La Pop-Pouffe de janvier

 

De Jennifer Hudson, on ne sait finalement pas grand’chose, de ce côté-ci de l’Atlantique : son passage (et son élimination) dans American Idol ; sa revanche éclatante dans Dreamgirls, oscar à la clé (même si c’est un peu facile d’obtenir un oscar du meilleur second rôle pour un rôle principal présent dans quasiment chaque plan du film) ; le triple meurtre de sa mère, son frère et son neveu fin 2008 ; son contrat avec Weight Watchers depuis 2010 (même si, bon, hein, sans vouloir être méchant, on se doute bien que si elle n’a rien bouffé de l’année 2009 et perdu vingt kilos, c’est probablement plus grâce à une dépression que grâce à Weight Watchers)… Mais au final, pas beaucoup d’autres éléments significatifs qui soient parvenus jusqu’à nous. Genre un tube, au hasard. Pour une nénette intronisée superstar mondiale et qui va bientôt sortir son troisième album, Jennifer Hudson est une quasi-inconnue, et un mystère de plus dans la musique pop.

 

 

Il faut dire que, jusqu’à présent, ses singles, très R’n’B « traditionnel », ont été cantonnés à une diffusion bien plus confidentielle que ceux d’une Beyoncé ou d’une Rihanna (laquelle fait bien plus souvent de la pop et de la dance que du R’n’B, notamment en single, même si sa couleur de peau nous la fait parfois injustement catégoriser « chanteuse de R’n’B »). Jennifer Hudson est en fait bien plus proche, en termes d’image, d’une Keyshia Cole ou d’une Fantasia  Barrino : peut-être trop ouvertement R’n’B, trop « ghetto » pour devenir mondialement mainstream. Contrairement, par exemple, à une Alicia Keys, elle n’a pas encore su se trouver un créneau à occuper, du genre ballade piano voix so emotional ou remixes dance formatés pour la radio. Jennifer Hudson fait du R’n’B « classique », vocal et propre, et est reconnue outre-Atlantique pour cela : un Grammy Award au compteur, et c’est à elle que l’on fait appel pour les hommages publics exigeant une diva technicienne. C’est ainsi qu’elle a chanté Will You Be There en hommage à Michael Jackson lors de la messe commémorative de juillet 2009, ou I Will Always Love You le lendemain de la mort de Whitney Houston aux Grammy Awards 2012 (la vache, ça fait déjà deux ans que Whitney Houston est morte ?). Mais alors se compromettre dans un hit putassier avec Calvin Harris ou Justin Timberlake, très peu pour elle.

 

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Mais tout cela va changer. Ou peut-être pas, mais en tout cas Jennifer Hudson se donne les moyens. Pour préparer la sortie de son troisième album, prévu (a priori) pour le printemps, elle s’est bien entourée : on y trouvera des collaborations avec Timbaland, Pharrell et R.Kelly. Et donc ce single avec T.I. Pas les choix les plus audacieux ni les plus novateurs à l’heure actuelle, mais une vraie chance de se conformer aux canons du son FM de ces dernières années, et donc peut-être, enfin, d’avoir un hit bien à elle.

I Can’t Describe (The Way I Feel) reste assez old school (on ne sent pas l’influence d’un Will.I.am ou d’un David Guetta dans les sonorités, par exemple), mais a des atouts. Sa mélodie est plutôt entraînante, et le clip est esthétiquement réussi. Peut-être un chouïa en deça de ce qu’on pourrait attendre, niveau provoc’ ou subversion, pour se faire remarquer et devenir une sensation virale à la Miley Cyrus, mais le produit final est de bonne facture. Après tout, on ne se refait pas : Jennifer Hudson aime y aller doucement dans son calendrier promo (la lyric video de cette chanson est en ligne sur son compte YouTube depuis le mois de novembre), et ne pas en faire des caisses. Stratégiquement pas très malin, mais au moins c’est reposant  Dans le clip, on peut voir la chanteuse, amincie, s’afficher dans un registre hype / sexy qui n’est pas sans rappeler le stylisme et l’attitude d’une Janelle Monae ou d’une Beyoncé récente. Elle change beaucoup de lunettes de soleil, minaude autour de fausses panthères en marbre, éconduit de superbes danseurs torses nus, porte un bustier rouge, une chemise façon costume boyish, et une smartwatch de Samsung : bref, elle essaie de faire quelque chose de commercial, même si elle invoque pour cela une imagerie bling bling un peu vieillotte vue de 2014. Pour faire mieux que Beyoncé dans les charts, c’est mal parti. Mais pour (enfin) tenir un hit single diffusable en radio ? Le monde n’attend plus vraiment l’avènement de Jennifer Hudson en 2014. Alors pourquoi pas une surprise dans les prochains mois.

 

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