G I R L : alors, Pharrell Williams est-il le nouveau Michael Jackson ?

 

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Rarement un timing aura été aussi parfait, et une réussite aussi insolente, dans une année musicale, que celle de Pharrell Williams depuis mars 2013. Si Get Lucky était un tube évident à la première écoute, Blurred Lines du chanteur libidineux Robin Thicke (qui n’avait jamais connu pareille fête à l’international) était déjà un pari plus risqué, et Happy, assorti d’un clip web événementiel des mois après être apparu sur la B.O. de Despicable Me 2, est carrément un hit surprise, tant son planning de diffusion a déjoué les codes habituels du hit single délivré en radio puis en clip puis sur les plateformes de téléchargement légal avant de débarquer éventuellement en support physique… Pharrell Williams, pourtant déjà tranquillement installé au Panthéon des producteurs pop depuis une grosse dizaine d’années, n’a tout simplement pas fait de faux pas en un an, allant chercher le tube planétaire là où on ne l’attend pas. Même son désormais célèbre Happy (trop célèbre, si tu veux mon avis, au vu de la qualité des vidéos « virales » et autres flashmobs qui pullulent depuis des semaines au son de cette douce ritournelle), qui avait un peu plus tardé à s’imposer aux États-Unis qu’en Europe (rare, pour un chanteur US) a fini par atteindre la place de n°1 du Billboard Hot 100 il y a quelques jours, mais des semaines après être devenu n°1 en France…

 

Et donc, avec tous ces succès « surprise », l’album solo était attendu au tournant. G I R L, annoncé il y a quelques semaines avec sa pochette cryptique, est sorti le 3 mars dernier et s’est logiquement hissé en tête des classements un peu partout. Brève revue de ce qui pourrait être, selon la blogosphère musique qui n’exagère jamais rien et sait garder le sens des proportions, le Thriller de 2014 (ou, au minimum, le prochain album balancé à outrance dans les illustrations musicale de D&CO et les synchros publicitaires)…

 

 

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Marilyn Monroe

Une intro ample, avec orchestre, qui sent le cinéma à plein nez : le deuxième single de l’album, sorti en début de mois, est ambitieux. Et pour cause, Hans Zimmer, le génial compositeur de la B.O. d’Inception notamment, est aux commandes. Le refrain, mentionnant Marilyn, Cléopâtre et Jeanne d’Arc, est une petite tuerie qui s’instille dans le cerveau à la première écoute. Avec un beau clip, ce pourrait être un énorme tube. Mais les voies du marché single sont impénétrables…

 

Brand New

Une des chansons préférées de la blogosphère musicale, sur l’album. Probablement bien aidée par la présence de Justin Timberlake, devant lequel la planète semble encore courber l’échine en chœur en dépit du fait qu’il propose désormais une pop pompeuse qui se prend au sérieux et qu’il n’a pas pondu un hit correct depuis huit ans, Brand New bénéficie d’un son bien dans l’air du temps, qui n’est pas sans rappeler l’ambiance black old school qui se dégageait l’année dernière de Get Lucky ou du comeback de Bruno Mars : une certaine idée du fun et de l’amusement musical « respectable », nostalgique du funk et du disco. Ce sera inoffensif si ça passe en boîte, vite irritant si c’est matraqué tout l’été. Ce n’est en tout cas pas le tube de la décennie. On verra bien.

Hunter

Je pense que c’est probablement le tube le plus facile de l’album, l’un des singles les plus évidents, avec sa mélodie qui démarre au quart de tour et son riff de guitare qui sent bon les 70’s. Le refrain fera murmurer les chaudasses sur le dancefloor “Hey baby / Woo-oo /My love is kung fuuu / Hey baby / Woo-oo / Sex is kun fuuu’.”… Je pense vraiment que cette chanson doit devenir un single, notamment avant qu’une publicité pour une bagnole ou une boisson gazeuse ne s’en empare.

Gush

Ici, le son est vintage, mais ne remonte pas jusqu’aux années 70-80 : on a plutôt l’impression d’entendre un titre des Neptunes du début des années 2000. Rien d’étonnant, en soi, à ce que Pharrell fasse des clins d’oeil au son qui a fait de lui l’une des pointures de la pop mainstream. C’est accessoirement l’une des chansons les plus sexuellement suggestives de l’album… « Do you wanna get dirty, girl? / Come on / Light that ass on fire ». Une chanson sympa, un peu faible pour faire un bon single.

Happy

Inénarrable succès qui, de notre côté de la Manche, est probablement pour beaucoup de gens le premier vrai single de Pharrell qu’ils découvrent et écoutent, Happy est LE hit mainstream qu’on n’espérait plus pour le génie quadragénaire caché, avec Chad Hugo, derrière les Neptunes. L’idée de génie (mais s’en était-il seulement rendu compte en la mettant en scène) étant en grande partie derrière le clip de 24 heures qui illustre la chanson (répétitivité de la chanson = elle s’immisce dans l’esprit sans qu’on s’en rende compte) et qui rend un hommage amoureux à la ville de Los Angeles, donnant au passage à la planète entière l’envie d’en faire de même avec sa propre ville. Mélodie ancrée dans l’inconscient collectif + phénomène viral réutilisé par des milliers d’internautes dans des lipdubs (ou apparentés) + chanson à la dimension suffisamment enfantine et urbaine pour être universelle = hit. On n’attendait pas forcément Pharrell sur ce terrain-là, une fois de plus (et parfois, l’incongruité peut compromettre un succès mérité), mais il a tenu l’équilibre avec un tel brio, une telle élégance, qu’au final ça ne pouvait que marcher. L’une des vraies réussites, en termes de produit / single, de l’année écoulée.

Come Get It Bae (feat. Miley Cyrus)

Une intro qui n’est pas sans rappeler le Love Machine des Girls Aloud, et la présence de Miley Cyrus : c’est sûr, on est face à un bangerz qui se voudra efficace au bord des piscines des gosses de riches cet été. Considéré par beaucoup (probablement en grande partie par haine aveugle de Miley Cyrus, qui n’a pas encore la respectabilité pop d’un Justin Timberlake) comme le furoncle sur la tracklist de l’album, Come Get It Bae est plutôt agréable mais surtout assez répétitive. Elle dure 3 minutes 22 et on a un peu la sensation qu’elle en dure 5. Pas forcément bon signe. Là aussi, on est plutôt sur des chuchotements à vocation sexuelle, mais bon, si on n’avait pas l’esprit aussi mal tourné, aussi, hein, peut-être qu’on n’y verrait qu’un hymne à la sécurité routière.  “You wanna ride it, my motorcycle / You got a license, well you got a right to / Wanna pop a wheelie, don’t try too hard to / Take it easy on the clutch, cuz girl I like you.”

 

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Gust Of Wind (feat. Daft Punk)

Lose Yourself To Dance 2. Boring.

Lost Queen

“What planet are you from, girl?” Un peu plus tribal dans sa composition générale (enfin, bon, y’a un peu de percussions et de chœurs secs, quoi), Lost Queen est une respiration roots dans un album qui a jusqu’à présent été très urbain et, il faut bien l’admettre, très chatte. Ce titre, pas forcément très pertinent pour un single, est en tout cas plus doux, moins agressif. Il devrait plaire à… des gens qui n’aiment pas l’ambiance générale de l’album. Un peu bizarre, donc, mais il y a des titres un peu « hors sujet » sur tous les albums, non ?

Freq (feat. Jojo, Leah Labelle)

Chanson cachée immédiatement à la suite de Lost Queen, Freq est un titre low tempo assez moite qu’on se verrait bien écouter en transpirant dans un hamac au bord de la mer en sirotant une Margarita une eau de coco. Le titre ne monte hélas guère en puissance, et en dépit d’une mélodie pas indigente, s’oublie aussitôt la piste suivante débutée…

 

I Know Who You Are (feat. Alicia Keys)

Un titre peut-être encore plus estival que les précédents, notamment à cause de ses évidentes influences musicales ska et reggae. La voix d’Alicia Keys est toujours aussi reconnaissable, et semble souvent éclipser celle de Pharrell, qui a semblé faire davantage profil bas sur cette collaboration que sur les autres duos de l’album. C’est malheureusement l’un des titres les plus faibles de l’album, peut-être un de ceux que l’on hésiterait le moins à qualifier de filler. Mais ça reste plutôt bon, et sur un album de seulement dix pistes, ce serait quand même bête d’avoir mis des fillers, non ?…

It Girl

Le titre qui nous porte vers la sortie de l’album est une sorte de synthèse de tout ce qu’on a attendu jusqu’à présent, à la fois pop et planant, rythmé et sensuel, dans lequel on s’oublie sans voir le temps passer, vintage et moderne, moite et maîtrisé. Patiemment construit, sans temps fort dans le refrain ni dans les couplets, il nous amène tranquillement vers la fin de cette parade de séduction, plutôt sulfureuse dans son ensemble, que fut le second album de Pharrell Williams, gigantesque patchwork des sons qui ont fait sa légende, de ses collab’ pour Britney Spears, Madonna ou Justin Timberlake, en passant par ses grandes heures avec N.E.R.D ou ses gros hits les plus récents. Cet album, plus qu’une nouveauté redéfinissant le son de Pharrell, est en fait une sorte de quintessence.

Au final :

G I R L n’est peut-être pas le disque de l’année ou de la décennie au même titre que Thriller le fut en 1982/1983 : il s’en distingue notamment par son thème très féminin, affiché par son titre comme par le chanteur lors de sa tournée promotionnelle, qui ne parvient toutefois pas à masquer les vilaines habitudes du hip-hop et du R’n’B masculin dont certains n’ont semblé prendre conscience qu’avec Blurred Lines l’année dernière. Les femmes (qui sont bien plus souvent des « girls » que des « women », quand les mecs sont bien plus souvent des « men » que des « boys ») auxquelles s’adressent ces chansons sont majoritairement des objets de désir, appelées à céder à leurs appétits sexuels pour un interprète forcément sublimé. Parce que, tu te souviens, I know you want it… Sorti à une époque où le public, notamment féminin, est plus conscient et plus réfractaire à l’ambiance de rape culture qui règne parfois dans la pop « adulte », G I R L va peut-être pâtir de son contexte de lancement, puisque parler avec insistance de femmes dévêtues et affamées de sexe n’est pas perçu avec autant de neutralité bienveillante qu’à l’époque du Yeah! de Usher ou du Candy Shop de 50 Cent (ce dernier jouant, d’ailleurs, bien plus ouvertement de la provoc’ sexiste qui entourait son image publique)… N’empêche que les hits sont là et que presque toutes les pistes sont des singles potentiels. Et quand on voit comment Pharrell Williams a le mojo depuis des mois, pas de raison que 2014 ne permette pas à quelques-unes des chansons de G I R L de devenir des tubes mondiaux. Le grand public est prêt pour Pharrell.

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