Twenty Feet From Stardom

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Ah la la, comment n’ai-je pas pris dix minutes pour te parler de ce film, peut-être mon meilleur moment ciné de 2013 ? Je ne suis résolument pas attiré par les documentaires, mais à chaque fois que je me retrouve devant (ou presque), je finis par craquer. Twenty Feet From Stardom, je ne savais pas trop de quoi ça parlait. De musique pop, je crois, et d’anciennes gloires de la soul. Mais en fait non, on comprend en quelques minutes, grâce à une brève explication de Bruce Springsteen et à un générique hyper réussi, qu’il s’agit d’autre chose. Le film de Morgan Neville parle en fait des choristes dans la musique populaire, qu’elle soit rock, pop ou R’n’B. Des nénettes dont tu peux assez facilement ne jamais avoir entendu parler : Merry Clayton, Lisa Fischer, Tata Vega, Darlene Love, Judith Hill…

 

20 feet from stardom judith hill lisa fischer

Le principe : on ne connaît ni leurs noms ni leurs visages mais, sans vraiment le savoir, on connaît leurs voix. Twenty Feet From Stardom a été projeté à Sundance puis à Deauville, où il a fait sensation. Il faut dire que le film est d’une intelligence et d’une sensibilité rares dans le cinéma, même documentaire. Quand des reportages ou documentaires suivent nos bons gros has-been de la variétoche française, on a toujours cette sensation de malaise, de pitié, de vague condescendance. Pas ici, alors que certains de ces destins ne sont guère plus enviables.

 

20 feet from stardom darlene love the crystals

 

Évidemment servi par un B.O. génialissime, Twenty Feet From Stardom dépeint (même si en 1h29, on ne peut que survoler) avec une belle ambition journalistique et une forte humanité les destins de ces femmes (et quelques hommes) de l’ombre qui, quelques mètres derrière le feu des projecteurs, font vivre la mélodie en live, accompagnent la voix féminine d’un halo sonore magique, ou donnent du répondant à la voix masculine du lead singer. Et qui, parfois, sortent de l’ombre en question : on apprend notamment (enfin, en tout cas, moi, je l’ignorais) que Sheryl Crow ou Luther Vandross ont débuté comme choristes et ont su parcours le (long) chemin qui sépare du devant de la scène. Et l’on s’aperçoit que certaines de ces voix, par leur attitude et/ou leur technicité, auraient largement pu doubler les stars que nous connaissons.

 

 

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Mauvaises décisions, critères éliminatoires (âge, charisme, physique), manque de chance, ou choix délibéré de rester dans l’ombre : leurs parcours sont en fait assez différents, mais au cas où on en aurait encore douté en 2013, oui, être star et le rester, c’est du boulot, pas un hasard, et ces nénettes n’ont, à un moment, que ce soit par malchance ou par choix, pas fait ce qu’il fallait. A ce titre, les destins (dont il reste, pour certains, encore quelques lignes à écrire en musique) de nanas comme Lisa Fischer (qui détient un Grammy Award en tant qu’artiste solo mais peut faire la queue à la poste sans que personne ne la calcule), Darlene Love (passée à côté de sa carrière car contemporaine d’Aretha Franklin et professionnellement otage de Phil Spector) ou encore Judith Hill (qui aurait dû être la choriste vedette de la tournée 2009 de Michael Jackson – pas de bol) sont de véritables petites tragédies que le medium cinéma valorise très bien, sans pour autant nous donner pitié d’elles. Car si elles n’ont pas gagné le cœur du grand public, elles ont en revanche réussi à vivre de leur passion en plaçant leur générosité au-dessus de leur égo, ont gagné le respect de leurs pairs et, plus important, n’ont pas d’aigreur.

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