Les gazelles, trop fortes pour le cinéma

 

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Ça partait assez mal, avec cette affiche atroce qui laisse entrevoir une comédie potache bien standard dont la seule différence avec une énième comédie ratée d’Alexandra Lamy, de Judith Godrèche ou de Virginie Efira serait un casting plus frais (adjectif à traduire par « des meufs moins connues qui coûtent moins cher à faire tourner ») et cette tagline absolument navrante « Après Le Cœur des Hommes, la Chatte des Femmes ». Au secours. On s’imagine assez vite la comédie vaguement trash mais hyper classique répondant crânement au machisme assumé par un féminisme vindicatif et un peu puéril. C’est dire si Les Gazelles est au final une (bonne) surprise.

 

 

Passé le début et une mise en place pas très fine (Marie, l’héroïne qui a tout, le full package, le mec, le CDI, l’appartement avec prêt sur 360 mois, et les potes – mais le tout en version pas folichonne – et qui va craquer et tout plaquer), les choses s’améliorent en effet très vite. L’impression de voir, chez Camille Chamoux, un morphing raté entre Florence Foresti et Audrey Lamy, disparaît dès qu’elle cesse de jouer la frustrée en déni et qu’elle semble s’épanouir dans un célibat fait de rigolades et de lose. Exit, donc, les tics faciaux de nénette aigrie et control freak que les jolies actrices de moins de 40 piges se sentent obligées de mobiliser pour être drôles depuis l’avènement de Muriel Robin, pour laisser place à un body language plus naturel. Et franchement bienvenu.

 

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Bon, le film en lui-même n’est pas à se taper le cul par terre (il y a, comme on pouvait s’y attendre, quelques scènes vaguement trash à base de plans cul ratés ou de poils pubiens, histoire de montrer, au cas où on en douterait encore en 2014, que les hommes n’ont pas le monopole de la sexualité active, des murges et de la vulgarité), mais on sourit beaucoup, on rit très franchement par moments, et globalement on se sent plutôt bien aux côtés de Marie dans son exploration du célibat. La vraie réussite du film est double, à mon sens : elle réside tout d’abord dans ce groupe de filles qui se forme assez spontanément sous nos yeux et dont l’amitié et la dynamique de groupe sont bluffantes de fluidité (j’ai assisté à une séance en avant-première et j’ai demandé à la réalisatrice Mona Achache s’il n’y avait pas quelque chose à faire pour prolonger ce groupe de copines, auxquelles le format ciné d’1h39 ne rend pas entièrement justice à mon sens – via une suite, une mini-série, une BD – l’intrigue se centrant quand même beaucoup sur Camille Chamoux quand des personnages comme ceux de Naidra Ayadi ou Joséphine de Meaux m’ont semblé à peine effleurés) (la réalisatrice m’a mis un demi-vent qui voulait globalement dire que non, elle ne tombera pas dans le travers des suites redondantes en cas de succès de son film) ; elle tient, ensuite, à son parti-pris scénaristique. On est dans un chick flick, sur la forme, mais il y a des variations bienvenues. L’âge des protagonistes, déjà, qui les situe plus dans la trentaine entamée que dans la comédie romantique post-fac. Les thèmes explorés, ensuite, qui n’hésitent pas à s’aventurer dans des instants bien plus sombres. Sa fin, aussi, où, sans en dire trop, on ne résout pas le destin des cinq nénettes en leur collant à chacune dans les pattes un mec rencontré en cours de film.

 

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Il y a un peu de tout, au niveau des conclusions offertes aux héroïnes du film, mais pas nécessairement dans les schémas classiques hollywoodiens. Oui, c’est généralement pour trouver « mieux », pour éviter d’être mal accompagnées, que ces nénettes sont célibataires, mais ce n’est pas forcément triste en soi de le rester un peu et d’en profiter, de ne pas avoir toutes trouver chaussures à leur pied au bout d’une heure et demie d’aventures. Ça change un peu des films reprenant ce type d’intrigue, où les cinq héroïnes auraient joué les chaudasses pendant 1h10 avant de subir une brutale prise de conscience et de se réfugier dans le (forcément) grand amûûr juste avant le générique.

On peut en revanche reprocher au film son manque de rythme par instants, et ses instants comiques un peu poussifs (le guest de Balasko, l’accouchement en appartement, la collègue dépressive relou…), mais il se dégage du tout une énergie et une fraîcheur de ton qui permettent de pardonner beaucoup de choses. Je n’en démords pas, les personnages de Sandra, Myriam, Judith, Gwen et Marie, ainsi que leur dynamique de groupe, portent les meilleures parties du film (heureusement que l’affiche laisse au moins passer cette idée), et j’aurais vraiment été volontaire pour les suivre pendant quelques épisodes d’une série TV pour mieux les connaître. Le format ciné n’est pas parfait pour rendre justice à cette clique, mais au moins donnera-t-il, peut-être, envie au public de mieux connaître le boulot des femmes qui lui ont donné corps.

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