Case of the e-Darling date

dates serie channel 4

Parfois (souvent, en fait), je découvre des séries avec des mois de retard sur leur calendrier de diffusion originelle. C’est-à-dire qu’à part les rentrées des gros networks américains (ABC, CBS, Fox) et, un peu, du câble (HBO, Showtime), je ne suis pas forcément à la recherche permanente de petites perles venant de partout dans le monde, ou même de chaînes anglo-saxonnes que je « connais » moins. C’est ainsi que je suis, pour le moment, totalement passé à côté de Banshee, par exemple, ou que j’ai de grosses lacunes en séries anglaises. C’est donc toujours avec plaisir que je découvre, sur le tard, des séries que je me fais un plaisir, si elles sont réussies, de binge watcher en trois jours. Dates est de celles-là : diffusée en Angleterre, elle n’est passée dans mon radar (en l’occurrence, dans celui de l’Homme) qu’il y a deux semaines. Je ne l’ai pas binge watchée parce que je n’ai pas trop le temps en ce moment (on est le 13 février et je vais TOUJOURS à la piscine deux fois par semaine) (genre, euh, j’ai rentabilisé mon abonnement trimestriel, quoi) (l’hallu est totale dans mon entourage), mais aussi parce que, avec la trêve hivernale de certaines séries, c’est pas le moment de se descendre tout ce qu’on a sous la main en deux jours. On déguste et on savoure.

Dates, c’est quoi ? Une série diffusée l’été dernier sur Channel 4, qui suit, à raison d’un « couple » par épisode, le premier rencard de gens qui se sont dragués sur un site de rencontres. Je dis couple entre guillemets, car tous ne vont pas forcément rentrer ensemble ou aller plus loin que ce premier rendez-vous et/ou cette première nuit qui suivra. C’est d’ailleurs ainsi que les épisodes, même s’ils ont chacun une identité et une atmosphère propre (différents lieux, bars, restos, protagonistes) trouvent un certain liant, puisque certains auteurs de rendez-vous ratés sont revus, quelques épisodes plus loin, dans un nouveau rencard, une nouvelle tentative de trouver un compagnon de route. Cette astuce permet à Dates de ne pas être une série-concept complètement éthérée et déconnectée de toute réalité : on perçoit assez vite que les personnages existent tous dans la même réalité et la même ville (à savoir Londres), ce qui nous permet de nous projeter en eux au-delà d’un seul épisode, et de nous attacher un peu.

Le fait, toutefois, de découper la série sur ce format d’un rendez-vous par épisode est aussi une force : on se concentre bien sur chaque rendez-vous et son ballet de séduction, parfois mignon, parfois trivial, qui se met en place à chaque fois : la politesse post-confidences sur le web, la gêne plus ou moins légère, la peur de « rater » cette rencontre, la méfiance face aux « signes » envoyés en face, et les premiers échanges lors desquels on se jauge, on teste l’intérêt de l’autre, on établit un premier rapport des forces en présence (il y en a, presque toujours, un qui semble plaire un peu plus à l’autre que l’inverse). Et cette obligation diplomatique qu’on s’impose, pour ne pas faire passer cette rencontre physique pour une simple opportunité de conclure, mais bien pour un échange à « valeur ajoutée » par rapport au web : se dévoiler, devant ce qui n’est bien souvent, en dépit des échanges par clavier interposé qui ont précédé, qu’un inconnu. Le blind date, qu’il mène à l’amour naissant, au râteau ou au coup d’un soir, contient cette dimension dramatique qui fascine lecteurs, cinéphiles et téléspectateurs depuis des lustres. Et même les internautes, vu le nombre de sites et d’applis dédiés à ce type de service : Meetic, e-Darling, Adopte un mec, Grindr, Tinder, Blendr, Plenty of Fish… Pas étonnant que le dating soit l’un des premiers domaines dont la télé-réalité s’est emparée lorsqu’elle a débarqué sur nos écrans : le dating c’est le risque, mais c’est aussi l’espoir. Naissance d’une star, naissance d’un amour, finalement c’est un peu pareil, si on fait abstraction des ventes de singles. Nos cœurs n’ont-ils pas tous un peu battu dans l’espoir que Jean-Edouard finirait, malgré le coup d’un soir dans la piscine, faire honneur aux sentiments de Loana ?

Bryan Elsley pensait sûrement à tout ça lorsqu’il a créé Dates, qui analyse épisode après épisode ce « ballet », ces figures imposées et cette mécanique amoureuse pas si automatisée que cela qui se met en place à chaque premier rencard. Auparavant créateur de Skins, il n’a pas eu peur de rendre les choses un peu explicites (soft, hein, ça reste de la télévision publique).

La série est complètement portée par ses comédiens, qui font tous un boulot assez génial : ils disposent de 20 minutes chrono pour qu’on comprenne à peu près qui ils sont et ressortir vainqueur ou vaincu de leur joute verbale amoureuse, ce qui les oblige à de belles qualités expressives. Chapeau notamment à Oona Chaplin, fille de Géraldine Chaplin et petite-fille de Charlie Chaplin) qui incarne l’un des personnages « fil rouge » et qui a réussi à me faire complètement (mais alors, vraiment, COMPLÈTEMENT) oublier qu’elle était la femme de Rob Stark dans Game of Thrones quelques mois auparavant. Les acteurs sont également très bien servis par des dialogues percutants et plutôt réalistes (même si je dois avouer ne pas bien maîtriser le concept de first date) (mes expériences m’ayant plutôt amené à coucher avant de vraiment « faire connaissance autour d’un dîner » :p).

Au final, une série vraiment attachante, où même quand l’un des deux personnages principaux est plus agressif ou sur la défensive que l’autre, on se prend à le/la comprendre, à espérer que, avec ou sans couple à la clé, cette soirée va l’aider à avancer. Et peut-être, aussi, à accepter cette chose tellement difficile à intégrer quand on s’est laissé séduire : on ne connaît ni ne maîtrise jamais complètement celui qui nous fait face.

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