Tout plaquer, partir en barque et devenir Pocahontas

 

Le courage. C’est ce qui manque au quotidien. Justement pour être capable de changer ce quotidien, de le plaquer un peu, d’essayer autre chose, d’aller prendre le risque de se planter, et de se planter effectivement. La torsion interne des pessimistes casaniers est forcément titillée par cette vidéo. Que fait-on de notre liberté d’adulte salarié ? Et même si ce n’est que du discours marketé par une boîte de conseil en management, rendu bien vendeur par des images Calvin & Hobbes-like, et bien imbibé par la voix off de motivational speaker, bordel, qu’est-ce que ça donne des idées. Et en premier lieu, l’idée d’oser. Même quand nos doutes et notre médiocrité naturelle nous poussent à ne pas prétendre à autre chose que notre vie parce que, elle a beau être ordinaire et limitée au possible, et nos ambitions envolées depuis longtemps pour se contenter de réussir à payer le loyer tous les mois, un verre de temps en temps et des vacances une fois par an (et c’est déjà tellement plus que tant d’autres), elle reste notre vie. Et même si c’est un effort surhumain de s’extirper de là, personne ne la fera évoluer à notre place dans un sens susceptible de nous satisfaire…

 

Enfin, ils sont bien mignons, les anglo-saxons, avec leur belle notion de « dreams », mais comment on fait quand on ne rêve de rien d’autre que de dormir 16 heures par jour et de juste être riche pour avoir le temps d’écrire, de manger et de profiter de la vie et de gens soigneusement sélectionnés (parce qu’en vrai, qui aime « les gens », en tant que foule grise et anonyme dont les mouvements et la présence encombrante gâchent aussi bien la déjà peu réjouissante expérience des transports en commun que tous les lieux publics ?) (oui, je suis souvent misanthrope, partager l’espace public m’ennuie) (alors que le partage et le vivre ensemble sont l’un des intérêts majeurs de l’espace public et que je serais bien emmerdé si demain Paris était vidée de toute âme qui vive, je sais) ?… Rêver, c’est déjà un luxe, ou une lubie d’optimiste inconscient. Comment tu en sors, de ta zone de confort, quand tu n’en es même plus à aspirer à des choses qui existent réellement en dehors de cette zone ? Bah tu attends, tu te résous à l’idée que la vie c’est un truc médiocre pour 95% de la population mondiale, tu fais ton chèque de taxe-d’habitation-en-retard-et-majorée, et tu fermes ta bouche.

Alors « Do You Dare To Dream ? », conclut la vidéo. Bah non mon coco, tous les gens qui ont une vie à financer n’ont pas le talent suffisant pour se rêver (et encore moins pour concrétiser) une vie d’artiste (car on le sait bien, au fond, que ce n’est que de ça qu’il s’agit : aspirer à être écrivain, chanteur, acteur, peintre… à s’épanouir dans des branches « épanouissantes » tellement bouchées que la plupart des personnes sensées s’abstiennent). Que j’aie les moyens de faire un vrai voyage dans les deux prochaines années pour aller dans ta learning zone, ce sera déjà un miracle, et c’est pas toi qui vas me le sponsoriser. C’est ma confort zone minable. Heureusement qu’il y a une majorité de gens pour rester dans leur confort zone, sinon il n’y aurait personne personne pour ramasser les rêveurs qui reviennent de leurs magic zones au bout de deux ans, sans réseau, sans logement et sans thune. On y réfléchira un peu avant d’avoir identifié son « rêve », comme si c’était si facile, comme si ce n’était que le coup de pied au cul qu’on se met une fois par semaine pour ne pas sécher le cours de gym suédoise. Dites, mes chéris à l’origine de ces jolis discours, vous ne travailleriez pas dans le management, par hasard ?

Non, non, pour rien.

2 réflexions au sujet de « Tout plaquer, partir en barque et devenir Pocahontas »

  1. Ton article est très bien écrit mais je restes en désaccord avec ce que tu dis.
    Parfois on a les moyens de sortir de sa zone mais on y reste plus par peur du changement et parcequ’on sait très bien que lorsque l’on quitte la zone de confort les choses ne nous y attendront pas bien sagement que par réelle nécessité.
    Quand on va en sortir on abandonnera des choses, la question est de savoir si on est capable de renoncer a ces choses et si c’est bien la meilleure solution pour nous d’abandonner nos habitudes au profit de nouvelles, de reconstruire de zéro un empire qu’on avait déjà bâti avec les gens qui nous entoure et qu’on voit déjà s’écrouler.
    Je le dis a titre indicatif mais je suis jeune, je ne connais pas grand chose à la vie mais arrêter de rêver me semble juste impossible
    Qu’on le veuille ou non on reste de grands enfants, on ne veut plus devenir pompier ou policier (même si les uniformes font rêver certains) mais on a toujours l’ambition que les choses évoluent. Stagner est trop dur a supporter, c’est de se dire que demain peut être différent qui fait rêver pas de vouloir des choses hors du commun comme avoir des ailes ou devenir astronaute.
    Pour le type de la vidéo le rêve est d’élargir sa zone de confort. Pour moi, élargir c’est avancer ou du moins ne pas reculer.
    Voilà

    1. Bien sûr. Avoir envie c’est important, ça aide à se lever le matin, mais on ne peut pas tous aspirer à autre chose, sinon personne ne s’investirait jamais dans ce qui est effectivement sa vie, espérant toujours une vie meilleure, plus adaptée à notre personnalité, plus réussie… Parfois le mieux est l’ennemi du bien, et sauter le pas, en plus d’être très difficile, est contre-productif : peut-être qu’être heureux c’est aussi accepter, aménager et améliorer sa zone de confort, pas aller en chercher une plus exotique (et, la vidéo ne le précise pas assez, plus valorisante socialement) un peu plus loin. S’enivrer de nouveauté, c’est intéressant et enrichissant, mais n’est-ce pas aussi ne jamais se satisfaire de nos routines et des vieux trucs pas glam’ et pas nouveaux qui constituent notre existence ?

      Les enjeux qui se jouent ici (esprit aventureux vs. conservatisme, grossièrement) ne sont pas bien simples à trancher, je trouve. Alors que la vidéo donnerait presque l’impression que si. Que c’est « juste » une tournure d’esprit à avoir.

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