Ja’mie : Private School Girl

jamie king private school girl

 

On en a soupé, du mockumentary, mais que voulez-vous, parfois on est faible et on se laisse convaincre par une série qui présente, en 2014, ce format. Ou plutôt en dépit du fait qu’elle présente ce format, qui en l’occurrence n’a plus la fraîcheur narrative qu’il apportait il y a quelques années à cette bonne vieille voix off. Bref, après avoir vu traîner sur le web de nombreux gifs et citations de Jamie King, j’ai succombé à son charme irrésistible, comme tous les autres.

Jamie King (ou plutôt Ja’mie – prononcez Jâmèè), c’est en fait une pionnière du mockumentary, puisqu’elle a été créée par l’acteur australien Chris Lilley (qui l’écrit et l’incarne à l’écran) en 2005, soit pas avant tout le monde, mais au moins avant que Modern Family n’inspire à toutes les chaînes US l’envie d’avoir le leur. Au départ, Ja’mie est un personnage de We Can Be Heroes, un mockumentary en forme de télé-réalité tentant, dans une Australie fictive, de dénicher l’Australien de l’année. Ja’mie y apparaissait comme une généreuse lycéenne faisant des dons à un village soudanais pour faire comme Madonna, et la grève de la faim deux fois par semaine, pas tant par solidarité que pour rester bonnasse. Une sorte d’Incroyable Talent pour de faux, axé sur des personnages rendus exceptionnels par leur « investissement » caritatif. Le personnage a ensuite été réutilisé dans une deuxième série, Summer Heights High, avant d’avoir droit, fin 2013, à sa propre série, Ja’mie : Private School Girl, sur HBO.

Le pitch de la série : De retour sur les bancs de l’école, dans un établissement privé, pour terminer sa scolarité, Ja’mie King accepte d’être suivie par une équipe de cameramen. L’occasion de découvrir son quotidien, sa vie sociale et ses relations avec sa famille…

 

 

jamie king prefects

Le principe du mockumentary est ici utilisé à bon escient, et notamment en vue (même si c’est un peu démodé aujourd’hui) de singer les émissions qui, au début des années 2000, ont clairement inspiré le renouveau du genre : My Super Sweet 16, Laguna Beach, The Ashlee Simpson Show, Date My Mum et autres joyeusetés mettant régulièrement en scène de jeunes pétasses reines du bal de promo, typées Mean Girls. En fait, Ja’mie King et, indirectement, Modern Family ou Parks and Recreation, trouvent leurs racines dans les mêmes origines nébuleuses que Secret Story ou L’amour est aveugle. Ça calme. Chris Lilley, lui, est hautement conscient de cela, et fait donc vivre sa mean girl (qui ne peut pas vraiment vieillir, de toute façon) depuis plus de huit ans au lycée. Le fait de l’entendre commenter en voix off des séquences d’une bêtise inouïe, ou de justifier candidement face caméra qu’elle a choisi entre les deux mecs qui voulaient sortir avec elle « celui qui est blanc », a cette juste dose de queeritude et de politiquement incorrect qui lui permet de hanter les internets à coups de gifs et de photos de profils sociaux foireuses. Perso, je m’amuse beaucoup.

 

 

jamie king room

Je me demande juste si Chris Lilley va un jour faire un peu grandir Ja’mie, la confronter aux challenges de l’université, de l’entrée dans le monde du travail, de la crise économique ou d’une vie sexuelle un peu moins basée sur l’allumage et le sexting (des trucs très verbaux et pas très trash à l’écran), ou s’il va la cantonner à cette « hiérarchie » scolaire basiquement scindée entre filles populaires (les Prefects, sortes de « Plastiques » de Mean Girls, mais avec en plus un statut autoritaire de « déléguées du lycée ») et gens normaux (= ploucs), qui constitue quand même : 1) une zone de confort pour le personnage, bourrée de clichés au demeurant assez rebattus, et 2) une vision un peu condescendante d’un homme (presque) quadra sur des adolescentes à qui il ne donne même pas l’opportunité de mûrir un peu depuis huit ans…

Maintenant qu’elle s’apprête à (enfin) quitter le lycée, Chris Lilley peut soit amener sa Ja’mie à la fac et la faire grandir à l’épreuve de nouveaux cercles sociaux pas forcément aussi soumis que ses profs de lycée, soit la faire redoubler pour toujours, en espérant que les adolescents des prochaines années, en dehors des technologies de communication et des goûts musicaux, aient quelques éléments nouveaux à caricaturer, pour apporter de l’eau au moulin de sa sympathique satire.  A moins que cette première saison sur HBO soit aussi le chant du cygne de Ja’mie…

 

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