Salem, le soap nul marketé comme American Horror Story

 

 

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Les séries US n’en ont toujours pas marre des séries à costumes, variations romanesques plus ou moins fantastiques sur des époques révolues supposées éclairer la nôtre. De Reign à American Horror Story en passant par Sleepy Hollow ou, dans une moindre mesure, Game of Thrones, il y a une véritable tendance, pas dominante mais clairement identifiable, à la série « historique ». Une autre tendance forte de ces dernières années est bien évidemment la série SF reprenant un poncif éculé de la science-fiction littéraire au motif plus ou moins foireux de surfer sur la tendance initiée par Twilight d’explorer plus en profondeur et avec des perspectives nouvelles des figures aussi connues que le loup-garou, le vampire ou la sorcière. Coucou Vampire Diaries, True Blood, Arrow, Teen Wolf, Witches of East End… et donc Salem.

Salem c’est quoi ? C’est une série qui s’intègre à merveille dans ces deux tendances de la série “historique” / cliché usé de la SF, diffusée sur WGN America (une chaîne du câble US dont je n’avais jamais entendu parler – normal, vu que c’est là l’une des premières séries originales qu’elle développe au milieu de sa grille essentiellement composée de JT, évènements sportifs, émissions religieuses et séries de grandes chaînes qu’elle rediffuse en syndication), et exploitant, comme son titre l’indique, la légende de la célèbre ville du Massachussetts située au nord de Boston. On se retrouve donc, dans les premières minutes du pilote, devant une ville de la fin du XVIIème siècle grisâtre et un peu sinistre, percluse de pauvreté et d’obscurantisme comme il se doit (ouh la la, comment c’était pas cool le passé, comment notre époque elle est mieux et ne stigmatise ou de marginalise personne en comparaison) (oh wait…), où les personnes pas assez puritaines (jeunes filles soupçonnées de sorcellerie, fornicateurs) sont marqués au fer rouge ou pendus selon la gravité de ce dont on les accuse.

C’est là que Mary, pute jeune femme aux mœurs légères qui a forniqué avant le mariage, se retrouve contrainte d’avorter après le départ de son amoureux John Alden parti à la guerre, et va au passage être initiée à la sorcellerie (enfin, si j’ai bien compris). Sept ans plus tard, lorsque John revient enfin de la guerre, Mary n’a pas tenu sa promesse de l’attendre, le croyant mort. A la place, elle a épousé l’homme le plus riche et puissant de la ville, un puritain notoire (bien évidemment blanc, vieux et replet), et manœuvre en sous-main pour décimer les bigots au profit de sa « communauté ».

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Outre la laideur plastique de l’ensemble et le casting de comédiens qui jouent tous comme des pinces à linge, Salem croule sous les invraisemblances, que même son statut de série SF ne parvient pas vraiment à justifier. Déjà, John Alden, qui a vraiment existé (et – SPOILER – est connu pour être l’un des seuls hommes à avoir survécu à un verdict de culpabilité lors de l’un des procès de Salem), n’était pas un fougueux jeune premier d’1m80, mais un marchand d’une cinquantaine d’années et père d’une famille de quelques 14 enfants, à l’époque décrite dans la série. Ensuite les comédiens sont tous des mannequins Calvin Klein trop grands, trop athlétiques, trop maquillés pour être crédibles une seconde en simples citoyens du XVIIème siècle (ils ont l’air trop bien nourris et en trop bonne santé, quoi) (certainement, comme sur The CW, pour que les téléspectateurs aient envie de coucher avec eux). Même en termes de mœurs, des trucs semblent ridicules : l’édile qui va aux putes au vu et au su de tous en dépit du climat délétère de bigoterie, la femme de l’homme le plus puissant de la ville qui se désape à son balcon qui donne sur la grande place de la ville, la présence de personnages ou figurants noirs dont le statut social reste vague alors que la série se passe près d’un siècle avant la Constitution des États-Unis et les lois instaurant les Slave States et les Free States…

Surtout, et c’est récurrent à ce type de séries « historiques », on prête aux personnages des traits de caractère contemporains (héros traitant la foule de bigots demeurés et hypocrites, jeune fille remettant en question l’autorité parentale devant des étrangers…) qui leur auraient probablement valu de graves ennuis dans la réalité.

Comme la série est dans l’ensemble assez laide et mal jouée, toutes ces pistes m’invitant à me sortir l’esprit de l’épisode pilote ont bien évidemment toutes été empruntées.

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Enfin, et c’est peut-être son tort essentiel, Salem fait le choix de ne pas laisser planer le doute, au moins pendant quelques épisodes, sur la réalité d’une « menace » magique : la série choisit très vite de nous montrer que la magie existe bien (scène d’avortement clandestin avec Satan + scène d’exorcisme bien risibles à la clé) et qu’il y aura plein d’éléments surnaturels (souvent bien commodes, il faut dire) dans l’intrigue, perdant du même coup l’opportunité de créer un doute chez le téléspectateur, une tension, une impression malaisée que quelqu’un est juste accusé à tort d’un truc qui n’existe pas. C’est dommage, à mon sens, car c’est probablement la seule chose qu’il y aurait d’intéressant à dire sur cette époque et ce chapitre particulier de l’histoire des États-Unis : ce que cet obscurantisme, cette bigoterie, cette inquisition et ces mises à mort pour des faits de magie jamais avérés, révélaient, socialement, de l’Amérique naissante.

Décevante par son matériau trop attendu pour une nouveauté série de 2014, et par ses promesses (trash, gore, sexe) clairement non tenues quand on la compare aux récentes concurrentes du genre, Salem n’est en définitive qu’un soap archi-convenu sur des amoureux maudits que la grande Histoire a placés dans des camps « opposés » et qui vont devoir contourner les obstacles d’un tas d’intrigues stratégiques concons et de personnages plus ou moins demeurés pour pouvoir, enfin, s’aimer d’un amûûr pur comme le sang d’une vierge offerte à l’antéchrist. Vu le charisme de l’ensemble, je doute d’avoir le courage de me fader le parcours avec eux.

3 réflexions au sujet de « Salem, le soap nul marketé comme American Horror Story »

  1. C’est n’importe quoi. Salem est une très bonne série, Les acteurs ne jouent pas « comme des pinces à linges », chacun joue bien son rôle, bien que ce ne soient pas des acteurs milliardaires très connus, ils jouent mieux que ceux dans la plupart des séries américaines. Il est normal que les auteurs n’aient pas repris EXACTEMENT les faits réel ou les personnages, sinon ça serait carrément répugnant. La série est donc bien fondées, elle nous fait ressentir ce qu’elle voulait. Elle a réussit son but.

    1. Ces impressions sont celles que j’ai eues à l’issue du pilote, qui était faiblard à mon sens, et je n’ai pas regardé la suite de la série. Je n’ai de toute façon pas beaucoup d’atomes crochus avec les clichés de littérature SF vus et revus en fiction (sorcières, vampires, loups-garous…). Il aurait donc fallu que le début soit vraiment accrocheur pour que je reste scotché à Salem une saison entière.

      Tant mieux si la saison 1 s’est révélée bonne par la suite. 🙂

  2. Il faut vraiment être siphoné pour pondre ce genre de critique aussi longue, subjective, juger le développement des intrigues et tout, quand on a vu que l’épisode pilote.
    Pour moi ce texte est un exercice de style pour que l’auteur se fasse plaisir. Pourtant la série Salem, que j’aime pas mal certes, a des défauts bien sûr…

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