Respect your next Supreme

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La semaine dernière s’est achevée la troisième « saison » de American Horror Story, qui après Murder House et Asylum portait cette année le doux sous-titre de Coven (en français Sabbat, du nom donné aux assemblées de sorcières). Je n’en parle que maintenant parce que 1) j’ai commencé à la regarder tardivement, poussé par une certaine pression sociale me soufflant que c’était le meilleur volet de la série depuis son commencement (et aussi par le désoeuvrement hivernal, un bon nombre de séries faisant le choix très un peu con de sevrer leurs fans pendant trois mois alors qu’on est déjà sur le point d’abandonner) (oui, je parle bien de Glee), et 2) le format mini-série rend plus facilement envisageable d’écrire dessus une fois qu’on a tout vu. A l’inverse d’une série au long cours dont on ne sait pas trop quand elle va se terminer, AHS offre à chaque début de saison une date de péremption qui permet de la consommer davantage comme un long film que comme une véritable série feuilletonnante. A mon sens, on peut donc en parler après coup, au contraire d’une série comme Lost ou comme Friends, dont on ne saurait attendre la fin du dernier épisode pour commencer à en discuter. Et donc, cette saison 3 ? Bah bien mais pas top, je suis jamais content de rien de toute façon. Si elle était réussie et intéressante en certains points, elle n’a pas manqué d’incohérence, comme il se doit pour une série de Ryan Murphy. L’avantage du format « mini-série », c’est que les manquements des scénaristes (dont Ryan Murphy et Brad Falchuk font toujours partie) peuvent passer pour des « choix éditoriaux », dans un volume restreint d’épisodes ne leur permettant pas de tout boucler ou tout expliquer. Une contrainte créative en somme. L’inconvénient, c’est que le téléspectateur peut être encore plus intransigeant avec un produit mal fichu si celui-ci est supposé bénéficier d’une écriture synthétique, ramassée sur une petite douzaine d’épisodes PRÉVUS A L’AVANCE BORDEL, et donc censé être un minimum réfléchi pour avoir un début, un milieu, et une fin, et que lorsque Ryan Murphy se disperse, on ne plus trop s’empêcher de penser qu’il s’occupe de sa série avec les pieds et traite intrigues et personnages avec le même respect que Tina Cohen-Chang.

Quelques détails ratés de cette saison 3. Avec plein de spoilers, bien sûr.

L’intrigue avec Patti Lupone

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Lorsqu’on s’offre un guest de luxe, l’idée est quand même de lui donner soit un rôle inutile mais marquant soit un rôle plus passe-partout mais essentiel à l’intrigue. Le rôle de Madame Ramsey, une bigote parfaitement standard au visage contrit, n’a pas apporté grand’chose de neuf au genre, ni même à l’intrigue de la série, puisque l’élément perturbateur qu’elle était supposée apporter à l’intrigue (son fils, objet de tentation pour ses jeunes voisines) n’a finalement eu aucune incidence sur la destinée des héroïnes, ni par son parcours amoureux ni par sa mort. La mort de Madame Ramsey a, quant à elle, vaguement servi à montrer la capacité grandissante de Nan à s’emparer de l’esprit de quelqu’un pour lui faire faire des choses contre son gré (nous faisant très vaguement croire, pendant genre trois minutes, qu’elle pouvait être la prochaine Suprême), mais en fait non. Intrigue bâclée et inutile.

Nan

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Nan, justement. Jamie Brewer, déjà présente dans la saison 1, connaît ici aussi une mort prématurée, qui prive dramatiquement son personnage de ce qu’elle pouvait apporter à l’intrigue plus large de la série. Mais là où, dans la saison 1, la mort d’Addie et la tentative désespérée de sa mère pour lui permettre de succomber dans la maison maudite où son âme garderait au moins la possibilité de se manifester (tentative qui, d’ailleurs, échoue) insufflaient une dimension tragique à sa disparition, un climax émotionnel important dans la série, il n’en va pas de même dans la saison 3. Ici, Nan se fait noyer dans une baignoire, dans une scène presque comique de réconciliation cynique et calculée entre les deux Wilhelmina Slater de la sorcellerie, Fiona Goode et Marie Laveau, dans le but plus ou moins clair de servir d’offrande à Papa Legba. Papa Legba qui réclame chaque année un tribut innocent, une âme pure (aka un bébé), mais qui se contentera de Nan pour cette fois-ci : certes, elle vient de commettre un meurtre, mais bon elle a tué une vilaine, et puis comme elle est trisomique son âme est quand même simple et pure et sans vice, hein ? Euh, ok.

Nan meurt donc en « sacrifice » pour assurer un an de jeunesse supplémentaire à Marie Laveau et, peut-être (mais ça non plus ce n’est pas clair), à Fiona. Ses deux meurtrières peuvent donc épargner le bébé qu’elles s’apprêtaient à sacrifier, en le confiant à Spalding, le majordome creepy. D’ailleurs…

Le bébé

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Euh, super, mais du coup qu’est-ce qu’il devient, ce bébé ? Pourquoi personne ne semble se demander ce que Spalding en a fait ?

La mort de Madison

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C’est quand même con de mourir d’une bête strangulation quand on a tant de pouvoirs, non ? Et après ça, est-elle vraiment enterrée par Spalding dans le jardin, ou transformée en poupée dans sa petite chambre des horreurs ? Elle est célèbre : est-ce que sa disparition ne soulève aucune question à l’extérieur ?

Spalding

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Outre l’histoire du bébé, pourquoi est-il remplacé dans ses fonctions par Kyle, à la toute fin de la saison ? Que devient-il ? Pourquoi est-il si dévoué à Fiona, avant même qu’elle ne devienne vraiment la Suprême ? Pourquoi écarte-t-il Marie Laveau (et d’ailleurs, comment ? J’ai pas compris cette histoire de médocs) et son alliance avec Fiona comme si les problèmes venaient de là ? A-t-il vraiment enterré Madison ou l’a-t-il remise au coffre ?

Marie Laveau

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Comment a-t-elle pu être tuée par Delphine ? Elle n’était pas supposée être immortelle ? Ou alors j’ai mal compris ? Pourquoi Angela Bassett se déguise-t-elle en sosie de Corona ?

Kyle

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Quel est le fuck avec cette sous-intrigue complètement inutile ? A quoi a-t-elle servi, si ce n’est à (vaguement) souligner la territorialité et le sadisme de Madison, qui s’exprimaient déjà bien ailleurs ? On a bien pigé que les créateurs de la série adooooooorent Evan Peters au moins autant que Jessica Lange, mais bon, cette année c’était juste pour faire acte de fidélité, non ? On n’a qu’une douzaine d’épisodes, on n’a pas le temps de développer une intrigue sentimentale qui ne sert à rien (et même pas à calmer le climat anxiogène de l’ensemble). Ou je me trompe…

Outre le côté scientifiquement impossible de reconstituer un corps à partir de morceaux d’autres corps (mais bon, la science n’a rien à voir là-dedans), la magie ne suffit pas à tout expliquer, et la série n’apporte pas vraiment de réponses, même concons, par la suite, à un tas de questions importantes : Pourquoi Kyle est-il déglingué après sa résurrection ? Est-ce uniquement parce qu’il est un « simple » humain mort puis revenu à la vie, ou parce qu’il a été reconstitué sous forme de patchwork ? Les identités et mémoires des mecs dont il occupe des parties de corps s’expriment-elles en lui ? Quel était cet étrange plan de son corps démembré sur une table de la morgue avec un entrejambe de Ken ?

Sa mère a abusé de lui, mais comment n’a-t-elle pas tiqué 1) en le voyant revenir d’entre les morts, et 2) en voyant sur son corps des tatouages, des bras différents, et probablement une nouvelle bite avec des poils pubiens qui ne matchent plus avec le reste ? Comment l’assassinat de sa mère n’a-t-il pas donné lieu à une enquête qui aurait trouvé, sur le lieu du meurtre, les empreintes digitales de mecs morts des jours avant la victime (générant du coup une enquête auprès de la morgue et le constat que des bouts de corps manquent… ce qui aurait probablement amené la police « humaine » à se poser la question d’un vrai Frankenstein) ? A quoi a servi tout ça, si ce n’est à donner à Zoe un fiancé/amant qu’elle ne peut pas tuer pendant le sexe vu qu’il est déjà mort ? D’ailleurs, c’est quoi ce « pouvoir » tout pourri consistant à déclencher une crise d’épilepsie mortelle à tous tes amants ??…

Un point « positif » : la fin en forme de clin d’œil dans laquelle ce malheureux Frankenstein finit par tuer son créateur (en l’occurrence sa créatrice), la conclusion cliché mais idéale de ce genre d’intrigue.

Delphi Trust

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D’abord il y a eu Hank, le mari falot de Cordelia, dont on ne comprenait pas trop l’enjeu de l’existence : incarner les enjeux et tourments d’un simple humain qui aime une sorcière ? Meubler l’intrigue du désir brûlant de Cordelia d’avoir un bébé ? Deux pistes explorées puis bazardées comme des merdes(genre on n’entend plus jamais parler du désir de maternité de Cordelia). Puis le coup de théâtre et Delphi Trust. Qui finira aussi bazardé comme une merde en un épisode. C’est bien gentil ce massacre corporate par le Axeman dans la salle de réunion, mais à qui veut-on faire croire que quand on coupe la tête d’une organisation obscurantiste pluri-centenaire s’étant forgé une réputation et des équipes de tueurs de sorcières professionnels, deux autres têtes ne repoussent pas aussitôt ? On était vraiment censé croire que ce bain de sang grandiloquent mettait fin à des siècles de chasse aux sorcières ? Moi j’attendais une suite, des conséquences. Il n’en fut rien.

Delphine LaLaurie

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Initiative intéressante que d’imaginer un destin maudit à ce personnage sinistre, mais franchement pendant les deux tiers de la saison on la perd un peu, d’un épisode à l’autre : un coup raciste ignoble, un coup apeurée et reconnaissante envers Queenie, un coup simple psychotique s’exprimant dans la torture pour noyer son ennui, un coup « ouais finalement le racisme c’est naze, j’arrête », un coup « l’égalité blancs-noirs c’est contre-nature », un coup haineuse et sadique avec ses filles, un coup très douce et désireuse d’être en bons termes avec elles… Sa psychologie a été très explorée mais j’ai, au final, échoué à bien la comprendre. C’est un peu parti dans tous les sens.

The Axeman

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Il revient à la vie, puis est re-tué. Entre les deux, il a juste repris son job et son appart’, cent ans après sa disparition, comme si de rien n’était, et sans avoir plus le moindre désir de tuer des gens au hasard à la hache. Certes, il s’est « apaisé » en regardant Fiona grandir, devenir la Suprême et en tombant amoureux d’elle, mais n’a-t-il donc aucun esprit de revanche envers les sorcières ? D’inaptabilité sociale par rapport au XXIème siècle ?… Lui non plus, sa psychologie ne m’a pas frappé par sa logique.

Stevie Nicks

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Pourquoi ??

Enfin, le pire du pire : Le Coven

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QU’EST-CE QUE C’EST QUE CET ENDROIT ??? Une école ? Un refuge ? Parce que, bon, elles n’ont jamais aucun cours, n’apprennent rien ni sur la magie ni sur autre chose (les héroïnes semblent juste déscolarisées). Personne ne les encadre : elles sortent, se font agresser, violer, s’entretuent, et personne parmi le staff ne semble s’en préoccuper. A quoi bon les arracher à des parents incrédules et plus ou moins bigots si c’est pour les laisser livrées à elles-mêmes, exposées à des dizaines de dangers (dont des putains de chasseurs de sorcières qui les ont mieux identifées et cernées que 99% de la population humaine) ? Comment, à la fin, la révélation au grand jour, dans les médias, de l’existence des sorcières (métaphore bien lourdement appuyée du coming out) ne génère-t-elle pas un bordel monstre (bigots faisant le pied de grue devant l’école, menaces de mort, enlèvement de sorcières faisant démonstration de leurs pouvoirs pour les analyser et les disséquer, accusations plus ou moins justes de disparitions de jeunes filles ou même d’à peu près n’importe qui d’autre dans la région) ? Le Coven n’est-il pas sous surveillance ou, du moins, sous une attention suffisamment pesante pour qu’il soit illusoire d’espérer aller cramer la pauvre Myrtle tranquilou en plein jour, sans que personne ne moufte ou ne prenne quelques photos volées ?

Globalement, cette saison 3 a été assez rythmée et marrante (coup de cœur pour Gabourey Sidibe, qu’on eût pu prendre pour un one shot avec Precious), mais a semblé prendre bien cinq épisodes (soit la moitié de la saison, ce qui fait beaucoup) avant de dessiner une ambiance et des enjeux clairs pour les personnages, ce qui a accéléré bizarrement le dernier tiers de la saison, bâclant certains arcs d’intrigue, voire le final lui-même, ce qui est un peu bête. Par ailleurs, en dépit du suspense qu’elles généraient, les intrigues et actions des personnages ont été un peu trop souvent à mon goût laissées sans conséquences fâcheuses, sans « rappels à la réalité ». Et les incohérences, si elles ont leur charme, peuvent vite soûler lorsqu’elles s’accumulent dans une intrigue a priori pas trop dense (13 épisodes au total) où il semblait simple de moins se disperser que dans 24 épisodes ou 5 saisons…

2 réflexions au sujet de « Respect your next Supreme »

  1. Tu confonds harry potter et AHSCoven. J’ai regardé les 3 saisons je n’ai pas fais de barème pour les différencier et il n’y en aura jamais. Ton discours correspond à celui d’une personne qui a regardé la moitié des derniers épisodes et qui n’essaie pas de comprendre l’implicite des scènes. En bref continue de t’amuser Teen Wolf et Harry Potter

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