DERNIERS EPISODES DE HOMELAND, SCANDAL, REVENGE OU ENCORE ONCE UPON A TIME !
ATTENTION CET ARTICLE CONTIENT DES SPOILERS SUR LES DERNIERS EPISODES DE HOMELAND, SCANDAL, REVENGE OU ENCORE ONCE UPON A TIME !
ATTENTION CET ARTICLE CONTIENT DES SPOILERS SUR LES DERNIERS EPISODES DE HOMELAND, SCANDAL, REVENGE OU ENCORE ONCE UPON A TIME !

 

Quel est le bon délai pour parler d’un épisode de série ? Pas dans la semaine, en tout cas. Si, pour les films, il y a un vague consensus sur le fait que, quand le film a plus de cinq ans, on peut considérer que n’importe quel internaute a pu tomber sur les détails de l’intrigue et les twists finaux, pour les séries c’est un peu moins clair : six mois après la diffusion US ? Un an ? Quand l’épisode a été diffusé sur Canal + ? Quand il en est à sa deuxième diffusion sur la TNT ? Quand même un magazine de France Télévisions en a parlé ?

 

Si je te dis « Red Wedding », « Final de Dexter », « Not Penny’s boat » ou « Qui est la mother », et que tu es fan de séries US, les chances que ça ne te dise rien, que tu aies échappé aux informations auxquelles ça renvoie, est mince, même si tu ne regardes pas les séries en question. Ou alors, tu as eu une vraie démarche volontariste d’évitement de TVLine, de Vulture, de Slate et de toute la blogosphère séries.

Pour ceux qui veulent parler, se remémorer des souvenirs ou partager théories et infos exclusives, on ne sait plus trop, aujourd’hui, si le format « fermé » des forums spécialisés est bien le meilleur endroit où se rendre : reviews, articles d’analyse et autres compilations des meilleurs tweets outragés à la suite d’un cliffhanger douteux sont légion sur le ouèbe pas complètement 2.0, du moins celui fréquenté par les amateurs du genre.

Du coup, je me suis vraiment demandé si je devais faire cet article, là comme ça, quelques jours après la diffusion des épisodes concernés, mais en même temps je me prémunis contre les critiques en collant un triple ATTENTION SPOILERS à l’entrée, alors… C’est que, bon sang, je mourais d’envie d’en parler.

 

 

homeland 3x12

 

Homeland a achevé sa saison 3 ce dimanche 15 décembre, avec ce vers quoi la série toute entière semblait tendre depuis le début : (la rédemption par) la mort du sergent Nicholas Brody, figure tragique dont l’esprit torturé, ravagé par des années de captivité et des mois d’obédiences changeantes, ne pouvait pas vraiment (en tout cas, pas de manière crédible – et Homeland tient beaucoup à sa crédibilité jusqu’à présent) connaître de happy ending. Pourtant, on y a cru, quand au début de ce season finale Brody réussissait quasi-miraculeusement, avec un timing millimétré, à s’échapper de l’IRGC et à fuir avec Carrie dans le désert iranien. Mais quelque chose de lourd pèse déjà sur l’épisode, du regard vide de Brody dans le vague lorsqu’il confesse être né dans le désert (façon « la boucle est bouclée, je vais y mourir aussi ») à l’imbroglio administratif qui se joue à Langley pour mettre en place l’extraction des deux héros. Brody est apathique, vidé, il fait le bilan de sa place dans le monde et, accessoirement, des ablutions (se laver de ses fautes, le sens de tout cela)… En fait cela sentait la fin pour lui, quoi. Si l’on ajoute à cela le blind item publié sur TVLine en octobre qui indiquait qu’un producteur venait de faire un gros coup en débauchant de sa série un acteur principal de premier plan (mais dont il ne pouvait révéler l’identité au risque de spoiler la presse quant au futur sort du personnage en question – sa mort, donc), c’était difficile de ne pas envisager la mort de Brody cette saison. On avait juste imaginé qu’il ferait simplement une overdose d’héroïne à Caracas…

 

 

Outre le fait que c’était un épisode particulièrement dur et poignant (oui, j’admets avoir été ému par la scène finale un peu cliché de l’étoile), ce season finale soulève de nombreuses questions, puisqu’il tourne une vraie page dans l’histoire de Homeland. La série aura en effet une saison 4, mais de quoi y sera-t-il question, puisque la dynamique de la série tournait essentiellement autour de Carrie et de ses motivations concernant Brody (le démasquer, le retourner, le réhabiliter). Maintenant que Brody est mort, peut-elle poursuivre dans son obsession ? Essayer de laver son honneur post mortem (quand bien même cela semble diplomatiquement impossible) ?

 

 

 

Par ailleurs, les personnages restants sont à présent dispersés à travers le monde : Carrie à Istanbul, son bébé vraisemblablement à Washington, Saul à New York, sans vraie raison de se retrouver désormais, a priori… En fait, cette fin de saison 3 mettait fin à l’arc narratif consacré à Brody, mais n’aurait-elle pas dû mettre fin à la série… tout court ? Que sera Homeland sans Brody ? Les scénaristes ont-ils une vision pour Carrie au-delà de la disparition du héros ? La série peut-elle être autre chose que ce qu’elle a été jusqu’à présent (à savoir la love story et la rédemption sur fond d’espionnage d’un soldat déglingué) ? La quatrième saison bénéficiera au moins de l’effet de curiosité (quoique sceptique) que susciteront ces questions, lorsqu’elle débutera à la rentrée 2014.

 

 

 

Ce qui rend ce mois de décembre troublant, c’est que les séries dramatiques plus classiques (celles qui s’étalent sur 20 à 24 épisodes, de septembre à juin) proposées par ABC, nous ont exposés, dans les mêmes jours, à une forme similaire de « conclusion ».

 

 

ouat 3x11

 

 

Cette année, Revenge, Once Upon A Time, et Scandal, probablement inspirées par la construction mise en place sur les saisons de cette dernière depuis deux ans, ont décidé de spliter leurs saisons en cours en deux.

 

 

 

Chaque série a donc passé ses dix ou douze premiers épisodes à répondre à une ou plusieurs questions, plus ou moins posée dès l’épisode de rentrée :
Qui allait tirer sur Emily Thorne le jour de son mariage ?
Comment les héros de OUAT allaient-ils sauver Henry du Pays Imaginaire sans sacrifier leurs propres vies ?
What’s the fucking deal with Eli Pope ?

 

 

Et chacune a trouvé une conclusion plus ou moins satisfaisante, et généralement ouverte, à ces questions, dans son midseason finale. Victoria Grayson sera vraisemblablement accusée d’avoir tiré sur sa belle-fille, même si le plan a foiré. Eli Pope n’était pas si méchant que ça en fin de compte. Rumpelstiltskin a finalement accepté son destin en se sacrifiant pour son petit-fils. Et le tout bouclé entre septembre et décembre, s’il vous plaît. L’intérêt de ces mini-saisons dans la saison : deux intrigues fil rouge dans l’année, des épisodes plus denses, des histoires qui ne s’étalent pas indéfiniment dans le temps, moins d’épisodes « fillers » pour meubler le corpus de 24 épisodes…

 

 

revenge exodus

 

Le problème, c’est que, dans le cas présent, les conclusions de mi-saison proposées, notamment pour Once Upon A Time et Revenge, qui sont moins familières du format que Scandal, ressemblent à s’y méprendre à… des fins de séries. Comme pour Homeland, on se demande « et maintenant ? », certes, mais on a surtout l’impression confuse que les scénaristes ont grillé ce qui ressemble à leur cartouche de conclusion pour la série.

Je veux dire, si le pitch de Revenge était, dans sa première saison, « Before you embark on a journey of revenge, dig two graves », on s’est toujours demandé comment la série pourrait se terminer autrement qu’avec Amanda Clarke obtenant sa vengeance, mais en y laissant sa propre vie au passage… De même, quelle conclusion plus parfaite, plus douce-amère, pour Once Upon A Time, que ce « Happy endings are not always what you think they will be » : Emma et Henry, les deux seuls héros de la série appartenant au monde réel, gagnant le droit de mener la vie que les circonstances féériques leur avaient arrachée, même si cela doit les séparer de leurs proches ?

Alors, certes, ça n’empêchera pas les séries en question de reprendre début 2014 avec de nouveaux enjeux sous le pied, mais n’est-ce pas un peu couillon d’avoir lâché une option de final très potable en cours de route ? Surtout quand, contrairement aux années fastes, le renouvellement pour une saison 2014-2015 n’est pas du tout garanti ? Après tout, Revenge a perdu 2 à 3 millions de téléspectateurs en moyenne depuis sa saison 1, et Once Upon A Time pratiquement la moitié de son audience…

Il reste à Revenge, à Once Upon A Time et à Homeland une douzaine d’épisodes pour rebâtir leur dynamique… mais peut-être aussi pour y mettre fin, car rien ne garantit pour l’instant qu’elles seront renouvelées au-delà de cette douzaine d’épisodes déjà commandée par leurs diffuseurs respectifs. S’il est audacieux de leur part d’avoir lancé des game changers dans leur tambouille pour ne pas laisser s’éterniser une première conclusion qui aurait été pourrie trois saisons plus tard, je me demande si elles n’ont pas, aussi, été un peu présomptueuses dans leur manière d’envisager le temps dont elles disposaient encore pour nous offrir une nouvelle ère.

 

 

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