Looking : Sex and the moustache fashion

 

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Oh qu’on la voulait, qu’on l’espérait, qu’on l’attendait, la nouvelle série-phare pour le public gay. Depuis Queer as Folk qui, il faut bien l’admettre, a vieilli, on a progressé dans la représentation des LGBT, qui s’est largement améliorée dans les séries US, et sur l’ensemble de la télévision américaine : des candidats de télé-réalité aux séries dramatiques les plus « sérieuses », la présence des LGBT et des histoires, positives ou non, les concernant, n’est plus vraiment un évènement pour qui suit un peu ces contenus. Ça ne nous épargne pas la caricature, mais on peut se réjouir de bénéficier, désormais, d’une représentation réaliste sur les grandes chaînes, de l’adolescent torturé à l’adulte épanoui, du jeune trans assumé à la lesbienne mère de famille : si tout n’est pas parfait, on a avancé, et on le doit beaucoup à des séries plus « communautaires » qui ont su faire tomber des barrières, comme Queer as folk et The L Word. Mais tout cela datait un peu, et c’est donc avec une impatience non dissimulée qu’on attendait Looking, la nouvelle série de HBO dont les héros sont tous gays et vivent à San Francisco (aïe, premier cliché bonjour). Surtout que son ambition affichée, dans la lignée de ses glorieuses aînées Sex and The City ou Girls (parenté un peu trop fortement assumée à mon goût, d’autant que Girls continue à susciter chez moi des sentiments très polarisés), était grande : être une série communautaire mais populaire, qui ratisse large et parle à tous.

 

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C’est dire si ce pilote m’a déçu : c’est grosso modo l’équivalent du très relou I want your love, sorti il y a quelques mois, mais sans les scènes de cul. Ou une bande de relous hipsters gays à barbiches lookés bûcherons des 70’s qui bossent dans des domaines professionnels forcément artistiques et surpayés en vivant dans des apparts de 150m2 sur la baie, et dont les histoires, conversations et scènes ont trait à leur seule vie amoureuse ou sexuelle : même lorsqu’on voit le héros à son boulot, c’est pour l’entendre causer plans cul avec un collègue pendant qu’il zone sur OKCupid. Les personnages de Looking, en plus d’être des archétypes vus et revus du bestiaire fictionnel gay (le couple libéré se lançant sans broncher dans le triolisme pour se prouver qu’il peut s’engager et rester libre, le serial fucker qui se demande s’il n’est pas passé à côté de l’opportunité de ne pas finir seul, le « jeune » gay fleur bleue) (pour la première fois de ma vie, je crois, un héros a précisément mon âge au moment de la première diffusion de sa série, l’identification devrait donc faire son chemin avec un peu de temps) (même si mon parcours personnel et amoureux ne semble pas être le même), sont gays et ne sont que cela, mais n’ont pour le moment même pas le don de faire exister lesdits archétypes avec drôlerie ou tendresse. C’est plat et déjà vu, le nécessaire spectre allant de la dinde romantique à la grosse slut revendiquée qui cache ses casseroles pour avoir l’air de maîtriser sa vie. Ou les variations habituelles que la fiction romantique fait depuis quinze ans autour des figures de Carrie Bradshaw, Samantha Jones, Charlotte York et Miranda Hobbes. Pour la fraîcheur on repassera.

 

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Pour la comparaison avec Girls, elle se justifie un peu, mais pas forcément dans le bon sens : oui, c’est vrai, ici aussi, les personnages vivent dans une bulle urbaine faite de bars coolos, d’amitiés sur fonds de crise et de colocs foutraques. Mouais. Et sinon, la qualité des dialogues, la mise en scène, la lumière, le scénario ? Bah bof. Enchaînements de poncifs sur les gays urbains célibataires, déjà pas originaux à l’époque d’Armistead Maupin, alors en 2014 et sans perspective nouvelle… Plan cul avorté dans un parc, drague d’un collègue, soirée de fiançailles d’un ex qui a mieux géré sa vie amoureuse post-rupture, plan à trois, interrogations sur l’opportunité d’emménager avec son amoureux et de changer la dynamique de la relation… C’est la foire aux clichés déjà vus des dizaines de fois ailleurs. Est-ce drôle ? Non. Rythmé ? Pas vraiment. Bouleversant ? Carrément pas. Subversif ? Pas pour deux sous (et c’est peut-être là la beauté essentielle de la série). Ne restent que quelques arguments pour se fader la saison entière au-delà de ce pilote somme toute oubliable : espérer que les personnages vont d’étoffer ; se fier au flair d’Andrew Haigh ; attendre l’arrivée de Russell Tovey à l’écran ; compter sur le scénario pour que les héros, supposés être potes, aient des interactions plus intéressantes que les verres au cours desquels ils se racontent leurs histoires de cœur (qu’ils vivent globalement chacun de leur côté). Mais pour la révolution attendue dans le paysage culturel LGBT, ce n’est pas encore ça.

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