Fleming – The Man Who Would Be Bond

Fleming

L’homme derrière le mythe. Ou le branling derrière le succès de librairie. On le sait, Ian Fleming, l’auteur de James Bond, passé à la postérité grâce aux lucratives adaptations cinématographiques des aventures de son héros, a servi dans l’Intelligence Navale britannique durant la Seconde Guerre mondiale, sa contribution culminant dans la réalisation de l’Opération GoldenEye, qui donna plus tard son nom à la résidence jamaïquaine de Fleming, ainsi qu’au 17ème film de la saga James Bond. En ce sens, et même si son travail était plus stratégique et administratif que véritablement de terrain, il est plaisant de se dire que la vie de Ian Fleming préfigurait celle du personnage qui ferait ensuite sa gloire, quand bien même ce serait légèrement exagéré.

Fleming, The Man Who Would Be Bond, une mini-série de quatre épisodes (un total de 3h40, dont le dernier épisode sera diffusé demain soir sur BBC America, plutôt digeste et pas très exigeant en investissement personnel de la part du téléspectateur) prend donc ce parti, un peu casse-gueule en termes de vérité historique, de suivre les traces du père de 007 pendant ses faits de gloire.

C’est Dominic Cooper (Mamma Mia!, An Education) qui endosse le rôle de l’écrivain, entouré de Lara Pulver (Sherlock, True Blood), Annabelle Wallis (Pan Am), Lesley Manville (Another Year), Rupert Evans, Samuel West et surtout Anna Chancellor, que même les moins anglophiles d’entre nous ont connu sous le doux surnom de Tronche de cane dans Quatre Mariages et Un Enterrement (et qui a depuis fait une assez fructueuse carrière dans son pays natal). Et comme on pouvait s’y attendre, dès le pré-générique, qui reprend une citation bien connue de Fleming (« Everything I write has a precedent in truth »), nous est assenée l’idée que Ian Fleming était une sorte de précurseur du futur personnage-phare de son œuvre littéraire. Sans le statut d’espion ni les gadgets ou la pyrotechnie qui l’entourent, mais dans l’esprit, c’est bien ce qui est suggéré et appuyé avec force.

Fleming-Dominic-Cooper

D’ailleurs, la musique de la série sans le thème bondien à plein nez, et les clins d’œil, dans l’intrigue, à de futurs livres (que je n’ai pas lus, hein, mais bon, James Bond, vu d’aujourd’hui, c’est plus du ciné que de la littérature, non ?) ne manquent pas. De la relation complice mais platonique entre Fleming et la secrétaire de son chef nommée Monday (qui, comme Moneypenny, est peut-être un peu trop âgée pour son goût mais réussit à le challenger verbalement) à son manque flagrant de respect pour l’autorité, tout en flegme et en arrogance amusée, tout en passant par les femmes fatales / femmes-objets qui jalonnent ses aventures globalement désapprouvées par sa hiérarchie, le Ian Fleming de la fiction EST littéralement James Bond.

C’est d’ailleurs en partie ce qui nous rend le personnage subtilement antipathique : Fleming, mort en 1964 à 56 ans, était plutôt de l’ancienne génération. Sa misogynie et son arrogance de classe (son père avait été membre du Parlement et avait laissé sa mère, une fois veuve, très riche) nous sont bien souvent envoyés à la figure, dans une mini-série qui semble pourtant se borner à nous le présenter comme une sorte de stratège cynique et désabusé.

Le résultat final, sur l’écran, est assez mitigé, manquant un peu de budget et d’envergure pour oser impliquer Fleming dans davantage de scènes d’action, et ne creusant pas assez (ou alors, lorsque cela arrive, plutôt superficiellement) les aspects psychologiques du personnage : ses rapports avec sa mère, une riche veuve lui reprochant de s’amouracher d’une femme mariée quand elle-même, quelques années plus tôt, a mis au monde et élevé une enfant illégitime avec un peintre (ses privilèges de veuve ayant été conditionnés, par son défunt mari, au fait qu’elle ne se remarie jamais) ; sa rivalité avec son frère, Peter Fleming, héros de guerre et écrivain dont le succès précéda le sien ; les absences inexpliquées  de ses autres frères (dont l’un est mort en 1940, pile durant la période décrite dans la série) ; l’image qu’il avait des femmes, et notamment de celles qu’il aimait… On voit des choses, mais elles sont peu verbalisées, entraperçues au détour d’une scène de dîner ou de coquetterie militaire.

Comme pour un James Bond, Fleming, The Man Who Would Be Bond a donc des défauts de forme, à défaut de rythme, enchaînant scènes de cabotinage et scènes de stratégies de guerre hyper-sérieuses au virilisme désuet, pour une ambiance générale amusante mais tentant maladroitement de se prendre au sérieux. On sent que les créateurs de la série on plus d’un demi-siècle de recul sur ce qu’ils nous dépeignent, mais ils se servent surtout du recul en question pour surfer sur la mode des séries vintage et tenter, comme le fait la franchise Bond depuis Casino Royale en 2005, d’enlever un peu de son agaçante légèreté machiste à leur héros. Est-il si utile que cela de pointer du doigt les gosses de riches hétérosexuels machos et arrogants de la fiction du milieu du XXème siècle, comme si on n’avait toujours pas remarqué qu’ils étaient un peu cons ? Je me le demande parfois, même si un rappel ne fait jamais de mal.

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