May the odds be ever in your favor

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Pulvérisant les records  depuis sa sortie aux États-Unis (meilleur week-end de Thanksgiving de l’histoire au box-office U.S., 500 millions de dollars de recettes mondiales en deux semaines, troisième plus gros succès de l’année alors que son exploitation ne fait que commencer), le deuxième volet de la trilogie The Hunger Games (qui sera en fait une saga de quatre épisodes, les producteurs n’ayant, comme d’hab’, pas pu s’empêcher de scinder le dernier volet en deux films histoire d’allonger un peu la sauce) ne devrait pas avoir de mal à rejoindre le club de moins en moins fermé des films ayant dépassé le milliard de dollars de recettes mondiales, ce qui est de bon augure, du moins commercialement parlant, pour les prochains opus. Certes, cet « exploit » est un peu terni par les prix de plus en plus exorbitants des places de cinéma (les recettes gigantesques n’étant donc pas seulement dues – loin s’en faut – à une fréquentation tellement en hausse des salles), et l’on constate que cette barre du milliard est, depuis le succès « surprise » de The Dark Knight en 2008, de plus en plus souvent franchie par les gros blockbusters annuels (jusqu’en 2008, Titanic trônait tranquillement au sommet et n’y était guère dérangé) : sur les 16 films dépassant désormais The Dark Knight au-dessus de la barre du milliard de dollars, 12 sont sortis après lui… et 3 autres (Titanic, Jurassic Park, et Star Wars Episode I) ont bénéficié d’une ressortie ciné en 3D qui leur a fait regagner du galon entretemps.

Donc bon, le mérite d’un méga-blockbuster, ancré au sein d’une solide saga, marketé à donf’ et sorti dans 700 salles françaises (et cent fois plus à travers le monde), à faire son milliard de recettes me semble devenir de plus en plus anecdotique. C’est en tout cas toujours mieux que Twilight, dont le dernier volet n’a pas réussi à atteindre ce seuil, plus symbolique qu’historique, il y a un an.

La raison à cela : la saga The Hunger Games, si elle s’inscrit bien dans la même veine ado-SF-romantico-gore-militaire-dictatoriale qui pullule au ciné ces dernières années, notamment à grands coups d’adaptations de romans anglo-saxons pour teenagers, est bien moins segmentante que les aventures de Bella Swan.

 

 

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Elle satisfait les cinéphiles en leur proposant un scénario pas trop manichéen, une métaphore pas trop putassière sur l’adolescence, des acteurs qui jouent bien (enfin, qui sont expressifs, quoi), des personnages chez lesquels une psychologie approfondie ne se limite pas à un regard soucieux dans le vague, et des effets visuels pas ridicules (oui, c’est toi que je regarde Renesmée) (le personnage qui réussit l’impossible : avoir des yeux plus grotesques que son prénom). Elle satisfait les adultes avec sa dramaturgie très forte autour notamment des aspects totalitaires de Panem (le décompte quotidien des morts et son épique jingle publicitaire soulèvent toujours autant le cœur, surtout quand on se rend compte qu’une fois sur deux, on n’a même pas eu le temps d’identifier le « tribut » décédé), les tensions palpables entre les personnages qui se jaugent sans cesse en se demandant d’où viendra la prochaine trahison, ou encore son enthousiasmant (bien que très frustrant) dernier quart d’heure. Mais elle plaît aussi au public-cible d’adolescent(e)s en leur livrant sur un plateau d’argent une romance contrariée, un triangle amoureux, des ados purs face à des adultes corrompus, une héroïne à la fois forte et débordante de normalité à laquelle s’identifier…

 

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Par bien des aspects, Katniss Everdeen est la Buffy Summers des adolescents de 2013. Elle s’en distingue par sa chevelure brune, sa mine renfrognée et son dilemme intérieur, qui la ronge en dépit de sa force et de son statut d’élue : contrairement à la Tueuse, Katniss tue uniquement pour ne pas mourir, par nécessité immédiate de survie, et surtout elle ne tue pas des vampires déshumanisés qui se décomposent en poussière de synthèse, mais bien ses semblables. Une héroïne plus sombre, plus torturée par sa « mission », et dont le destin amoureux n’est jamais qu’un à côté. Réussir à aimer Edward Cullen en niaisant dans une prairie dans l’attente d’une attaque des méchants n’est pas le principal enjeu de la saga de Suzanne Collins.

L’Embrasement n’est pas spécialement un meilleur film que le premier volet de la saga. Il est simplement, plus clairement, un pied à l’étrier pour la suite de l’intrigue. Alors que le premier volet aurait presque pu ne pas avoir de suite (les producteurs avaient probablement prévu le coup, au cas où le film se vautrerait dans les salles), ici on ressort assez frustré, mais aussi très motivé par l’ampleur de l’histoire qu’il nous reste à découvrir : plus que le symbole qu’elle était devenue à la fin du premier film, Katniss devra mettre fin à la dictature, à la conclusion de tout cela, on le comprend désormais.

 

 

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Si le fait que le budget ait été doublé entre les deux volets se voit (un peu) à l’écran (arène clinquante, costumes réussis, effets visuels plus convaincants, casting étoffé de Jeffrey Wright, Philip Seymour Hoffman, Lynn Cohen, Amanda Plummer, et bientôt Julianne Moore, Natalie Dormer, Lily Rabe), on reste toutefois sur notre faim, à d’autres niveaux : le maquillage d’Elizabeth Banks (Effie) est devenu dé-gueu-lasse, les décors du Capitole font toujours aussi faux (hormis une petite amélioration des salles d’entraînement), les combats sont moins terribles, et la tension moins présente dans l’arène que lors des 74èmes Hunger Games (même s’il y a des raisons)…

Il n’en reste pas moins que grâce à son inscription dans une intrigue plus large (que les deux prochains volets devront donc se charger de conclure dignement), un casting impeccable et un scénario globalement moins niais que ce que l’on pourrait attendre d’une saga pour ados, L’Embrasement est tout aussi réussi que Hunger Games, et sort la saga du statut de bête plagiat de Battle Royale, qui était, lui, bien plus pessimiste.

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