Masculin / Masculin au Musée d’Orsay

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Toujours pas de résolution pour 2014, si ce n’est le vœu de faire un peu plus d’efforts pour rendre la vie moins médiocre, mais sans domaine d’applications ni objectifs chiffrés précis, on sait bien ce que ça donne quand on se donne une année entière pour gravir une montagne. La visite à Paris de mon amie Aurélie, qui était venue en France pour les fêtes, m’a donc donné prétexte à faire l’un de ces trucs que l’on considère comme un atout de Paris, et dont je ne profite presque jamais : une expo. En l’occurrence Masculin / Masculin au Musée d’Orsay, parce qu’avec trois gays dans le groupe de visiteurs ainsi improvisé, les propositions prennent très vite un tour « orienté ». Ou alors, c’était juste l’occasion, je ne sais pas.

 

Le constat de départ de cette exposition, c’est que réunir des nus masculins dans une même exposition n’avait jamais été fait, et que le nu féminin reste l’une des grandes figures imposées dans l’art classique, quand l’homme nu, lui, a toujours eu plus de mal à s’imposer. Questions de mœurs, de domination masculine (le rapport au pénis visible, notamment, change énormément d’une époque à l’autre) (par ailleurs, la plupart des grands peintres classiques sont des hommes blancs hétérosexuels, dont les muses et les inspiratrices étaient plus souvent des figures féminines), de religion, de mode, de courants. L’exposition a donc le mérite de poser la question de notre rapport au corps masculin, de la manière dont ce rapport a évolué dans les sociétés occidentales au fil des siècles, et où on en est aujourd’hui (ou à peu près – l’expo tire du XVIIème jusqu’au début du XXIème siècle, notamment grâce aux photographies de Pierre et Gilles, mais on s’arrête surtout à la seconde moitié du XXème siècle avec des travaux comme ceux de Louise Bourgeois ou Robert Mapplethorpe, dont les œuvres retenues ici ne sont pas forcément les plus subversives ou les plus NSFW, d’ailleurs). Et de nous faire voir la manière dont la masculinité a trouvé sa place dans l’art à travers le temps, de l’admiration sans borne des classiques pour la Grèce antique à la crise la masculinité au XXème siècle, en passant par l’avènement de la figure sportive au XIXème siècle, et le détournement de celle-ci par la politique et les totalitarismes. Et évidemment, le changement de ton et de niveau « d’équivoque » avec la libération des moeurs, qui permet de voir des nus de plus en plus ouvertement homoérotiques. Les commentaires proposés sont hyper intéressants, et les œuvres sont parfois très fortes, soit esthétiquement, soit en termes de sens. Quelques-unes, parmi celles qui m’ont le plus interpellé (pas forcément en bien, mais je crois qu’elles ont de bonnes chances de me rester en mémoire) :

 

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Vive la France ! Pierre et Gilles
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Le Printemps, Koloman Moser
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Orlando Furieux, Jean-Bernard Duseigneur
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Académie d’Homme dite Patrocle, Jacques-Louis David
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Saint Sébastien expirant, François-Xavier Fabre
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Eminem About To Blow, David LaChapelle
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Autoportrait à genou, Egon Schiele (oui, celui de « Je te rends ton amour » de Mylène Farmer – paye ta culture) (lul)
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Le pêcheur à l’épervier, Frédéric Bazille
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Après la bataille, Alexandre Alexandrovitch Deineka
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Finistère, Paul Cadmus
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Death of Abel, Kehinde Wiley
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Père Mort, Ron Mueck

 

Masculin / Masculin, prolongation jusuqu’au 12 janvier 2014, Musée d’Orsay

2 réflexions au sujet de « Masculin / Masculin au Musée d’Orsay »

    1. La partie « mortifère » est de toute façon la plus prompte à faire réagir le public, je crois : ça baille devant les classiques, et ça ne s’étonne plus depuis longtemps de la masculinité moins « inflexible » du XXème siècle. J’ai été, en tout cas, beaucoup plus réceptif, dans l’ensemble, aux œuvres les plus récentes de l’expo, et notamment (parce que je suis un gros plouc) aux photos.

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