Le triplé de la semaine

 

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Hasard du calendrier, ou presque : alors que la mi-saison est assez morne jusqu’à présent (peu de grosses nouveautés en janvier) (quoiqu’il faut que je me mette à True Detective) et que la pause hivernale de certaines séries semble durer depuis des siècles, trois séries du câble américain ont livré ce dimanche 16 février le meilleur épisode de leur saison en cours. Ce qui, pour les couch potatoes complètement blasés et atrophiés du bulbe que nous sommes, a au moins le mérite de réveiller un peu. Spoilers inside, donc.


Shameless S04E06 – Iron City

 

Shameless Iron City

La série adaptée par Showtime s’est à de nombreuses reprises éloignée de sa version originale, mais n’en demeure pas moins (au contraire, en fait, je pense que ça aide) une très bonne série, loin d’être redondante. Dans ce sixième épisode, et alors qu’on n’en est qu’à la moitié de la saison, un rebondissement dramatique a bouleversé toute la dynamique entamée dans la première moitié : la négligence de Fiona et de toute la maisonnée a failli coûter la vie à l’un des enfants. Si glauque soit-il, ce rebondissement nous amène à remettre en perspective tout le comportement de Fiona depuis la saison 3, au moment où, pour protéger ses jeunes frères et sa sœur de l’irresponsabilité morbide de Frank (qui, sur un coup de tête, avait balancé sa famille négligée par un appel anonyme aux services sociaux), elle avait pris la décision de devenir leur tutrice légale. Car même si Fiona bénéficie de beaucoup de circonstances atténuantes et qu’elle a de nombreux mérites depuis le début de la série, force est de constater que par bien des aspects, elle est aussi une Gallagher, et merde plus souvent qu’à son tour. Au cours de cette première moitié de saison, elle a ainsi flingué (comme elle l’avait déjà fait avec d’autres) une relation stable, des opportunités professionnelles, des occasions de se montrer fiable. On sympathise spontanément avec cette jeune fille qui croule sous une masse de responsabilités impossibles à tenir seule, et qui a bien besoin de s’amuser un peu, mais on a bien senti, depuis qu’elle a réussi à obtenir un salaire régulier, qu’elle était moins investie auprès de ses proches : absences, walk of shame, adultère, ont été ses intrigues des derniers épisodes. C’est à peine si elle a remarqué la présence de son père agonisant dans la chambre des garçons, ou les sorties de Debbie. L’épisode Iron City la met donc face à ses manquements, mais sans la juger : c’est elle qui se juge elle-même, prend brutalement conscience de cette seconde d’inattention en trop, encaisse une à une les humiliations ordinaires du système carcéral, et se laisse dévorer par la culpabilité au point de ne pas dénoncer celui qui aurait pu être considéré comme légalement responsable de la situation. Emmy Rossum a encore une fois fait un travail exceptionnel, de même que Jeremy Allen White, dont le personnage de Lip a également eu un parcours intéressant cette saison, pour la première fois confronté à un contexte où sa roublardise ne lui sert à rien, avant de retomber brutalement sur Terre dans cet épisode, prenant conscience d’à quel point il comptait sur sa grande sœur. Sa déception, non verbalisée, était loin d’être implicite, et son jeu tout en silence était absolument glaçant. Quant à William H. Macy, il a enfin pu offrir à Frank un peu d’émotion sincère, de manière crédible au regard de l’historique du personnage mais sans négliger le mélo. La suite de la saison s’annonce importante pour tous les Gallagher, qui vont peut-être devoir réorganiser leurs rôles dans la dynamique familiale. Très riche, ce sixième épisode de la saison 4, également nourri par l’intrigue de Sheila (dont on se demande si elle n’a pas, d’ailleurs, quitté la série sans préavis), et par des moments intéressants du côté de Sammi, de Mandy ou encore de Carl, est l’un des meilleurs de la série jusqu’à présent, osant pour la première fois une percée dans le drame, alors qu’elle oscille toujours entre comédie grasse et chronique sociale dépressive. Et ce n’est pas peu dire.

 

 

 

Girls S03E07 – Beach House

 

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Girls est une série souvent irritante, dont les personnages demeurent généralement peu attachants mais intéressants à force d’insensibilité, d’inadaptation sociale et de narcissisme arty. Or, l’épisode Beach House, qui réunit les quatre héroïnes de la série dans une villa au bord de la mer durant un week-end, à un moment où elles ne sont pas forcément au mieux même si elles s’en défendent (Hannah qui a troqué ses idéaux artistiques contre un salaire dans la pub et quelques snacks gratuits, Marnie qui porte encore les stigmates de sa rupture et semble entamer un plan cul régulier mal assumé avec Ray, Shoshanna qui se maque avec un mec qu’elle méprise pour avoir l’impression de maîtriser sa vie, Jessa qui bosse dans une boutique pour mômes alors qu’elle déteste ça), a eu un vrai mérite : il a mis le doigt sur un détail qui me turlupine depuis le début de la série. Ce détail, c’est le suivant : en voulant, même si ce n’était pas formulé ainsi, s’affranchir de l’étiquette encombrante de Sex and the city de la génération Y, Girls a pris le parti de ne pas réunir artificiellement ses héroïnes autour de brunches, de fêtes ou d’une grosse coloc’ bien commode pour les forcer à se raconter leur life et stimuler la narration. Sex and the City, avec ses quatre héroïnes copines comme cochons et la voix off de Carrie qui liait superficiellement les intrigues de chaque épisode à coups de jeux de mots (« Meanwhile, Samantha was doing another kind of job »), donnait l’impression que les épisodes étaient un peu plus que des vignettes complètement isolables les unes des autres sur la sexualité des trentenaires en milieu urbain. Girls ne parvient pas vraiment à faire cela. Ses héroïnes vivent des choses parfois tellement déconnectées les unes des autres qu’elles pourraient presque être chacune dans une série différente. Hannah et Marnie ne vivent plus ensemble, Jessa est complètement perchée et ne semble plus vraiment avoir d’intrigue fil rouge pour elle seule depuis son retour de désintox, Shoshanna semble exister et mener sa vie loin des trois autres… En fait, Girls est-elle vraiment la série de copines dont elle portait l’étiquette à son commencement ? En amenant les filles au clash dans cet épisode pourtant assez agréable et léger (c’est quasiment la première fois depuis le début de la série que j’aurais eu envie de vivre la situation – ce week-end coolos – avec elles), Girls a, l’air de rien, posé la question : est-ce une série sur des copines, ou bien une série de « vignettes urbaines », sur quatre héroïnes finalement peu liées entre elles (à part, comme on le comprend confusément, par un passé commun de copines de fac), et qui pourraient tout aussi bien ne plus vraiment se côtoyer dans les prochains épisodes ? Leur réconciliation silencieuse, charmante quoique peu crédible, en fin d’épisode, semble balayer assez vite cette possibilité, mais je félicite Lena Dunham d’avoir eu l’intelligence de sortir ses héroïnes deux secondes de leurs angoisses perso pour questionner ce qui les lie et donne sens à leur présence, à toutes, au-delà de la seule Hannah, dans la série. Car je l’avais un peu perdu de vue.

 

 

Looking S01E05 – Looking For The Future

 

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Ah la la, mais Andrew Haigh, quoi… On retrouve beaucoup, dans cet episode qui n’est pas sans rappeler l’épisode de la deuxième saison de Girls centré sur Hannah et sa romance express avec Patrick Wilson, du film Weekend, qui a fait connaître le réalisateur en 2011 : l’impression de huis clos, la naissance du sentiment amoureux, la manière de filmer le sexe de manière explicite mais pas « cul », les dialogues décomplexés sur l’amour et la sexualité… Ce premier « vrai rendez-vous » d’une journée entière entre Patrick et Richie est globalement une jolie réussite à l’écran. Les autres personnages ne m’ont pas du tout manqué, et le romantisme tranquille qui se dégage de l’ensemble a vraisemblablement conquis toute la « blogosphère » gay (même si ladite blogosphère vit et parle désormais plus sur Twitter que dans des posts de blogs). Les dialogues sont également de très bonne facture, avec des questions intéressantes abordées par les deux parties du couple naissant. Leur conversation sur le sujet délicat de l’anal shame, cette gêne très répandue chez les gays dits « actifs », qui les empêche d’être passifs (ou du moins, d’y prendre plaisir) pour des raisons d’inconfort généralement stimulées par des facteurs extérieurs à la seule sexualité, est notamment très intéressante, et j’espère que le sujet sera exploré par la suite. Alors qu’il ne s’y passe toujours rien d’exceptionnel, Looking commence à devenir une bonne série, dépassant les réticences que le pilote avait provoquées en moi. L’arrivée de personnages bousculant l’équilibre des trois héros de la série (Kevin le boss de Patrick, Lynn le fleuriste avec qui Dom flirte bizarrement, CJ le prostitué qui intéresse tant Agustin d’un point de vue artistique) a permis aux scénaristes de semer les graines de futurs développements, et il y a donc des débuts d’enjeux, des raisons pour lesquelles ça pourrait mal tourner. On se demande qui va perdre gros d’ici la fin de la saison, parce que c’est obligé, et on commence enfin à être accroché. Mais cette petite escapade amoureuse a été la bienvenue, nous montrant que la série traite ses personnages avec respect et tendresse, et que, quelque part, elle ne souhaite pas les torturer inutilement sans leur apporter quelques instants lumineux.

 

Pour une semaine où il n’y avait pas grand’chose à regarder, on aura au moins été bien servis, niveau qualité. On dit merci le câble US. Même si Scandal me manque toujours.

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