Mixology, chimie des soupes de langues

 

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Le romantisme urbain est mort. C’est du moins ce que les séries comiques US tentent de nous faire avaler depuis maintenant un peu plus d’une décennie, en mettant en scène des personnages blasés, au parcours amoureux allant du bof au chaotique, un peu revenus de tout en somme. Je l’avais déjà dit ici en causant notamment de Bridget Jones et de tous les héros plus ou moins fictionnels qui encombrent désormais séries, films et sketches, la blase du célibataire qui a loosé dans sa vie sentimentale est devenue une sorte de caractéristique par défaut des personnages déployés sous nos yeux ; « le quotidien, la loose, la banalité, l’identification facile comme mécanismes du rire pour tous, mais avant tout pour nous public urbain jeune et vaguement CSP+ (ou aspirants), désormais incapables de rire d’autre chose que de nous-mêmes »

Donc bon, les personnages de Mixology, la nouvelle comédie d’ABC, sont dans la même mouvance post-Meetic : là pour choper ou pour trouver le grand amûûr, ils en ont vu d’autres, et savent très bien que la personne en face n’a pas forcément la même idée qu’eux/elles en tête. Le principe de la série est assez simple tout en offrant une particularité narrative à la fois bizarre et ambitieuse, et d’ailleurs c’est un peu ce qui m’a convaincu de laisser leur chance aux deux premiers épisodes (en résumé sympatoches, mais pas drôles à se taper le cul par terre non plus) : dans un bar branché de Manhattan, le Mix, cinq filles et cinq garçons qui ne se connaissent pas encore tous, qu’ils soient clients ou employés, sont à la recherche de l’amour, pour un soir ou pour toujours… Cette première saison de la série (et peut-être les suivantes… s’il y en a), va les suivre alors qu’ils se rencontreront, se jaugeront, se frôleront, se louperont ou se séduiront, en ayant la particularité de se dérouler sur une seule et même soirée, détaillée par tranches de 22 minutes, en 13 épisodes qui seront diffusés d’ici fin mai. A chaque épisode, on découvre un futur couple potentiel, qui a généralement eu sa première interaction dans l’épisode précédent, à l’arrière-plan de l’intrigue principale : les personnages secondaires d’un épisode deviennent les personnages centraux du suivant, et on se surprend à papillonner à travers le bar et à imaginer de futurs « matches » possibles entre des personnages qui ne se sont pas encore croisés, et les hasards et rapprochements stratégiques qui, volontairement ou non, vont les amener à entrer en collision.

On retrouve, confusément, des idées exploitées par How I Met Your Mother, peut-être le futur maître-étalon de la sitcom romantique, ces dernières années, voire ces derniers mois : le bar comme terrain de chasse amoureuse au détriment de toute endogamie, l’intrigue d’une saison entière ramassée artificiellement en une unité de temps et de lieu bien précise, les flashbacks, les intrigues secondaires ou inexpliquées qui nous sont présentées depuis un point de vue plus « éclairant » à l’épisode suivant… Tout ça ne transpire pas l’originalité mais cela reste, globalement, des ingrédients plutôt sympas.

 

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La série n’est toutefois pas exempte de défauts. Tout d’abord, elle se déroule dans un endroit bruyant et impersonnel, qui ne facilite ni l’attention ni l’envie de rester là avec les personnages : ce bar vaguement lounge mais surtout prétentieux et gorgé de musique électro random est antipathique à plus d’un titre.

Ensuite, l’écriture n’est pour le moment pas très drôle, et les personnages pas hyper agréables ni intéressants, plutôt portés par des acteurs de seconde zone moyennement charismatiques (Sugar Motta de Glee, Aurora de Once Upon A Time, Paul Torres de The Following, etc.). Écrite par les scénaristes de Very Bad Trip, Jon Lucas et Scott Moore, donc pas très bien partie pour s’attirer ma sympathie la plus spontanée, Mixology fournit une galerie de personnages à la psychologie souvent déconnectée de toute réalité, à force de les vouloir « décalés ». Des figures aussi archétypales que le gros niais qui a toujours été en couple et ne sait pas draguer, la bombe latino carriériste et castratrice, la mère célibataire frustrée de retour sur le terrain du dating, ou le gros balourd barbu crade qui se prend pour un womanizer de compétition alors qu’il ne semble viser que de la meuf ultra-bourrée ou vulnérable (cool, l’idée qu’un personnage pour lequel on est supposé souhaiter un minimum de succès cherche à coucher en priorité avec des femmes incapables de donner un consentement éclairé), on les a déjà vus cent fois, et souvent en mieux. D’autant qu’il y a bien longtemps que des psychologies aussi sommaires ne sont plus crédibles aux yeux du public, et qu’avec dix personnages présents dans chaque épisode de vingt minutes, les scénaristes peinent à les faire exister au-delà de ces traits grossiers.

Les flashbacks, supposés offrir une respiration narrative hors du bar tout en nous permettant de comprendre un peu mieux la vie et le parcours amoureux des personnages centraux de chaque épisode, sont quant à eux plutôt rythmés et réussis, et constituent à peu près la seule justification valable à l’existence de la voix off relou. Pour le moment, Mixology n’est donc pas une franche réussite, que ce soit en termes d’audience (moins de 5 millions de téléspectateurs quand Modern Family, autre sitcom diffusée sur ABC le mercredi soir, tourne plutôt autour de 9 millions) ou de comédie, mais je demeure assez curieux de voir comment les créateurs de la série comptent boucler leur « soirée », et même de découvrir (bien que cela ait peu de chances d’arriver) comment ils s’y prendraient pour délayer la sauce dans une deuxième saison : en gardant les mêmes personnages ? le même lieu ? juste le même principe dans un autre bar avec une partie du casting renouvelée ?… Quel dommage, en attendant, que le résultat final ne semble pas, après deux épisodes, à la hauteur de l’ambitieux concept.

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