La Pop-Pouffe de février

 

Ah, merveilleuse Kylie. Bientôt 46 ans et toujours cette fraîcheur primesautière, ce sourire de pin-up ravie, ce regard à la fois carnassier et d’une bienveillance tellement apaisante… Dire qu’on la compare si souvent avec Madonna pour la seule raison qu’elles sont les deux seules chanteuses à avoir eu des hits mondiaux dans les 80’s, les 90’s et les 00’s. Et peut-être, aussi, pour le public gay qui les suit religieusement (pour les encenser comme pour les descendre, d’ailleurs). C’est négliger les différences fondamentales dans l’ADN musical et symbolique de ces deux figures décisives de la pop contemporaine. Ambiance, discours, styles musicaux expérimentés, la pop de Kylie n’a jamais été la même que celle de Madonna. Le son comme les accessoires ne sont jamais vraiment les mêmes. Là où l’image déployée par Madonna a toujours été subversive et provoc’ (ou presque toujours, disons), Kylie a toujours été la petite fiancée souriante du monde, jouant tranquillement et sans vraie période trash l’émancipation progressive d’une jolie pin-up teenager un peu manipulée par ses managers à la mini-bombe sexuelle maîtrisant totalement son destin. Contrairement à Madonna, Kylie Minogue n’a jamais eu une image de figure féministe, de virago opportuniste ou de diva robotique et botoxée, selon les périodes et les points de vue qui l’ont contemplée. Elle est juste cette nana sympa et souriante, qui a toujours l’air sincèrement ravi d’être là, et qui chante une pop dansante et sucrée pour laquelle elle n’hésite pas à jouer le jeu habituel des mini-jupes et des décolletés. Dans une même « branche » de la musique mainstream, on peut en fait difficilement faire plus éloigné.

 

 

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Into The Blue, le dernier clip de Kylie, premier extrait de son prochain album Kiss Me Once (qui sort le 14 mars), reste donc dans le jus habituel de Kylie, même s’il arbore une sorte d’élégance un peu huppée bien éloignée du mini-short en lamé doré de Spinning Around (on ne peut pas éternellement capitaliser et rester crédible sur une image de clubbeuse en mini-short) : sourire, cherry lips, tenues iconiques, refrain rapidement entêtant, clin d’oeil aux fans gays (après tout, Clément Sibony aurait pu être habillé dans la plupart de ses scènes). Oui, Kylie version 2014 (et surtout version Roc Nation, puisque Kiss Me Once sera son premier album sous la tutelle de Jay Z et de son label) reste assez fidèle à elle-même, malgré ses ambitions, à la fois plus affirmées et probablement plus illusoires que jamais, de refaire un hit de l’ampleur de Can’t Get You Out Of My Head et de conquérir un marché US où elle n’a jamais fait de grosses étincelles. Bon, elle a enregistré un duo avec Enrique Iglesias, mais comme on l’aime, on est prêts à lui pardonner. Et vu l’album sampler publié sur YouTube il y a quelques jours, on peut même se rassurer à l’idée qu’une fois de plus, Kylie Minogue a réussi là où Madonna échoue de plus en plus fréquemment : allier son actuel et image assagie, fun et respect de son public, dans une pop festive taillée pour les clubs et les remix sans pour autant sombrer dans un jeunisme gainé et vocodé un peu gênant. Un équilibre précaire et acrobatique, sur lequel Kylie se tient pourtant miraculeusement depuis trois albums. Et de temps en temps, c’est rassurant de constater qu’en musique, même en allant de l’avant, certaines choses ne changent pas.

 

 

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